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Qu’entend-on par rétractation d’un article ? C’est une invalidation des données en gardant les archives

Points clés

Une action vertueuse pour réparer la science sans détruire le document

Je constate régulièrement que nous évoquons la rétractation d’articles alors que de nombreux collègues ne comprennent pas bien comment se passe ce processus. La rétractation permet de signaler que les résultats (ou une partie) d’un article doivent être invalidés, pour erreur honnête ou méconduite. L’article reste disponible : les pages sur le site internet ont une mention signalant la rétractation tandis que le PDF est marqué en rouge. Par contre les versions papiers des journaux restent sur les étages des bibliothèques sans signalement. Une notice de rétractation publiée avec un lien à l’article doit justifier la rétractation. Les bases documentaires essayent d’intégrer un signalement.

Un peu d’histoire sur les corrections des articles

Un des premiers articles ayant formalisé ces processus concernait le cas Poehlman dans Annals of Internal Medicine en 2006. Le glossaire définissait à cette époque la rétractation (Retraction en anglais) comme une fraude en disant au lecteur d’ignorer l’article : Retraction: What a journal issues when an investigation has shown that an article contains faked data or has been plagiarized. It tells the reader to ignore that article. Cet article définissait trois actions : Correction, Mise en garde (Expression of concern), et Rétractation.

Une rétractation médiatisée a été celle de l’article de Wakefield publié en 1998 dans The Lancet mais rétracté 12 ans plus tard en 2010. C’était l’article étudiant un possible lien entre vaccin MMR (ROR) et autisme…  lien qui avait été discuté lors de la conférence de presse… Article initial en 1998, lettres dans The Lancet en 2004, et rétractation en 2010 suite à une enquête du UK General Medical COuncil. En 2004, des auteurs avaient voulu se retirer de la liste des auteurs. Une lettre bizarre avait été publiée avec ce titre ‘Retraction of an interpretation‘, signée par 10 des 13 auteurs de l’article avec comme message : In view of this, we consider now is the appropriate time that we should together formally retract the interpretation placed upon these findings in the paper, according to precedent.

Qui décide d’une rétractation ?

Soit tous les auteurs (et pas un seul sur un courrier), soit le rédacteur en chef :

  • Tous les auteurs, c’est possible quand Frances Arnold, prix Nobel de chimie, constate à posteriori des erreurs dans deux articles et demande de les invalider. Un autre prix Nobel, JW Sczostak, avait rétracté deux de ses articles pour erreur honnête. Pour méconduites ou fraudes, il est rare que les auteurs reconnaissent leurs erreurs.
  • Le rédacteur en chef rétracte un article s’il a des preuves avec ou sans l’accord des auteurs ; il ne peut pas auditer le laboratoire, et ce n’est pas sa mission ; il peut recevoir un courrier officiel de demande de rétractation de la part des autorités du pays, Université, hôpital, agences d’Etat ; ce courrier explique en général qu’une commission d’enquête a wakefield retractedconstaté des faits justifiant la rétractation. Le rédacteur demande l’avis de son comité de rédaction ou de son comité d’éthique. Il se peut que des convenances sociales interfèrent, par exemple si des membres de ces comités ont des liens d’intérêt avec les auteurs de l’article suspect.
  • Dans certains cas, le rédacteur en chef décide d’une rétractation sans l’accord des auteurs. Dans le cas Wakefield, c’est sur un rapport que la rétractation a été décidée : Following the judgment of the UK General Medical Council’s Fitness to Practise Panel on Jan 28, 2010, it has become clear that several elements of the 1998 paper by Wakefield et al are incorrect, contrary to the findings of an earlier investigation…….. Therefore we fully retract this paper from the published record.
  • Il est commun que des organisations, Universités par exemple, écrivent aux revues pour demander de rétracter. Il existe de nombreux exemples sur le blog RetractionWatch. J’en ai d’autres.
  • Nuance : il faut que les rapports du pays soient en anglais, ou aient un long résumé en anglais ! Rétracter sur un rapport en langue française met mal à l’aise un rédacteur anglophone, car il ne comprend pas bien la situation. J’ai aidé des collègues anglophones à comprendre l’imbroglio des structures françaises et à interpréter des rapports en français uniquement. Nombreux sont les pays qui font des rapports en langue anglaise (Nord de l’Europe, Hollande, Allemagne,….).
  • Au sein des rédactions, des tensions existent car les recommandations des référents intégrité s’opposent parfois à celle des juristes….
  • J’entends bien ceux qui disent qu’une tutelle ne peut pas interférer avec des chercheurs en demandant une rétractation ! Ces mêmes tutelles n’ont pas de réserves quant il s’agit de faire la pub d’un chercheur ayant eu un prix Nobel !

Les recommandations pour rétracter

Il existe beaucoup de règles définissant Corrections, Mises en garde et Rétractations, et citons en trois :

  1. Les recommandations ICMJE, dont je reprends des extraits de la version française : Les mises en garde et les rétractations ne doivent pas simplement consister en une lettre au rédacteur en chef. Elles doivent être mises en évidence sur une page électronique ou imprimée numérotée qui figure dans une table des matières électronique ou imprimée garantissant un référencement correct et inclure dans leur intitulé le titre de l’article original. Si l’article a été mis en ligne, la rétractation doit comporter un lien vers l’article original et vice versa, et l’article rétracté doit clairement être signalé comme tel dans toutes ses formes (résumé, texte intégral, version en format PDF). Dans l’idéal, les auteurs de la rétractation doivent être les mêmes que ceux de l’article. S’ils refusent de publier une rétractation ou sont dans l’incapacité de le faire, le rédacteur en chef peut, dans certaines circonstances, accepter les rétractations adressées par d’autres personnes responsables ou il peut être le seul signataire de la rétractation ou de la mise en garde. Le texte de la rétractation doit expliquer pourquoi l’article fait l’objet d’une rétractation et inclure une référence de citation complète à cet article. Les articles rétractés doivent demeurer dans le domaine public mais être clairement identifiés comme tels.
  2. Tous les documents de COPE (Committee On Publishing Ethics) sur les rétractations.
  3. Une analyse détaillée en 2016 dans le journal European Science Editing (ESE), signée par les rédacteurs des revues du groupe Lancet.

 

PS : A votre disposition pour éclairer sur ces pratiques… J’ai publié plus de 100 billets sur les rétractations. J’ai traduit en français les recommandations de l’ICMJE, des diagrammes de COPE (il faudrait les revoir), et j’ai été rédacteur en chef de ESE….. J’ai proposé une ‘Retraction form‘ avec EASE et autres collègues, et je connais bien toute l’histoire de RetractionWatch depuis sa création !

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Un commentaire

  • Hélas ! Le « meilleur article de tous les temps » n’est plus accessible sur le site de l’Asian Journal of Medicine and Health… Même pas son titre ! Il y a juste : « This article was retracted after reporting of serious scientific fraud ». Au fait, qui a commis la fraude ? L’éditeur, bien sûr !
    Oodendijk W, Rochoy M, Ruggeri V, Cova F, Lembrouille D, Trottinetta S, Hantome OF, Macron N, Javanica M. SARS-CoV-2 was unexpectedly deadlier than pushscooters: Could hydroxychloroquine be the unique solution? Asian J Med Health 2020; 18: 14-21.

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