Ce livre a été publié par Héliade Editions, en 2026, et il a 292 pages. Vous trouverez la C4 (quatrième de couverture) avec un bon résumé. Il se lit facilement car très didactique et sans concession : nous sommes étonnés par certaines descriptions factuelles. C’est pour un lecteur averti, mais très accessible à tout public.
Trois concepts tout au long de l’ouvrage : idéologies, fraudes, impostures
C’est un survol détaillé de la vie de la science avec un esprit critique courtois et qui fait plaisir. La science est à la dérive : est-ce une citadelle assiégée et comment pourra-t-elle réagir ? La description de la vie académique, des
organisations encadrant la science, de la diffusion des données de la recherche, des systèmes d’évaluation des chercheurs est factuelle et sans concession. Un constat qui ne surprend pas. Un constat argumenté et basé sur des exemples bien décrits. Un constat qui est probablement celui d’une vulnérabilité collective car l’esprit critique de la population, de nous tous, des élus, est insuffisant, voire presque inexistant. Le monde a été pris d’une folie collective lors de la pandémie COVID alors que les rares personnes ayant lu le premier article sur l’hydroxychloroquine étaient unanimes : rien ne tient la route. La parole des experts ayant un esprit critique a été muselée, alors qu’un scandale aurait probablement pu être évité. Cela suppose une sagesse collective que nous n’avons pas.
Est-ce possible de rester optimiste, voire de sauver la science ? Oui, mais il faudrait de telles énergies que le déclin est peut-être inexorable. Ce livre a été partiellement conçu avant le tsunami actuel de l’IA que je décrit régulièrement sur ce blog. J Robert a partiellement imaginé la croissance exponentielle des articles scientifiques, si bien qu’en 2026 les rédactions ne peuvent plus gérer le volume des articles soumis. Il ne sera bientôt plus possible d’évaluer ces manuscrits avec des relecteurs humains dont le nombre est stable… mais les IA feront-elles les relectures ? Va-t-on vers des chercheurs-auteurs-robots qui alimenteront des journaux-robots, faits pour des lecteurs-robots ? Faudra-t-il remplacer les articles scientifiques par d’autres productions ? Nous ne le savons pas.
Interview de l’auteur
Une interview de Jacques Robert a été faite par Atlantico : c’est une très bonne lecture pour les collègues qui ne liront pas le livre. Sans langue de bois, J Robert répond à 5 questions mieux que je peux le faire en quelques lignes :
- Le CNRS a récemment publié sur son propre site un article intitulé « Osons parler de la fraude scientifique », reconnaissant que la communauté scientifique française s’est peu mobilisée sur ce sujet — un aveu qui rejoint en partie vos critiques dans Science, la citadelle assiégée. Considérez-vous cette prise de parole comme le signe d’un vrai changement, ou n’y voyez-vous qu’un effet d’affichage ?
- Vous consacrez une large partie de votre livre à décrire l’emprise des idéologies « progressistes » (wokisme, théorie du genre, DEI) sur l’université et la recherche, tout en dénonçant aussi les dérives « réactionnaires » (créationnisme, climato-scepticisme). Certains lecteurs pourraient estimer que vous accordez, en pages et en virulence, une place disproportionnée aux premières. Assumez-vous ce déséquilibre, et si oui, pourquoi ?
- Vous consacrez plusieurs chapitres aux fausses sciences (astrologie, anthroposophie, géobiologie) et au « longévisme », ce courant porté par des milliardaires en quête d’immortalité. Comment expliquez-vous que des scientifiques reconnus, parfois lauréats du prix Nobel, se laissent séduire par ce type de croyances dès qu’ils sortent de leur domaine de compétence ?
- Vous décrivez longuement les atteintes à la liberté académique dans les universités françaises, notamment autour des questions liées au conflit israélo-palestinien, tout en soulignant que ces atteintes viennent aussi bien de mouvements militants que, parfois, des pouvoirs politiques eux-mêmes. Quelles réformes concrètes proposez-vous pour restaurer une véritable liberté d’enseignement et de recherche dans ce contexte tendu ?
- Vous concluez votre ouvrage par un appel à l’auto-régulation de la communauté scientifique, plutôt qu’à une intervention extérieure. Sur quoi fondez-vous votre confiance dans la capacité de cette communauté à se réformer elle-même, alors que votre livre décrit justement, sur tous les fronts que nous venons d’évoquer, tant d’exemples d’inertie ou de complaisance ?