Les soumissions de manuscrits en hausse : pourquoi ?

Points clés

Quelques précautions avant de prendre à la lettre ces informations car la méthodologie n’est pas suffisamment décrite. Ce rapport est fait par une société commerciale, ScholarOne, avec probablement quelques biais. ScholarOne est une plateforme de soumission de manuscrits (environ 3 millions par an) utilisée par environ 9 000 revues. Les valeurs absolues ne sont pas toujours explicites car les données sont essentiellement exprimées sous forme de pourcentages. Compte tenu de l’activité de ScholarOne, il est probablement que ces valeurs absolues soient peer review reportimportantes. Il existe une montée forte des productions asiatiques, dont la Chine, et cela influence les résultats. L’enquête sur 2 132 réponses ne précise pas la répartition des chercheurs ayant répondu. Il s’agit du rapport annuel produit par Silverchair à partir de huit ans de données ScholarOne Manuscripts (≈ 1 article publié sur 4 dans le monde), complété par une revue de littérature, des entretiens d’experts et une enquête auprès de milliers de relecteurs et auteurs.

Néanmoins quelques points sont troublants.

Augmentation de 33 % des soumissions au premier trimestre 2026 par rapport au premier trimestre 2025

Cela objective ce que de nombreux rédacteurs disent : le nombre de manuscrits soumis augmente très vite. Pourquoi ? L’hypothèse de l’IA doit être confirmée, bien que probable.

Trouver des relecteurs devient impossible

Les invitations pour relire des manuscrits ont été de 9 millions en 2018, 18,3 millions en 2024 et 21,5 millions en 2025. Il faut 4,5 invitations pour obtenir une relecture. Environ 80 % des invitations ont des non réponses ou des refus ! Le taux d’acceptation des invitations pour relire chute chaque année, passant de 43 % en 2018 à 22,3 % en 2024.

Les ‘desk rejects‘, ou refus dès soumission sans relecture externe, ont bondi de 72 % entre 2022 et 2025 (1,23 M → 2,12 M) ; le ratio desk rejects/acceptations est passé de 1,69 à 2,49.

Le volume publié croît plus vite que la population de chercheurs, sous l’effet du Publish or Perish, des classements et de la marchandisation du système.

Les éditeurs suspectent que les relecteurs font relire 10 % des manuscrits par des IA : longueur excessive des avis (3 000 mots contre 500–1 000), commentaires génériques, formatage parfait, vocabulaire type « meticulous », « commendable ».

Qu’attendent les relecteurs ? Priorité n° 1 des relecteurs interrogés : les contrôles automatisés d’intégrité (52 %), loin devant la rémunération (21 %), la reconnaissance publique (14 %) et les assistants IA de relecture (8 %).

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Un commentaire

  • Une question qualitative naît de ces constats quantitatifs : quelle est la typologie des soumissions surnuméraires ?
    On peut conjecturer par exemple que les soumissions qui apportent un progrès notable des connaissances sont de plus en plus sous-représentées dans le total, et/ou que les soumissions ayant bénéficié d’un soutien industriel sont sur-représentées… On pourrait aussi comparer les disciplines (astrophysique, mathématique, biologie fondamentale, médecine clinique, sciences sociales etc.), les domaines (recherche fondamentale, recherche appliquée, etc.), les nationalités, etc.
    Bref, cette information sur la hausse des soumissions devrait motiver des analyses certes complexes mais d’intérêt majeur, sans lesquelles on reste en réalité peu avancé…

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