Il s’agit du titre d’un numéro de Polytechnique Insights, la revue de l’institut polytechnique de Paris paru en septembre 2026. Il est d’accès gratuit avec 72 pages et un sommaire fourni. Beaucoup d’articles sont des interviews d’un panel prestigieux de chercheurs. Le message : « La confiance en la science est un liant social fondamental ».
La confiance en la science n’est pas absolue : toujours la construire
Voici le premier paragraphe de l’éditorial qui pose le thème : La confiance en la science est essentielle. Elle permet aux sociétés d’adopter des innovations – des vaccins aux énergies renouvelables – qui améliorent ou sauvent des
vies et contribuent à relever les défis mondiaux. Cependant, cette confiance ne doit jamais être considérée comme acquise. Elle peut être gagnée par la transparence, la rigueur et la reproductibilité. Le savoir scientifique repose sur des preuves, l’évaluation par les pairs, le consensus et un examen continu, garantissant que les conclusions ne soient pas de simples opinions – ou des généralisations non étayées – mais des éclairages fiables sur le fonctionnement du monde.
19 articles regroupés en 4 parties
1) Une question de défiance plutôt que de confiance ; 2) La science sous pression ; 3) Les ressorts de la confiance ; 4) La science pour démêler le vrai du faux. Le numéro aborde aussi la confiance comparée dans 68 pays (Claudia Teran-Escobar), la liberté académique en déclin (Angelo Vito Panaro, Éric Guilyardi), la crise de reproductibilité (Thomas Rhys Evans, Florian Naudet), et des pistes de restauration de confiance (recherche participative, IA de confiance, Medical Evidence Project d’Alice Dreger sur la décontamination des publications médicales à impact).
L’entretien avec Cyril Labbé (informatique, Université Grenoble-Alpes, co-fondateur avec Guillaume Cabanac du Problematic Paper Screener) est utile pour ceux qui évaluent la littérature. Sur environ 130 millions d’articles analysés, l’outil identifie : plus de 912 000 articles citant des publications rétractées, environ 800 avec erreurs factuelles spécifiques, plus de 21 000 contenant des « expressions torturées » (signature de plagiat paraphrasé, ex. « bosom peril » pour « breast cancer »), et plus de 350 articles totalement aberrants générés automatiquement, parfois publiés depuis des années chez des éditeurs de premier plan (Springer Nature, Elsevier, Wiley) — pas seulement dans des revues prédatrices. Labbé insiste sur trois points cliniquement utiles : (1) les fraudes ne sont plus seulement individuelles mais organisées en réseaux d’auteurs, courtiers et éditeurs complices, selon une étude PNAS d’août 2025 ; (2) les maisons d’édition ont un intérêt financier (abonnements, modèle auteur-payeur) à maximiser le volume publié, ce qui peut les inciter à fermer les yeux ; (3) même signalées, les rétractations restent lentes car personne — auteurs, éditeurs, maisons d’édition — ne veut voir sa réputation entachée.
Michel Dubois, directeur de l’Office français de l’intégrité scientifique (OFIS), nuance ce tableau : les enquêtes déclaratives montrent que la fraude caractérisée (fabrication/falsification/plagiat) ne concerne que 3 à 5 % des chercheurs, alors que les « pratiques discutables » — auteurs indus, citation sélective, non-publication de résultats gênants, divulgation médiatique avant évaluation par les pairs — touchent plus de 30 % des chercheurs. Il défend une lecture systémique : ces manquements résultent moins de défaillances individuelles que d’environnements de travail dégradés (précarité, pression à la performance, injonctions contradictoires). Il critique le décret américain « Restoring Gold Standard Science » (mai 2025), qui impose des normes d’intégrité par voie présidentielle plutôt que par la communauté scientifique, et dont le principe d' »informed dissent » — donner un poids égal aux thèses contradictoires, y compris climatosceptiques — transforme selon lui l’intégrité en instrument politique de disqualification de la recherche établie.
