Les impératifs commerciaux peuvent prendre le pas sur l’exigence de rigueur scientifique

Points clés

Le titre est une phrase empruntée à un court article qui décrit une fraude majeure faite par un petit laboratoire ayant commercialisé un seul médicament. L’histoire se répète. Le titre de l’article publié par la Revue de médecin interne le 25 août 2026 est ‘L’avacopan, une question de confiance‘. Il aurait dû être : ‘L’avacopan, marqueur de négligences dans l’évaluation des médicaments’.

L’histoire est bien décrite dans l’articles, avec politesse

Cette molécule développée par ChemoCentryx a donné lieu à un essai clinique seulement pour faire un dossier d’enregistrement. L’essai ADVOCATE a été publié par le Paris Match de la médecine le 17 février 2021, accompagné avacopand’un éditorial ‘Avacopan — Time to replace glucocortocoids?‘. Il a eu une correction le 24 janvier 2024, et une rétractation le 29 juin 2026. Avacopan a été autorisé et mis sur le marché aux USA et en Europe avant d’être retiré du marché aux USA (27 avril 2026) et en Europe (26 juin 2026).

L’indication n’est pas dans l’article de la revue de médecine, et les relecteurs n’ont probablement rien demandé. L’indication du Vidal était : Tavneos, en association avec un traitement par rituximab ou cyclophosphamide, est indiqué chez les patients adultes atteints de granulomatose avec polyangéite (GPA) ou de polyangéite microscopique (PAM) sévère et active.

Traduction de la note de rétractation : Les deux auteurs universitaires de l’article de Jayne et al., « Avacopan for the Treatment of ANCA-Associated Vasculitis », N Engl J Med 2021 ; 384:599-609,1 demandent le retrait de l’article car, selon une enquête en cours menée par la Food and Drug Administration après la publication, et à l’insu de ces deux auteurs, les évaluations du critère d’évaluation principal chez neuf patients ont fait l’objet d’une réévaluation après le verrouillage de la base de données et la levée de l’aveugle de l’essai. Ce fait n’a pas été divulgué dans l’article et est contraire aux bonnes pratiques de recherche. Les rédacteurs en chef procèdent donc au retrait de l’article.

Vous lirez avec prudence l‘avis de la commission de transparence de la HAS du 21 septembre 2022, en pensant à tous ces évaluateurs dévoués qui ont beaucoup travaillé sur une fraude sans le savoir ! De même, dans les agences américaines et européennes, ce sont probablement plusieurs dizaines d’experts qui ont passé des nuits sur ces dossiers.

Le retrait a été motivé par des évènements indésirables hépatiques potentiellement graves et par la révélation d’une fraude. Cerise sur le gâteau : la fraude a été mise en évidence suite à une enquête commanditée par des actionnaires de ChemoCentrix qui ont porté plainte contre l’entreprise pour communication trompeuse.

La réalité n’est pas décrite dans l’article : il faut la deviner

L’article de la Revue de médecine est excellent et décrit en détail les failles méthodologiques, l’acceptation de mise sur le marché avec un seul essai, alors que je croyais que ce n’était pas possible !!!! Félicitons les auteurs et la revue car ce genre de publication est rare, mais très utile. De bons raisonnements méthodologiques, des explications sur les bricolages statistiques…

Soyons clairs, la stratégie des petits laboratoires, et des start-ups qui ont peu de moyens est de se vendre au plus vite et très cher. Elle n’est pas toujours de développer correctement des médicaments pour soigner des malades. J’ai vu pas mal de start-up, et des dirigeants avides et mercantiles sont parfois aux responsabilité. Dans le cas de l’avacopan, vous avez bien lu : fraude majeure en réallouant des malades d’un groupe à l’autre !

En France, un médicament a été développé dans les années 1990 pour traiter le SIDA (Imuthiol), mais les autorisations de mise sur la marché n’avaient pas été obtenues…. Des malades avaient été changés de groupe dans une essai américain !  Sans que ce soit clairement évoqué, en lisant entre les lignes, le roman d’Hervé Guibert ‘A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie‘ évoque ces développements dans l’urgence…  mais j’ai perdu mon exemplaire !

L’histoire se répète, mais dure peut-être moins longtemps qu’auparavant. Avacopan, c’est comme le Merdiator de Servier : combien de morts ? Je ne sais pas. Probablement que des complices ont aidé cette histoire, mais rien n’est dit dans l’article de la Revue de Médecine. Il faudrait lire les dossiers de la FDA pour comprendre (je ne l’ai pas fait).

N’oublions pas que les décisions des agences sont dans les mains d’un ménage à trois : employés des agences, industriels (avec le soutien des patients), et experts…  Les employés des agences sont souvent seuls face aux autres groupes…  relisez des bons articles dans Milbank Quarterly

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