Cher Stéphane,
Tu as écrit, les 22 et 24 septembre 2026, que mes déclarations publiques d’intérêts ne mentionnaient pas les honoraires versés par Pfizer à ma société, H2MW. C’est exact. Tu m’as fait prendre conscience d’une négligence que je n’avais pas su voir seul, alors que j’ai passé une bonne partie de ma vie à la débusquer chez les autres.
J’en ai tiré toutes les conclusions en démissionnant de mon poste bénévole de référent à l’intégrité scientifique de Santé publique France. N’ayant pu corriger mes déclarations avant la publication des articles, j’ai envoyé un droit de réponse au journal pour préciser ce qui suit, et dont je t’informe directement.
Ce que Pfizer a payé
Entre 2021 et 2023, ma société a facturé à Pfizer 98 875 euros hors taxes pour 3 ans de travail. Comme tu l’as toi-même signalé, le montant affiché sur la base Transparence-Santé est faux car il comporte des doublons, ce qui est un défaut récurrent de cette base.
Mon travail portait sur deux maladies rares : l’amylose cardiaque et la neuropathie amyloïde à transthyrétine. Ces maladies sont diagnostiquées tardivement et leur mortalité est élevée. Il s’agissait de la première description française, à grande échelle, des symptômes et des prises en charge. Il a fallu reprendre une base de données de 975 patients, aux côtés du prestataire, rencontrer les équipes hospitalières, et piloter un groupe de 42 médecins dans la rédaction de 2 articles pour des revues internationales.
Dans ces articles, les remerciements précisent tout à fait clairement et mon assistance éditoriale et le soutien de Pfizer. Ces articles, dont les auteurs ont conservé le complet contrôle éditorial, respectaient donc toutes les bonnes pratiques de publication.
Ce qu’est H2MW
Entre le 1er janvier 2021 et le 22 septembre 2026, H2MW a eu 27 clients. Si j’ai fait une mission pour Pfizer, ces clients sont, pour la plupart, publics et à but non lucratif. Il s’agit de centres hospitaliers universitaires ou non, de départements de médecine générale, d’Unicancer, de centres de lutte contre le cancer, de fondations, d’agences comme le Cirad, l’Anses, l’ANSM, la Haute Autorité de santé et Santé publique France. La liste des clients, que je t’avais naturellement transmise, est publique et figure maintenant sur mon blog.
Ma retraite est, par ailleurs, ma seule source de revenus. J’ai été transparent en t’informant que la société est déficitaire depuis 2024. Je n’en touche aucun revenu depuis 2023. Elle couvre pour l’essentiel les frais de mes activités : comptabilité, assurances, prestataires, matériel, déplacements dans des congrès, abonnements, et hébergement du blog – dont l’accès est gratuit. J’ai pu ainsi travailler bénévolement pour Santé publique France et pour une mission confiée par le ministère.
Je ne savais pas qu’il fallait déclarer, un par un, les clients d’une personne morale dont on est le gérant. Je ne m’étais jamais posé la question. Mais c’est bien là le problème. Un référent intégrité doit se poser la question avant qu’un journaliste ne la pose.
Ce que j’ai appris
Il y a quelques jours, lors d’une conférence ‘Comment gérer les fake news en santé‘ – il s’agit d’une activité bénévole – dans un centre de lutte contre le cancer, j’ai déclaré, pour la première fois, que j’avais animé des formations à la rédaction scientifique pour Unicancer. Je n’y avais jamais pensé auparavant. Depuis, je veille à être exhaustif.
Ces articles m’ont aussi rappelé une évidence. Une déclaration d’intérêts n’est pas faite pour celui qui la remplit. Elle est faite pour celui qui la lit. Ce n’est pas à moi de décider que deux articles sur l’amylose n’ont aucun rapport avec mes fonctions actuelles. C’est au lecteur d’en juger, à condition qu’il ait l’information.
Ce que cela coûte à Santé publique France
Ma démission a un coût pour l’agence, qui n’a commis aucune faute. Mon poste était bénévole. L’agence perd une expertise qui ne lui coûtait rien. Surtout, j’avais des missions, et elles sont interrompues. Les signalements en cours ou à venir n’ont plus de référent. Les agents qui voulaient un conseil n’ont plus d’interlocuteur. Le travail de prévention et de sensibilisation à l’intégrité scientifique s’arrête. La mission de conseil sur la stratégie de publication de l’agence reste en suspens. La stratégie de lutte contre la désinformation et la mésinformation en santé perd l’un de ses artisans. Enfin, l’image de SPF est atteinte, alors qu’elle n’est en rien responsable de mes déclarations.
Ce qui reste
J’espère que d’autres liront cette lettre et vérifieront leurs propres déclarations, sans attendre qu’un journaliste le fasse. Pour moi, c’était une épreuve. Mais cette épreuve était utile.
Quand cet épisode sera terminé, je te propose d’aller déjeuner ensemble – chacun paye sa part – pour discuter de sujets qui nous passionnent : la désinformation, la polarisation des sociétés et les risques pour la démocratie. Pour la date, merci d’attendre l’apaisement des réseaux sociaux, car je suis très ciblé, en particulier par les sphères complotistes et d’extrême-droite. Je suis occupé à ne pas leur répondre.
Bien cordialement,
Hervé Maisonneuve