Voici un résumé d’environ 1500 mots, fait avec IA à partir d’un rapport américain.
Le rapport des National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine (NASEM), intitulé « Understanding and Addressing Misinformation About Science » (2025), est une étude de consensus visant à caractériser la nature et l’étendue de la désinformation scientifique, à identifier des solutions pour limiter sa propagation, et à fournir des orientations pour les interventions, les politiques et les recherches futures afin de réduire ses méfaits. Ce rapport a été élaboré par un comité de 15 experts multidisciplinaires qui ont examiné la littérature existante, mené des réunions d’information et commandé des études approfondies sur divers aspects du phénomène.
Définition de la Désinformation Scientifique
Le comité reconnaît que le terme « désinformation » a été utilisé de manière large pour désigner diverses formes d’informations fausses, inexactes, incorrectes et trompeuses, ce qui a rendu difficile une compréhension cohérente de sa nature, de sa portée et de ses impacts. Pour apporter de la clarté, le rapport propose la définition suivante : la désinformation scientifique est une information qui affirme ou implique des allégations incohérentes avec le poids des preuves scientifiques acceptées à un moment donné, reflétant à la fois la qualité et la quantité des preuves. Il est crucial de noter que cette définition est dynamique, car les affirmations considérées comme de la désinformation scientifique peuvent évoluer avec l’accumulation de nouvelles preuves et l’avancement des connaissances scientifiques. Le rapport distingue également la désinformation comme une sous-catégorie, définissant la désinformation scientifique comme une information circulée par des agents qui savent qu’elle est fausse.
Les défis liés à la définition de la désinformation scientifique sont multiples, notamment le fait que les connaissances scientifiques ne sont pas statiques et que le consensus scientifique est contingent aux preuves actuelles. De plus, la science peut être mal communiquée, exagérée ou sujette à des biais de publication, et il n’y a pas de limites claires entre l’incertitude scientifique, la science mal exécutée et la désinformation scientifique. Le contexte est également important, car des simplifications utiles dans un cadre (par exemple, l’éducation ou le journalisme) pourraient être considérées comme fausses ou trompeuses dans un autre.
L’Écosystème d’Information Contemporain
La désinformation scientifique ne se produit pas dans un vide, mais est façonnée par des forces sociétales plus larges, des caractéristiques du 21e siècle et un écosystème d’information en évolution rapide. Parmi les facteurs systémiques, le rapport souligne la fragilité de la confiance dans les institutions et les inégalités structurelles. Les changements dans l’écosystème d’information incluent l’audience fragmentée et les médias hybrides, l’émergence de nouvelles technologies et plateformes (y compris l’intelligence artificielle – IA), la décontextualisation et l’effondrement du contexte. L’IA, en particulier les grands modèles linguistiques (LLM), peut à la fois proliférer et potentiellement freiner la désinformation, tout en abaissant considérablement le coût de production de l’information.
Sources et Propagation de la Désinformation Scientifique
La désinformation scientifique provient d’un large éventail de sources et se propage par diverses stratégies. Le rapport distingue la désinformation scientifique (le contenu) de la més-croyance scientifique (la croyance individuelle). Mesurer la prévalence du contenu de désinformation et l’exposition à celle-ci reste un défi majeur en raison de la difficulté à évaluer la véracité des affirmations et à généraliser à une « population de bits » d’information.
Les principales sources identifiées comprennent :
- Entreprises et industries : Elles peuvent mener des campagnes systématiques pour induire le public en erreur à des fins de profit, comme l’ont montré les industries du tabac, du sucre et des opioïdes.
- Médias d’information traditionnels : Malgré leur rôle crucial, ils peuvent involontairement propager de la désinformation en raison de la diminution des ressources (créant des « déserts d’information » où l’expertise scientifique est insuffisante). Les normes journalistiques, comme le « faux équilibre » (donner un poids égal à deux côtés d’un débat scientifique même lorsque les preuves penchent fortement dans une direction) et la dépendance excessive aux communiqués de presse, peuvent également contribuer à l’inexactitude.
- La communauté scientifique et médicale elle-même : La désinformation peut résulter de l’exagération des résultats de recherche (« hype ») dans les communiqués de presse universitaires ou par les scientifiques eux-mêmes, les biais de publication, et la diffusion de prépublications non vérifiées (en particulier pendant les crises, comme le COVID-19).
- Plateformes en ligne (moteurs de recherche et médias sociaux) : Leurs choix de conception et algorithmiques, les conditions d’utilisation permissives ou mal appliquées, et la modération limitée facilitent la propagation de la désinformation. Les entreprises peuvent avoir des incitations économiques à permettre la diffusion de contenus populaires, même s’ils sont faux.
- Individus et groupes : La désinformation peut être partagée intentionnellement pour des gains financiers, des récompenses sociales, le pouvoir, l’érosion de la confiance, ou pour créer le chaos (trollage). Elle peut aussi être partagée involontairement en raison de confusion, d’inattention à l’exactitude, ou du désir d’aider ses proches. Les motivations peuvent varier selon les contextes et les différences individuelles.
- Médias ethniques et diasporiques : Ces médias et les plateformes de messagerie privée (WhatsApp, WeChat) sont des sources d’information de confiance pour les communautés non-anglophones, mais peuvent aussi être des espaces de propagation de désinformation, exacerbée par le manque de ressources et de traductions de qualité.
Les stratégies de propagation incluent la « fabrication du doute », la promotion d’un « faux équilibre », l’exploitation de la confiance dans la science, l’utilisation de faux experts et le « cherry-picking » des preuves, l’appel à des normes de preuve impossibles, et l’encouragement à « faire ses propres recherches » (rechercher des sources qui contredisent le consensus scientifique).
Impacts de la Désinformation Scientifique
Les impacts de la désinformation scientifique sont multiformes et différentiels, affectant les individus, les communautés et la société dans son ensemble.
- Au niveau individuel : Les impacts incluent l’adoption de més-croyances (par exemple, sur les vaccins, les OGM) et l’engagement dans des comportements préjudiciables. Les personnes sont plus susceptibles de croire à la désinformation si elle correspond à leur vision du monde et à leurs valeurs, provient d’une source de confiance, est répétée, ou concerne un sujet pour lequel elles n’ont pas d’attitudes ou de croyances préexistantes fortes. Bien que la littératie scientifique soit importante, elle ne garantit pas à elle seule une moindre propension à croire à la désinformation.
- Au niveau communautaire : Des communautés historiquement marginalisées et sous-financées (communautés de couleur, à faible revenu, rurales) subissent un accès disproportionnellement faible à des informations scientifiques précises, ce qui crée des « vides d’information » pouvant être exploités par la désinformation. La désinformation ciblant ces communautés peut renforcer les stéréotypes, les préjugés et les récits négatifs.
- Au niveau sociétal : Les conséquences comprennent l’érosion de la confiance dans les institutions, l’impact sur la prise de décision collective (par exemple, la santé publique), et la perturbation du processus scientifique lui-même. Une surveillance continue de l’environnement informationnel est nécessaire pour suivre et documenter les origines, la propagation et l’impact de la désinformation scientifique.
Interventions pour Lutter contre la Désinformation Scientifique
Des efforts intentionnels et fondés sur des preuves sont nécessaires pour atténuer les impacts négatifs de la désinformation scientifique. Les interventions sont classées en plusieurs catégories non exclusives :
- Interventions basées sur l’offre (Supply-based) : Visent à réduire le volume de désinformation circulante ou à augmenter le contenu de haute qualité. Les exemples incluent la mise en avant d’informations crédibles dans les algorithmes des plateformes en ligne, le déplateformage des diffuseurs de désinformation, la monétisation (réduction des incitations économiques), et la modération de contenu (suppression ou interdiction du contenu ou des communautés). La modération de contenu est difficile en raison des problèmes de définition et de la facilité de contournement. L’Acte sur les services numériques (DSA) de l’Union européenne est un exemple de réglementation visant à améliorer la modération de contenu.
- Interventions basées sur la demande (Demand-based) : Visent à réduire la consommation de désinformation. Elles comprennent l’augmentation de la confiance dans les sources crédibles, le comblement des vides d’information et l’amélioration de la capacité des individus à détecter et à éviter la désinformation grâce à la formation à la littératie médiatique. La « lecture latérale » est une technique prometteuse pour l’évaluation de la crédibilité des sources en ligne. Les organisations communautaires (CBO) jouent un rôle essentiel dans la diffusion d’informations de haute qualité et culturellement pertinentes, mais elles sont souvent sous-financées.
- Interventions basées sur la distribution (Distribution-based) : Ciblent les architectures des plateformes pour modifier la propagation. Elles incluent les « remèdes architecturaux » (modification de la conception des plateformes), la classification « douce » du contenu (rétrogradation algorithmique), l’étiquetage du contenu (par exemple, avertissements, labels de source) et les approches basées sur la friction (ralentir le partage pour encourager la réflexion).
- Interventions basées sur l’adoption (Uptake-based) : Visent à renforcer la résilience individuelle. L’entretien motivationnel (MI), une approche centrée sur la personne, s’est montré prometteur pour aborder l’hésitation à la vaccination et le scepticisme.
Les interventions doivent prendre en compte des considérations éthiques, telles que le respect des personnes, la bienfaisance (« ne pas nuire ») et la justice. Un défi majeur est le manque de coordination entre les acteurs et les secteurs, et une emphase trop importante sur les solutions au niveau individuel, sans suffisamment tenir compte des facteurs systémiques.
Les Défis de l’Étude de la Désinformation Scientifique
Le domaine de l’étude de la désinformation scientifique est multidisciplinaire et en constante évolution. Plusieurs défis entravent une compréhension et une lutte efficaces contre ce phénomène :
- Défis conceptuels et de définition : L’absence de définitions cohérentes et d’unités d’analyse claires (par exemple, une seule affirmation ou un narratif plus large) complique la recherche.
- Limitations des données : Il y a une surreprésentation des données provenant des plateformes de médias sociaux textuels (historiquement X/Twitter), tandis que d’autres formes de médias (radio, télévision, podcasts, messagerie privée, communication interpersonnelle, médias visuels) sont sous-étudiées. L’accès aux données des plateformes est limité par des règles incohérentes, des coûts prohibitifs et des préoccupations de confidentialité, entravant la recherche à grande échelle.
- Absentéisme des données : Les données manquent souvent pour les groupes socialement vulnérables (minorités raciales, immigrants, populations à faible revenu, zones rurales), ce qui conduit à une compréhension incomplète de la désinformation et à la perpétuation des inégalités.
- Défis méthodologiques : Nécessité de plus d’études basées sur des méthodes mixtes et de recherche interdisciplinaire pour une compréhension plus complète des facteurs sociaux, culturels et technologiques.
- Politisation et sécurité des chercheurs : La politisation croissante de certains sujets scientifiques expose les chercheurs à des menaces, des poursuites et du harcèlement, ce qui peut avoir un « effet dissuasif » sur la recherche.
Conclusions et Recommandations
Le rapport souligne que les actions isolées au niveau individuel seront insuffisantes pour faire face à la complexité de la désinformation scientifique. Il recommande une approche multi-acteurs et multi-niveaux, avec des actions coordonnées.
Parmi les 13 recommandations clés, certaines priorités incluent :
- Contrer les campagnes trompeuses : Les universités, les chercheurs et les organisations de la société civile devraient collaborer pour contrer proactivement les campagnes intentionnelles visant à induire le public en erreur (par exemple, celles de l’industrie du tabac).
- Promouvoir l’information scientifique précise : Les bureaux de presse des universités et les organismes de recherche devraient travailler avec les scientifiques pour s’assurer de l’exactitude et du contexte des communiqués de presse. Les scientifiques et les professionnels de la santé doivent comprendre comment leurs communications peuvent être mal interprétées et utiliser des stratégies de communication fondées sur des preuves. Les universités devraient offrir des formations en communication publique aux scientifiques.
- Établir un consortium indépendant : Les bailleurs de fonds de la recherche scientifique et les organisations scientifiques devraient créer un consortium non partisan pour identifier et organiser des sources d’informations scientifiques de haute qualité, accessibles à tous les groupes, en particulier les groupes mal desservis.
- Rôle des plateformes en ligne : Ces plateformes devraient prioriser et mettre en avant les informations scientifiques fondées sur des preuves.
- Soutenir le journalisme scientifique de qualité : Les organisations professionnelles devraient établir des mécanismes pour que les journalistes aient accès à des informations scientifiques de haute qualité et à des sources fiables. Les programmes de formation en communication devraient intégrer les connaissances scientifiques et les compétences en littératie scientifique et numérique.
- Améliorer la capacité des CBOs : Les bailleurs de fonds devraient soutenir directement les organisations communautaires pour qu’elles comblent les vides d’information et renforcent la résilience contre la désinformation, en particulier pour les groupes non-anglophones.
- Renforcer la base de preuves : Augmenter les investissements dans la recherche au niveau des systèmes pour comprendre l’interaction des facteurs structurels et individuels sur la désinformation.
- Accès aux données des médias sociaux : Les entreprises de médias sociaux devraient fournir un accès gratuit aux données pour la recherche non commerciale, et les institutions de recherche devraient faciliter ces relations.
- Surveillance continue : Soutenir une entité indépendante pour suivre et documenter l’origine, la propagation et l’impact de la désinformation.
En résumé, le rapport appelle à une approche collective et coordonnée pour faire face à la désinformation scientifique, reconnaissant sa complexité et ses impacts différentiels sur la société. Il met en lumière les progrès réalisés, mais insiste sur la nécessité de combler les lacunes en matière de recherche, notamment en ce qui concerne l’exposition agrégée, les impacts validés et l’efficacité des interventions à plus grande échelle.





2 commentaires
Merci beaucoup pour cette recension éclairante.
Je ne suis pas du tout d’accord avec cette acception large du mot désinformation, qui réduit la propagation consciente et délibérée d’allégations fausses ou non fondées à une « sous catégorie ». C’est pourtant là le sens originel et couramment admis du concept de désinformation, outil clé des propagandes à visée commerciale ou idéologique, ainsi qu’arme géopolitique, désormais officielle, des « guerres hybrides ».
La mésinformation scientifique est bien autre chose, et mérite d’être considérée comme une entité à part ; il y a la mésinformation involontaire par incompétence ou par aberration technique, et la mésinformation volontaire par fraude à visée de bénéfice personnel.
Désinformer, c’est un moyen de nuire, toujours un délit. Mésinformer, c’est une erreur à corriger, souvent une faute professionnelle à sanctionner.
Le problème de la science est cette mésinformation véhiculée par les publications et communications fautives ; elle doit être prévenue, corrigée et sanctionnée par les seules institutions scientifiques. Lutter contre la vraie désinformation, qui se présente notamment sous forme de tromperie, de charlatanisme et d’endoctrinement, ne relève pas du domaine scientifique mais des pouvoirs publics. C’est un tout autre combat !
J’ajoute à ce qui précède un autre « faux ami » de la terminologie.
« Misbelief » signifie mécréance, c’est à dire croyance erronée – laquelle, par opposition, renvoie implicitement à l’idée fallacieuse qu’il y a une « croyance juste », alors que le concept même de croyance est contraire à celui du savoir fondé sur le réel.
« Disbelief » signifie incrédulité, c’est à dire refus de croire – et renvoie justement à l’idée que l’incroyance est une condition du savoir.
Ce que la mésinformation scientifique provoque chez les crédules, ce sont des croyances – et il n’y a pas de croyance juste. L’esprit critique exige de ne jamais rien croire, pour ne pas confondre les conjectures avec les (trop rares) données incontestables.