C’est Karam Abbassi, rédacteur en chef, qui signe le dernier éditorial de l’année dans le Christmas BMJ. Son titre : Goodbye to the year of the Big Lie; hello, reverse centaur. Je cite deux phrases du premier paragraphe : A US publication calculated that Donald Trump told 30 573 lies during his first term as president ; Today, a lie travels so fast that the truth might as well stay in bed.
Voici la traduction du dernier paragraphe (DeepL) : Alors que nous clôturons l’année du Grand Mensonge, il apparaît clairement que le monde n’est pas gouverné par les citoyens. Il ne l’a jamais été. Il n’est plus gouverné par les grandes religions, même si celles-ci peuvent se bercer d’illusions à ce sujet. Il n’est pas non plus principalement gouverné, arrogance mise à part, par des politiciens ou des dictateurs. Sans aucun doute, et plus clairement que jamais, le monde s’incline devant le pouvoir des entreprises. Vive les multinationales, vive les conglomérats. Vive les tech bros. Nous vivons à l’ère du capitalisme de surveillance. Il existe de nombreux mots pour décrire cette calamité tacite, mais « hallucination » n’en fait malheureusement pas partie.
L’éditorial utilise l’image du « Big Lie » et du « reverse centaur » pour dire que 2025 voit se croiser deux menaces : une banalisation du mensonge à grande échelle, et un usage de l’IA qui transforme certains humains en simples auxiliaires d’algorithmes plutôt qu’en décideurs éclairés.
Grand Mesonge et crise de la vérité
- L’auteur parle d’« ère du Big Lie » : plus un acteur est puissant, plus il peut proférer des mensonges massifs sans être vraiment tenu responsable, dans la politique comme dans la santé et l’économie.
- Le langage se dérobe : on n’ose plus appeler un mensonge un mensonge, on parle de « narrative », « controverse » ou « information contestée », ce qui fragilise la capacité collective à nommer et sanctionner la tromperie.
- Les hallucinations de l’IA s’ajoutent à ce paysage : le monde devient un mélange de mensonges délibérés, de désinformation industrielle, et de réponses plausibles mais fausses générées par des modèles, dans un contexte où la vérification est difficile pour le grand public et pour les professionnels pressés.
La métaphore du « reverse centaur »
- L’éditorial reprend la distinction proposée ailleurs entre « centaure » (humain qui utilise l’IA comme outil puissant mais sous contrôle humain) et « reverse centaur » (systèmes automatisés qui utilisent des humains comme simples exécutants pour pallier leurs faiblesses).
- Dans le modèle centaure, le jugement humain reste au centre : l’IA accélère, trie, transcrit, mais la responsabilité, la décision et la critique appartiennent au clinicien ou au chercheur.
- Dans le modèle reverse centaur, au contraire, on impose l’IA « par le haut » (hôpital, administration, industrie), puis on demande aux soignants de corriger les erreurs, nourrir les systèmes, cliquer, annoter, justifier, sans marge réelle de contestation : l’humain devient l’appendice de la machine.
Messages pour la médecine et la santé publique
- Les systèmes de santé risquent de devenir des machines à produire du texte (dossiers, courriers, décisions générées) qui « hallucinent » parfois, pendant que les cliniciens sont relégués à la surveillance et au nettoyage des erreurs plutôt qu’à la relation et au jugement clinique.
- Dans un contexte de Big Lie, la tentation est grande d’utiliser l’IA pour produire du contenu séduisant, des rapports, des communiqués, et de masquer l’incertitude ou les désaccords sous une couche de verbosité algorithmique plutôt que de pratiquer l’humilité épistémique.
- L’éditorial plaide donc pour :
- nommer clairement les mensonges, la désinformation et les conflits d’intérêts, y compris quand ils viennent d’acteurs puissants ;
- refuser les configurations « reverse centaur » dans lesquelles l’IA dicte et l’humain corrige ;
- concevoir au contraire des organisations où l’IA reste un outil au service des cliniciens, chercheurs et citoyens, et non l’inverse.
En filigrane, le texte rappelle que la protection de la vérité, de la responsabilité et de l’autonomie professionnelle est un enjeu central, non seulement pour la qualité des soins mais aussi pour la santé démocratique des sociétés.
Je deviens moi-même esclave de l’IA qui m’aide à analyser les articles. Je ne gagne pas réellement du temps, car je lis tout, et je pense contrôler… et je suis content car l’IA amène des réflexions que je n’ai pas toujours. Mais, c’est un jeu dangereux.
PerplexityPro cite toujours ses sources, outre l’éditorial commenté :
- https://www.bmj.com/content/391/bmj.r2643
- https://bmjgroup.com/goodbye-to-the-year-of-the-big-lie-hello-reverse-centaur/
- https://x.com/bmj_latest/status/2003496009834320298
- https://pluralistic.net/2025/09/11/vulgar-thatcherism/
- https://ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws.com/web/direct-files/attachments/17376000/5125d5a9-8c5d-45e1-839d-ea1433573b50/Black_mirror.full.pdf
- https://ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws.com/web/direct-files/attachments/17376000/3b20d476-f8fc-4c20-abc0-5f5e345fe771/Agreeable_disagreement.full.pdf
- https://ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws.com/web/direct-files/attachments/17376000/846fd926-dd47-4f32-b36c-c59937f0239d/The_rest_is_also_medicine.full.pdf
- https://ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws.com/web/direct-files/attachments/17376000/59db7b73-d2c0-438c-bde9-b7e30915ed4b/Lost_in_words.full.pdf
- https://ppl-ai-file-upload.s3.amazonaws.com/web/direct-files/attachments/17376000/4dde11e6-ee28-474e-b937-f1fa974cddda/Agreeable_disagreement.full.pdf
- https://www.bmj.com/content/391/bmj.r2643.full.pdf
- https://www.bmj.com/content/391/8478
- https://www.bmj.com/content/by/section/Editor’s%20Choice
- https://www.bmj.com/content/387/bmj-2024-081948/related
- https://bmjgroup.com
- https://www.bmj.com/content/383/bmj-2023-077276/related
- https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2590113324000324
- https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11847147/
- https://www.bmj.com/content/383/bmj-2023-077294/related
- https://www.bmj.com/%20





Un commentaire
Lutter contre le mensonge n’est pas le bon combat.
Le combat qu’il faut mener est celui contre la vérité (notion religieuse dont les idées politiques sont un avatar moderne).
N’acceptons jamais aucune vérité, exigeons toujours des faits prouvés.
Souhaitons nous en 2026 de progresser sur cette voie !