Avec deux collègues, Delphine Antoine et Jean-Claude Desenclos, nous avons publié des propositions pour mieux écrire
et utiliser ce monde de communication. Nous remercions La Presse Médicale Formation pour cette publication. (novembre 2025). Nous remercions Louis-Rachid Salmi qui a écrit un éditorial pour mettre en valeur cet article : Communiquer avec les décideurs en santé publique. Il n’est pas habituel dans la presse médicale française d’aborder ce sujet des policy briefs, et pourtant de nombreuses institutions pourraient mieux faire.
Points essentiels
- Les données probantes sont essentielles pour orienter la prise de décisions en santé.
- Le ‘policy brief’ (Note de politique, Note ou écrit à un décideur) contribue à la décision et peut aussi s’adresser au public ; il aide à renforcer la crédibilité et la confiance dans la science.
- Les données doivent s’appuyer sur des évidences scientifiques, avec si besoin un recours à l’expertise, en présentant les incertitudes pour suggérer des compromis ou des actions adaptées.
- Le format doit être structuré, adapté à l’objectif et au destinataire (le décideur), et homogène au sein de l’organisation.
- La lisibilité et la compréhension nécessitent des phrases courtes et un langage simple rendant les concepts scientifiques accessibles et utilisables par un public non scientifique.
- L’utilisation de l’intelligence artificielle générative peut faciliter la rédaction ; une vérification humaine et la transparence sont essentielles pour garantir la qualité et l’intégrité du contenu.
Un exercice insuffisamment utilisé pour défendre la bonne information
J’ai enseigné la rédaction des policy briefs en Afrique anglophone pour l’OMS, en Asie pour un organisme de recherche et en France pour une agence de santé. Il faut se mettre dans le moule de ce que recherchent les chercheurs et organisations : pour qui et avec quel format ?
Il y a la note pour un décideur qui répond à une question en une page car le décideur n’a pas le temps de lire le verso. Dans ce cas, c’est une question précise, une réponse avec deux ou trois options pour choisir la décision, sans préciser les méthodes (parfois mises en annexe). L’argumentaire est bref et mis après la réponse. Il ne s’agit pas de résumer un article scientifique IMRaD.
Il y a la note pour un décideur qui reprend une recherche sous forme d’un PDF de 4 voire 6 pages, en couleur et avec un plan et une mise en page adaptés. Chaque institution a ses pratiques. Regardez ce que font l’UNESCO avec ‘So What?’ l’OMS avec plein d’exemples, et aussi le Cirad avec Perspective.
Est-ce que l’IA va permettre de mieux développer les policy briefs ? Je l’espère. Je rêve de policy briefs envoyés à nos partis politiques qui préparent les programmes santé pour essayer d’éviter nombre de bêtises que vous lisez.



Un commentaire
Une remarque sémantique : faut-il vraiment « influencer » un décideur qui requiert une expertise ? Ne faut-il pas plutôt s’abstraire du risque de lui transmettre une opinion ?
Un vrai décideur doit seul répondre de sa décision, et un grand travers de la politique comme de la justice est justement qu’on fait endosser à des experts cette responsabilité qui ne leur incombe pas (et que beaucoup ont le tort d’accepter avec gourmandise) .
Il existe certes un métier tout autre que l’expertise : c’est celui de conseiller – s’autoriser à dire ce qu’il faut faire sans se risquer à le faire soi-même. Ne parlons même même pas du nouveau métier d »influenceur » dont on voit trop bien ce qu’il vaut.
Je comprends bien que l’expression utilisée ici signifiait « informer correctement », mais je pense utile de rappeler à cette occasion qu’une expertise se doit de ne délivrer que des données, jamais des opinions. Elle doit permettre à ceux qui la demandent de connaitre ce qui est prouvé et surtout ce qui ne l’est pas ; elle doit dire ce qui est factuel et ce qui n’est que consensuel ; elle doit insister enfin sur ce qu’on ignore – généralement le plus important.
En un mot, il faut aider le décideur à repérer la mésinformation, à justement ne pas se laisser influencer par des opinions. Une véritable expertise est un document de travail pour le décideur – ou ses conseillers. Il est vain d’espérer en faire un simple paragraphe facile à lire – qui serait justement un conseil, tout autre métier.
Le grand W. Edwards Deming a dit « sans données, vous n’êtes qu’une personne de plus avec son opinion » ; on lui prête aussi « in God we trust, all others must bring data. »