Post-vérité : le discours scientifique mis en danger ?

Points clés

C’est un bon livre, publié par les PUR (Presses Universitaires de Rennes) avec pour titre : Post-vérité : la crédibilité du discours scientifique à l’heure des « faits alternatifs ». Publication avec le soutien de l’Association francophone post véritéd’éducation comparée, du CRIDAQ de l’université du Québec et du laboratoire LACES de l’université de Bordeaux.

Des informations et surtout le sommaire sur le site de l’éditeur.

Multi-auteurs, ce livre a trois directeurs de rédaction (Charles Mercier, Bordeaux ; Jean-Philippe Warren, Société royale du canada ; Régis Mallet, Bordeaux) et trois parties : 1) L’archipel médiatique en accusation ; 2) Le rôle ambivalent du politique ; 3)Le monde académique et la post-vérité. Pour le lecteur pressé, la lecture de l’introduction et de la conclusion sont un aperçu excellent de la question et de la structuration du livre. Tous les chapitres sont bien, et trois m’ont beaucoup intéressé :

  • La post-vérité est-elle un marqueur de notre temps. Le cas de l’Ukraine (Christine Dugoin-Clément).
  • Médicament. Un laboratoire de la post-vérité (Bernard bégaud).
  • La science en guerre contre elle-même (Jean-Philippe Warren).

Bien sûr, le cas de l’hydroxychloroquine (Errements de D Raoult et amplifications journalistiques) est évoqué dans un chapitre, et le président D Trump est très présent.

Qu’est-ce que la post-vérité ?

En page 13 : La post-vérité peut être définie comme une configuration politique et médiatique dans laquelle la crédibilité d’un discours repose moins sur son adéquation aux faits que sur sa correspondance avec les croyances et les pulsions émotives d’une partie de l’opinion publique, sur fond de méfiance diffuse envers les élites et les institutions établies.

En Russie, il existe un savoir-faire ancien et robuste en matière de distorsion des faits

La faute aux réseaux sociaux ?

Difficile de les rendre responsables de tout, mais quatre facteurs sont importants (page 14 à 19) :

  • Ils reposent sur la réactivité et l’émotion ; allez relire un prix Nobel d’économie : D Kahneman et le système 1 !
  • La quantité de données produites serait telle qu’elle produirait une fatigue informationnelle ;
  • Ils sont propices à la formation de communautés sectaires ; cliquant sur un site alternatif, les internautes se terrent dans un trou de lapin ; radicalisation polarisation de la société, …
  • Ils créent un espace non régulé de communication, où tout un chacun peut produire et mettre en circulation des contenus dont la véracité et l’authenticité ne sont pas contrôlées.

Le mentir-vrai

La post-vérité serait la réponse des populistes aux élites progressistes qui, mes premières, auraient trahi la vérité en la mettant au service de leurs valeurs libérales (page 22).

Quand Trump dit pendant la campagne de 2016 que le taux d’homicides explose, alors qu’il est au plus bas depuis un demi-siècle, il « ment-vrai », c’est à dire qu’il exprime, au delà des chiffres, le sentiment d’insécurité d’une partie des Américains (page 23).

J’ai analysé en juin 2025 un article montrant que les discours du congrès américain passent progressivement de la preuve à l’intuition : ‘Nous analysons les traces linguistiques de ces perspectives contrastées dans les discours du Congrès de 1879 à 2022. Nous constatons que le langage fondé sur des preuves a continué à décliner depuis le milieu des années 1970, parallèlement à une baisse de la productivité législative. Ce déclin s’est accompagné d’une polarisation partisane croissante au sein du Congrès et d’une augmentation des inégalités de revenus dans la société. 

Je remercie Pierre Rimbaud

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Un commentaire

  • Le problème de fond, aussi vieux que l’humanité, est que vérité et mensonge sont de quasi synonymes : la vérité est un mensonge potentiel auquel on croit, et le menteur allègue dire la vérité. Vérité et mensonge ne sont que des opinions, et la plus grande production de vérités vient des religions… et des politiciens (un thème qui a trouvé son apogée dans « 1984 »).
    La seule notion utile à l’esprit critique n’est pas le vrai mais le réel. La réalité est ce que cherchent à révéler les sciences : des faits… rarement indiscutables. La vérité est au contraire une vue de l’esprit : une idée qui ne se discute pas.
    Il n’y donc de stricte vérité qu’en pure mathématique – c’est là toute sa beauté. Dans les sciences, il ne faudrait jamais parler de vérité, mais seulement de réalité – c’est là leur seul objet.

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