Cet article du 10 avril 2025 dans Nature Human Behaviour est étonnant car il analyse les discours du Congrès américain et montre que depuis les années 70s, il y a un déclin de la preuve…. Est-ce limité aux USA ? Son titre : Computational analysis of US congressional speeches reveals a shift from evidence to intuition. Les auteurs et le financement de ce travail sont européens !
La Vérité en Démocratie : Entre Preuve et Intuition
Bien que ces deux approches existent sur un continuum et qu’un discours démocratique productif nécessite un équilibre entre les deux, une dépendance exclusive à l’intuition peut entraver le débat politique. Cette dépendance empêche les preuves et les données de servir de base pour arbitrer les positions conflictuelles et parvenir à un accord. Cette recherche ne s’intéresse pas à la véracité des affirmations individuelles, mais plutôt à la manière dont la quête de la vérité se reflète dans la rhétorique politique des élus.
L’analyse des scores EMI (Evidence-Minus-Intuition — voir ci-dessous) au fil du temps a révélé des tendances :
- Stabilité initiale et pic : Le score EMI est resté élevé et relativement stable de 1875 jusqu’au début du 20e siècle. Une tendance à la hausse a ensuite commencé dans les années 1940, atteignant un pic au milieu des années 1970.
- Le grand déclin : Depuis le milieu des années 1970, le langage fondé sur des preuves est en déclin constant, atteignant récemment son niveau le plus bas de l’histoire.
- Concordance partisane : Ce déclin n’est pas propre à un seul parti. Les Démocrates et les Républicains ont suivi la même trajectoire descendante dans leur rhétorique depuis le milieu des années 1970, bien qu’une baisse plus prononcée ait été observée chez les Républicains lors de la dernière session (2021-2022). Ce phénomène est également observé dans les deux chambres du Congrès (la Chambre des représentants et le Sénat).
- Creux historiques liés aux crises : Il est intéressant de noter que des baisses significatives de l’EMI ont également eu lieu avant les années 1970, notamment lors du 56e Congrès (1899-1901), marqué par le « Gilded Age » (âge doré) et l’augmentation des inégalités économiques et des troubles sociaux, et du 73e Congrès (1933-1935), caractérisé par la Grande Dépression. Ces périodes de bouleversements économiques et sociaux ont probablement conduit à une plus grande emphase sur le langage basé sur l’intuition, ce qui est cohérent avec des recherches antérieures sur les changements de langage chez les individus et les dirigeants politiques confrontés à des situations de stress ou de crise.
Une méthodologie bien décrite
Les chercheurs ont appliqué des techniques d’analyse textuelle computationnelle à plus de 8 millions de transcriptions de discours prononcés au Congrès américain entre 1879 et 2022. Ils ont distingué deux approches rhétoriques principales que les politiciens peuvent utiliser pour exprimer leur quête de vérité :
- L’approche basée sur des preuves (evidence-based) s’appuie sur des éléments de la réalité externe, tels que les preuves, les faits, les données probantes et les statistiques. Un discours fondé sur des preuves fournit une base solide pour un débat « raisonné ».
- L’approche basée sur l’intuition (intuition-based) se fonde sur des expériences internes, des sentiments, des instincts, des valeurs personnelles ou des croyances. L’intuition peut apporter des dimensions émotionnelles et expérientielles importantes pour résoudre des problèmes sociétaux.
Ils ont développé un indicateur clé : le score « preuve-moins-intuition » (EMI) (Evidence-Minus-Intuition score). Ils ont construit des dictionnaires spécifiques pour le langage fondé sur des preuves et celui basé sur l’intuition. Le dictionnaire « preuve » contient 49 mots-clés et celui d’« intuition » en contient 35. Voir l’image ci-contre. Le score EMI est calculé en utilisant des « word embeddings » (représentations vectorielles de mots) qui capturent les relations sémantiques entre les mots. Un score EMI positif indique une prédominance du langage basé sur des preuves, tandis qu’un score négatif suggère une plus grande dépendance au langage basé sur l’intuition. Le score moyen par période de deux ans, correspondant à une session du Congrès, a été utilisé pour l’analyse.
Un article de qualité difficile à lire. Voici le résumé traduit
La recherche d’une prise de décision honnête et sincère est cruciale pour la gouvernance et la responsabilité dans les démocraties. Cependant, les gens ont parfois des points de vue différents sur ce que signifie être honnête et sur la manière de rechercher la vérité. Nous explorons ici un continuum de perspectives allant du raisonnement basé sur des preuves, ancré dans des faits et des données vérifiables, à une extrémité, aux décisions intuitives qui sont guidées par des sentiments et des interprétations subjectives, à l’autre extrémité. Nous analysons les traces linguistiques de ces perspectives contrastées dans les discours du Congrès de 1879 à 2022. Nous constatons que le langage fondé sur des preuves a continué à décliner depuis le milieu des années 1970, parallèlement à une baisse de la productivité législative. Ce déclin s’est accompagné d’une polarisation partisane croissante au sein du Congrès et d’une augmentation des inégalités de revenus dans la société. Les résultats soulignent l’importance d’un langage fondé sur des preuves dans la prise de décision politique.
PS : j’ai utilisé NotebookLM pour synthétiser l’article. Je suis responsable du billet.



Un commentaire
Le problème est qu’on se fait élire avec de la démagogie, et évincer en exposant le réel.