Les dérives du système des publications : publications en 4 ou 6 semaines, pour moins cher avec des relectures faites par l’IA

Points clés

Nouveau preprint déposé sur arXiv par une équipe de chercheurs bien connus et réputés. Le titre The drain of scientific publishing

J’ai survolé l’article et demandé à Perplexity de m’aider. J’ai relu de près, ajouté quelques points, et surtout repris la figure 1. L’article, et surtout les annexes, contient de nombreuses informations. Les chiffres d’affaires et profits de deux groupes, MDPI et Frontiers, ne sont pas connus….  Devinez leurs profits !  Voici un résumé

Constat principal

Les auteurs montrent que la logique de profit des grands éditeurs (Elsevier, Springer Nature, Wiley, Taylor & Francis) a transformé les articles en marchandises vendues à la communauté qui les produit, avec des marges bénéficiaires dépassant 30 % et plus de 14 milliards de dollars de profits entre 2019 et 2024. Le mouvement open access, tel qu’il a été capté par ces acteurs via les APCs et les « read‑and‑publish deals », a davantage renforcé ces profits qu’il n’a démocratisé l’accès au savoir.

La « quadruple fuite » : argent et temps

Sur le plan financier, l’article documente l’oligopole des grands éditeurs, les contrats opaques avec les bibliothèques, l’explosion des APC (près de 9 milliards de dollars versés entre 2019 et 2023 aux principaux éditeurs), et l’asymétrie Nord–Sud, les pays à faibles ressources devant parfois payer les APC sur fonds personnels. Les auteurs soulignent en contraste la vitalité de modèles non commerciaux, notamment en Amérique latine (diamond OA porté par les universités) et certaines initiatives africaines, mais menacées par la logique dominante d’« excellence » et les tentatives de rachat.

En termes de temps, la production d’articles croît plus vite que la ‘main‑d’œuvre scientifique’, le nombre de papiers par chercheur ayant presque doublé entre 1996 et 2022. Le système repose sur plus de 130 millions d’heures annuelles de relecture non rémunérée, ce qui alimente une productivité de façade, une « ossification » des idées et une dépriorisation des travaux risqués, locaux, interdisciplinaires ou de long terme.

La « quadruple fuite » : confiance et contrôle

Sur le plan de la confiance, la levée des contraintes matérielles du papier permet de monétiser la quantité autant que la qualité, avec la prolifération de titres et de numéros spéciaux, des politiques de « cascade », et des délais d’évaluation étonnamment homogènes laissant penser à une gestion plus industrielle qu’académique. Les auteurs lient ces modèles d’affaires à l’essor des paper mills, des fraudes alimentées par l’IA, des rétractations massives et à une érosion de la crédibilité du peer review traditionnel.

Concernant le contrôle, les communautés académiques ont souvent perdu la main non seulement sur les revues, mais aussi sur les infrastructures d’évaluation (JIF, Scopus, plateformes d’analytics) et sur les organismes de « gouvernance » de l’intégrité comme le COPE, tous dominés par des acteurs privés du Nord. Cette concentration renforce les normes anglo‑saxonnes, marginalise les revues non anglaises ou régionales, et entretient des inégalités dans la définition de l’excellence.

arxiv strain publishingDans cette guerre, regardez cette figure 1 qui fait comprendre simplement : deux groupes, MDPI et Frontiers, publient plus vite avec des APCs moins élevés que les ‘anciens éditeurs’. MDPI et Frontiers font des numéros spéciaux avec des guest editors payés, et doivent utiliser l’IA pour accélérer les relectures. Donc pour s’en sortir et rester dans la course, c’est ce qu’a fait STOTEN décrit dans le billet d’hier. Il faudra accélérer la publication et probablement arrêter de solliciter des relecteurs externes pour faire des relectures avec l’IA, comme le NEJM.​

Propositions : re‑communautariser l’édition

Les auteurs jugent illusoire l’idée de réformer le système en partenariat avec les grands éditeurs tant que des marges de plus de 30% les incitent structurellement à privilégier le revenu sur les intérêts de la science. Ils estiment que les remèdes des dernières décennies (politiques OA, bloc‑grants pour APC, objectifs de Plan S, innovations IA) n’ont pas corrigé le problème de fond : la dépendance à des entités à but lucratif.

Ils appellent à une re‑communautarisation de l’édition fondée sur des infrastructures ouvertes fédérées, des plateformes et revues non commerciales (Érudit, OpenEdition, SciELO, LA Referencia, etc.) et des modèles de type « publish, review, curate » avec un véritable pilotage académique. Les bailleurs, gouvernements et universités devraient simultanément : soutenir financièrement ces alternatives, intervenir plus fermement sur le marché (autorités de concurrence, éventuelle prise de participation pour peser comme actionnaires), et surtout réformer les systèmes d’évaluation pour récompenser les publications dans des revues communautaires et décourager le recours aux titres commerciaux dominants.

Enjeux et urgence d’agir

Selon les auteurs, l’inaction prolongera un système où les fonds publics, le temps des chercheurs et l’intégrité scientifique sont subordonnés aux intérêts des éditeurs commerciaux. L’enjeu central est de réaligner l’économie symbolique et matérielle de la publication sur les finalités de la recherche et de l’éducation, plutôt que sur la captation de rente par un petit nombre de firmes oligopolistiques.

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