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Une revue médicale de langue française devrait être créée par nos institutions, pour satisfaire un lectorat francophone en développement

Points clés

J English Ac PurposeJ'ai eu beaucoup de plaisir en lisant un article de Françoise Salager-Meyer, une française multilingue, basée au Vénézuéla. Elle est employée de la facullté de médecine de l'Université des Andes où elle coordonne le Research Group on Scientific Discourse Analysis. Dans le "Journal of English for Academic Purposes", revue qui vient d'avoir un facteur d'impact (0,976) après 12 ans d'existence, F Salager-Meyer a pris la défense des revues scientifiques en langues locales, et elle a raison.

Son propos est bien construit. F Salager-Meyer explique d'abord la coexistence de 2 mondes dans la publication académique : les grandes revues en langue anglaise indéxées dans des bases (Mainstream/center publications) et les revues en langues locales (Domestic peripheral journals) comme espagnol, portugais, chinois, russe, farsi, coréen, etc….). Elle explique toutes les difficultés des scientifiques quanlifiés de 'Non-native English researchers", et c'est bien dit. Ensuite, elle propose des arguments pour défendre les revues en langues locales : il faut localement joindre les efforts plutôt que d'avoir trop de revues médiocres en compétition ; des indexations régionales existent en prenant des exemples en langue espagnole (Index Copernicus, LATINDEX, LILACS, REDALYC, SciELO), sans citer CISMeF (normal car ce n'est pas une base de données de revues !) ; l'intégrité et le respect des recommandations internationales (pour publier) doivent être développés ; les rédacteurs doivent former des jeunes pour améliorer la qualité des revues locales. Elle termine son propos sur le concept de 'Lost Science" BRAVO.

Comment la France, souvent citée par les anglo-saxons comme le pays ayant créé la première revue scientifique (Journal des sçavans), abandonne ses revues scientifiques pour suivre les étoiles anglo-saxonnes qui ne brilleront pas toujours ? Il faudrait un vrai mouvement institutionnel pour soutenir une grande revue biomédicale française..    Pourquoi la British Medical Association, avec les revues du groupe BMJ, pourquoi l'American Medical Association, avec les revues du groupe JAMA, ont développé des revues, quand nos instances, comme le Conseil national de l'ordre des médecins, n'ont jamais eu de vélléités pour soutenir la diffusion de la bonne science.. en langue française ?

Salager-Meyer F. Writing and publishing in peripheral scholarly journals: how to enhance the global influence of multilingual scholars. Journal of English for Academic Purposes (2013)  http://dx.doi.org/10.1016/j.jeap.2013.11.003

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12 commentaires

  • Bonjour
    il s’agit d’un débat qui ne date pas d’aujourd’hui. J’ai été 4 ans rédacteur en chef de la revue Gastroentérologie Clinique et Biologique, revue officielle de la Société Nationale Française de Gastroentérologie, qui a longtemps été une revue scientifique de bon niveau niveau avec un IF correct (entre 1 et 2) malgré la publication en langue française. Surtout la revue a longtemps été classée dans le top 15 des revues de la spécialité. Progressivement la situation s’est dégradée, l’IF a chuté à 0.7, le nombre de revues a augmenté et la revue est tombée dans les profondeurs du classement puis a disparu malgré une tentative pendant plusieurs années de publier des articles scientifiques en anglais. Nous vivons dans un monde scientifique globalisé (comme l’économie) dans lequel l’anglais est devenu la langue universelle. Il est impossible d’exister à un bon niveau en dehors de l’anglais tout simplement par ce que vous ne serez pas lu, donc pas référencé etc…C’est dommage mais c’est la dure réalité. Vous citez des associations anglaises et américaines, donc c’est biaisé. Les premières victimes francophones ne sont pas les français(ni les suisses ou les belges), qui publient leurs articles de qualité en anglais mais tous les autres pays de la francophonie moins développés – en particulier en Afrique – qui ont perdu une possibilité de publier en français leurs travaux. Il y a bien des revues africaines – que l’on soutient du mieux possible – mais elles restent confidentielles. Quant au rôle – et à l’utilité- du conseil de l’Ordre, mieux vaut ne pas ouvrir le débat… mais les revues restent en France du ressort des sociétés savantes.
    Bonne année à tous
    Frank Zerbib

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  • Bonjour,
    merci pour ces commentaires… Je suis d’accord avec votre analyse sur GCB qui était une excellente revue. Tout est biaisé en France, et cela explique que le CNOM, l’Académie de Médecine ne s’intéressent pas réellement à la diffusion de la bonne science. Nous n’avons pas de réelle Fédération des spécialités médicales qui fonctionne.. Quand la formation continue est aux mains des syndicats professionnels et des caisses, les professionnels n’ont pas la responsabilité de la formation, donc pas la responsabilité de la diffusion du savoir. Ce n’est pas le rôle des syndicats de diffuser le savoir.
    Je reste à regretter que nous n’ayons pas de bonne revue scientifique française quand la francophonie est en progression forte…

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  • Bonjour, l’idée d’une revue biomedicale francophone de qualité soutenue par les différentes institutions et rêvons un peu en open acces avec soumission gratuite (voire avec traduction des articles phares en Anglais) est vraiment séduisante. Mais cela nécessiterait un changement de paradigme de la part de nos institutions avec la valorisation des publications en Français et il s’agit là d’un choix politique. En effet si les critères d’évaluation prenaient en compte la langue de publication, un part plus importante des publications se ferait en Français. On noter que le français en à priori la 3eme langue sur pubmed et reste stable depuis quelques années
    http://dan.corlan.net/medline-trend/language/absolute.html
    http://dan.corlan.net/medline-trend/language/
    https://journal.lib.uoguelph.ca/index.php/perj/article/view/826/1358#.UsrFR_TuKSo

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  • Bonjour et surtout merci pour ces liens qui sont très intéressants.
    Il est évident que les critères d’évaluation devraient aussi considérer les travaux en langue française

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  • Trouvé sur le site de l’ACFAS, l’association francophone pour le savoir, un très interessant article d’Eve Seguin,spécialiste du rapport entre politique et sciences :http://www.acfas.ca/publications/decouvrir/2013/12/thou-shalt-speak-english
    En exergue de son article intitulé Thou shalt speak English, elle écrit :  » À l’heure actuelle, l’anglais ne possède pas l’exclusivité de la communication scientifique, mais il est certain que de nombreux mécanismes sont en train d’imposer la croyance que son hégémonie indéniable est destinée à se transformer en monopole. Si elle n’est pas rapidement analysée et exposée pour ce qu’elle est, cette croyance a toutes les chances de se matérialiser »
    L’article dénonce ainsi un biais porté par Web of Science (WoS) et Scopus en faveur des travaux en langue anglaise : »En clair : les revues françaises sont invisibles. Ce biais a des conséquences pour l’évaluation de la recherche puisqu’il surestime la productivité scientifique des pays anglophones par rapport aux autres pays. Mais ce qui est plus grave, il laisse dans l’ombre des pans entiers de l’output scientifique international, et des résultats qui pourraient s’avérer décisifs, en médecine notamment, disparaissent de la circulation »

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  • « A quoi servent les revues scientifiques francophones ? », telle est la question que ne craint pas de poser Franck Ramus dans un billet -non daté- publié sur son site : http://www.lscp.net/persons/ramus/fr/revues.html
    Ce chercheur intrépide – il a pris part à la controverse autour de l’autisme – publie un échange de courrier avec un éditeur dans lequel il n’hésite pas à écrire que  » la notion même de revue scientifique en français est une aberration « . Ramus prend toutefois soin de distinguer les revues scientifiques stricto-sensu des revues professionnelles ou de vulgarisation…

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  • Chers collègues,
    Ce débat anime toutes les réunions des comités de rédaction des revues francophones. Les Archives de Pédiatrie, organe de la Société française de Pédiatrie, dont j’assure la Direction depuis 6 ans n’échappent pas à la règle. Notre position actuelle est de maintenir une revue en français avec possibilité d’accepter des articles en anglais, ou de faire traduire des articles qui nous semblent pouvoir avoir une portée internationale.
    Pourquoi garder le français ? Contrairement à Mr Camus, il nous semble qu’il y a de bonnes raisons.
    La première est qu’il existe encore tout un lectorat et des auteurs francophones qui n’ont pas la maitrise de l’anglais et pour qui les revues francophones sont un moyen de se former et de publier. C’est aussi souvent une première étape de publication pour nos jeunes collègues français, notamment des travaux de thèse ou de master. Est-ce à dire que tout ce qui y est publié est non scientifique et sans intérêt ? Nous ne le croyons pas et, comme cela a été souligné, ce n’est pas parce qu’un article parait dans une revue anglophone qu’il est forcément digne d’intérêt, et inversement. Une étude bien menée d’évaluation des pratiques professionnelles confrontées à des recommandations françaises (sacro-sainte HAS que personne ne connait au delà de nos frontières) n’interessera aucune revue anglophone tout en ayant une réelle valeur scientifique et un intérêt certain pour nos collègues français. De même de la discussion de problèmes éthiques dont on sait que chaque pays, chaque culture a sa propre approche (arrêt de soins aux grands prématurés par exemple). Devrait-on se priver de l’expérience de collègues africains sur la transmission materno-infantile du Sida sous prétexte qu’ils ne sauront publier en anglais ? Certains sont capables de mener des études rigoureuses et très informatives.
    Un des problèmes soulevés par l’emprise de l’anglais et de l’impact factor est effectivement la mauvaise valorisation des articles en français. Pour avoir été membre de la sous-section pédiatrique du CNU pendant 12 ans et l’avoir présidée pendant 6 ans, je connais la problématique. Bien entendu, un article publié dans les Archives de Pédiatrie ne rivalisera jamais avec un article dans une revue à impact factor élevé. Mais serait-il anormal qu’on exige d’un futur universitaire qu’il ait contribué au dynamisme de la revue scientifique nationale de sa spécialité et pas seulement pour des articles de formation ? Personnellement je ne le pense pas.
    Pour en terminer avec l’impact factor ou le facteur H, ces paramètres ont du sens mais on pourrait également s’intéresser au nombres de téléchargements. On verrait que les articles en français (dont des travaux originaux)sont beaucoup téléchargés et pas seulement dans des pays francophones.

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  • Bonjour
    merci pour ces commentaires, et je rejoins ceux qui défendent les revues françaises : des travaux liés au système de soins par exemple, des travaux dépendants de notre culture médicale n’intéressent pas les revues anglo-saxonnes…
    Il a été montré qu’à l’AP-HP, 9 des 15 revues les plus téléchargées étaient des revues françaises. Certes étude ancienne (2006) qu’il faut refaire… mais imaginez les téléchargements d’un hôpital non universitaire qui n’est pas l’AP-HP voir http://www.em-consulte.com/article/103332/le-%E2%80%9Ctop-15%E2%80%9D-des-revues-medicoscientifiques-telecha
    Le rapport HAS sur les critères de qualité des revues reprend de nombreuses données : les médecins français lisent en français… OUI pour un % infime de médecins élites qui ne jurent que par l’anglais… mais il reste plus de 200 000 médecins français qui veulent du français.. et je vous rappelle que la francophonie va encore beaucoup augmenter, et que l’anglais aux US est challengé par l’espagnol..
    Cordialemnt

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  • Pour ce qui est de l’Afrique, et en attendant d’éventuelles nouvelles revues francophones, on peut se reporter à la « 1ére revue médicale internationale panafricaine francophone », Médecine d’Afrique Noire, http://www.santetropicale.com/manelec/fr/index.asp
    Une revue bénéficiant du soutien de généreux mécènes comme le laisse deviner l’espace partenaires …

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  • Un récent article de Sylvestre Huet illustre, s’il en était besoin, le handicap affectant les recherches publiées dans des langues autres que l’anglais.
    «Ces scientifiques russes, précise Claverie, étudient depuis des décennies les plantes et micro-organismes du pergélisol. Mais leurs publications, en russe, sont peu lues et mal connues. Après un échange de courriels, nous sommes convenus de collaborer. Et, un jour, une jeune chercheuse russe est arrivée à Marseille avec un échantillon de pergélisol de 30.000 dans un tube scellé.» http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2014/03/un-virus-congel%C3%A9-depuis-30000-ans-revit.html
    Et il me revient que Tchernobyl est en Ukraine…

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  • Merci pour ces articles intéressant, et les commentaires pertinents ; dommage que le plupart des documents cités soient en langue anglaise !
    Déjà au début du 20ème siècle, certains scientifiques (comme Poincaré ou Russel) posaient le problème de la communication internationale dans le champs scientifique et suggéraient l’usage d’une langue universelle, comme l’ido ou l’espéranto. Aujourd’hui, l’espéranto a survécu, et est utilisé (de manière certes très minoritaire) dans le champs scientifique.
    Voir l’intervention de 2014 de Jacques Bouveresse au collègue de France : http://www.college-de-france.fr/site/colloque-2014/symposium-2014-10-16-16h30.htm

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