COVID-19 : devinette.. qui a écrit au Lancet sans déclarer ses liens d’intérêts… c’est… c’est… c’est…

Une correspondance publiée dans The Lancet le 7 avril 2020 avait pour titre "The French response to COVID-19: intrinsic difficulties at the interface of science, public health, and policy". Le contenu de cette lettre pourrait faire supposer qu'elle a été suggérée par des collègues…. C'est un expert reconnu qui pendant sa carrière a défendu les bonnes pratiques scientifiques…  sauf que maintenant, il pense que nos autorités auraient dû considérer les données qui ne proviennent pas des essais randomisés… Quels sont réellement les arguments pour s'opposer aux méthodes scientifiques pour établir des preuves ?

Cet auteur a ajouté 'I declare no competing interests' sans probablement savoir que les liens d'intérêts non financiers doivent être déclarés…  Il s'agit de Jean-Paul Moatti, dont l'épouse Yolande Obadia est une des personnes qualifiées du conseil d'administration de l'IHU de Marseille. Mais, ce n'est pas son premier coup ! Est-ce que les institutions mentionnées dans la signature cautionnent cette lettre (Aix-Marseille University et IRD) ? J'aime bien l'IRD et ses actions. Ce que fait cet institut est super.

Qu'en pensez-vous ? Est un lien d'intérêt ? The Lancet semble ne pas contrôler ces déclarations…

Avant de réfuter les essais randomisés, je suggère de relire de bonnes réflexions, de chercheuses de Toulouse, qui mériteraient plus de visibilité que cette lettre au Lancet qui ne rend service à personne. Voici leur conclusion :

En tout état de cause, les essais cliniques concernant le Covid-19 doivent être rigoureux et les traitements évalués de façon adéquate (voir la publication de McDermott M.M. et Newman A.B.). Il est nécessaire que scientifiques, médecins, instances évaluatrices (ANSM, CPP), dirigeants s’appuient sur les valeurs communes de l’éthique de la recherche. Ils doivent s’allier pour parler d’une seule et même voix et engager la même rigueur scientifique dans la mise en place des essais cliniques afin qu’un traitement soit trouvé pour faire face au SARS-CoV-2 avec le concours des patients.

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2 commentaires

  • Etant chercheur de l’IRD, je me permets de souligner que Jean-Paul Moatti n’est plus PDG de l’IRD (ce que vous ne mentionnez pas) récemment remplacé par Valérie Verdier.
    Il me semble qu’à l’IRD nous sommes probablement très nombreux à désapprouver le soutien pro domo du Dr. Raoult de la part de notre ancien PDG.
    J’ajoute, à titre personnel, que cette lettre au Lancet me semble n’avoir aucune autre fonction que ce soutien, ce qui est inquiétant. Car il se présente comme un article « de bon sens » (je me méfie du bon sens quand on parle de science et plus encore de lien entre science et politique). Il liste les qualités et surtout les erreurs (sous la forme du « il aurait fallut que… »), de ce que J.P. Moatti appelle de manière un peu tendancieuse « conventional approaches [that] might jeopardise the science-policy interface ».
    Il est toujours facile de critiquer après-coup le gouvernement, issu de LREM que M. Moatti soutien par ailleurs à Marseille. Mais ce serait un défaut mineur pour un chercheur qui, à la retraite, n’est plus tenu au devoir de réserve, et peut comme tout à chacun, se permettre quelques opinions fussent-elles contraires à son propre parti politique.
    Par contre cet article sème le doute sur le rôle de la science elle-même. Le denier paragraphe de cette lettre est une soutien assez explicite aux travaux du maintenant célèbre docteur Raoult, dont il apparaît à nos yeux ébahis, que l’institut marseillais a été financé par l‘IRD durant la Présidence de Jean-Paul Moatti. Ce financement essentiel à la survie de l’IHU a été autorisé par l’IRD alors que le CNRS et l’INSERM avaient décidé de retirer leur appui. Comme le précise l’enquête de MarsActu, le financement de l’IRD a fait l’objet d’une enquête pour soupçon de conflit d’intérêt, si j’en crois les informations publiées dans les journaux, car l’épouse de JP Moatti est aussi présidente de la Fondation qui préside au financement de cet Institut.
    Mais en dehors du conflit d’intérêt non déclaré, l’argument brandi par JP Moatti est que juger du traitement du COVID avec hydroxychloroquine et azithromycin était une erreur (du gouvernement), pire une faute même : « Only referring to randomised clinical trials to prove efficacy of treatment without considering alternative evaluation methods for providing quicker evidence in a context of urgency has reduced the ability of authorities to mitigate the effect of irrational online rumours and regulate prescription practices of health professionals. »
    Retournement de l’argument : ne pas croire en Raoult reviendrait à renforcer les rumeurs ! (alors que c’est ce même Dr. Raoult et son cirque médiatique qui alimente les rumeurs.
    Comme si l’urgence nous affranchissait de la rigueur scientifique. Il faut juste affirmer qu’à ce jour la réponse thérapeutique de l’hydroxychloroquine n’a pas été prouvée et la publication d’une lettre dans The Lancet n’est pas une preuve d’efficacité clinique.
    De plus, cette déclaration est irresponsable à proprement parler car elle laisse entendre que nous pourrions juger des effets d’un traitement par d’autres méthodes. Il cite de plus des articles qui examinent des exemples d’erreurs de protocole et de jugement dans les analyses, ou de non respect des protocoles (et s’appuie pour ce faire sur le travail effectué à l’IRD pour sensibliser les chercheurs que nous sommes aux questions d’éthique de la recherche). Il aurait aussi pu baser son argumentation sur les cas, beaucoup plus nombreux, où ces prototocoles ont permis de sauver des vies et de mener des justes politiques de recherche.
    Enfin, la manipulation des médias du Dr.Raoult fait des ravages en Afrique, car il est très soutenu (au Senegal et au Mali) et rend plus difficile la manière d’affronter cette maladie, précisemment car de nombreuses personnes pensent que HCQ est le remède miracle.
    Le témoignage d’un médecin réanimateur, bien loin de Marseille, nous le rappelle avec justesse:
    http://m.lamarseillaise.fr/analyses-de-la-redaction/decryptage/81603-damien-barraud-medecin-reanimateur-a-metz-thionville-c-est-de-la-medecine-spectacle-ce-n-est-pas-de-la-science

    Répondre
    • Les essais avec échantillon témoin randomisé en double aveugle ne sont pas la panacée. Les falsifications restent possibles. Par exemple si on teste la « potion » de Raoult sur des échantillons de patients pris tardivement, ça ne marche pas, comme le disait Raoult. (je pense aux essais recovery et discovery qui, de mémoire montrent une létalité de 25%, ce qui révèle l' »erreur ». Bien sur on peut se tromper autrement, par exemple en ne testant qu’une partie du traitement: HQ sans AZT. L’imagination des frauderus est infinie et on peut imaginer bien des choses Enfin, il existe d’autres possibilités, je ne sais pas si c’est à celles-là que pensait M Moatti, c’est de mesurer une variable physique objective comme la charge virale. Dans ce cas, les essais ont une puissance statistique accrue (par comparaison avec la mesure de la létalité pour un taux de létalité de l’ordre du 1% par exemple) et le temps gagné pour les patients en cas d’épidémie peut être considérable, le temps mis à ne pas conclure grand chose pour les essais recovery et discovery en sont un exemple. Si HQ+AZT ne fonctionnent pas, c’est une grande chance car sinon on aura tué beaucoup de gens pour respecter, faute d’imagination, une méthode expérimentale lourde et lents.

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