Publier en anglais est une barrière culturelle et financière pour de nombreux chercheurs

C’est connu : diffuser la science en langue anglaise est un barrage pour des chercheurs non anglophones. Ce sont des difficultés culturelles et financières. Cet article dans PLOS ONE le 16 septembre 2020 apporte quelques informations mais une lettre aurait suffit plutôt qu’un article. Le titre « Disadvantages in preparing and publishing scientific papers caused by the dominance of the English language in science: The case of Colombian researchers in biological sciences ». C’est le business de PLOS ONE et d’autres méga-revues : publier si les auteurs payent ! Cet article a des messages dérivés d’une enquête de 44 questions avec 49 participants, doctoriants ou chercheurs colombiens dont la première langue est l’espagnol. L’auteur est basé aux USA, et a les moyens de payer PLOS ONE, contrairement aux doctorants colombiens. Dans l’image ci-dessous, il y a le salaire mensuel moyen des doctorants (947 $) et les coûts pour passer à l’anglais : traduire un article en anglais représente la moitié du salaire mensuel !

Voici la traduction du résumé : « Le succès d’un scientifique dépend de sa production d’articles scientifiques et du facteur d’impact de la revue dans laquelle il publie. Comme la plupart des grandes revues scientifiques sont publiées en anglais, le succès est lié à la publication dans cette langue. Columbia Journal.pone.0238372.g002Actuellement, 98 % des publications scientifiques sont rédigées en anglais, y compris pour les chercheurs des pays où l’anglais est une langue étrangère. La Colombie est l’un des pays où la maîtrise de l’anglais est la plus faible au monde. Il est donc essentiel de comprendre les désavantages auxquels les Colombiens sont confrontés dans le domaine de l’édition pour réduire les inégalités mondiales dans le domaine scientifique. Cet article quantifie les désavantages qui résultent de l’hégémonie linguistique dans l’édition scientifique en examinant les coûts supplémentaires que la communication en anglais crée dans la production d’articles. Il a été identifié que plus de 90% des articles scientifiques publiés par les chercheurs colombiens le sont en anglais, et que la publication dans une seconde langue crée des coûts financiers supplémentaires pour les doctorants colombiens et entraîne des problèmes de compréhension de lecture, de facilité et de temps d’écriture, et d’anxiété. Le rejet ou la révision de leurs articles en raison de la grammaire anglaise a été signalé par 43,5 % des doctorants, et 33 % ont choisi de ne pas assister à des conférences et réunions internationales en raison de l’utilisation obligatoire de l’anglais dans les présentations orales. Enfin, parmi les services de traduction/révision examinés, le coût par article se situe entre un quart et la moitié du salaire mensuel d’un doctorant en Colombie. Il convient de noter en particulier que nous avons identifié une corrélation positive entre la maîtrise de l’anglais et l’origine socio-économique plus élevée du chercheur. Dans l’ensemble, cette étude montre les conséquences négatives de l’hégémonie de l’anglais qui préserve le fossé mondial dans le domaine scientifique. Bien que le fait d’avoir une langue commune soit important pour la communication scientifique, la création d’alternatives multilingues permettrait de promouvoir la diversité tout en conservant un canal de communication. Un tel effort devrait provenir de différents acteurs et ne devrait pas incomber uniquement aux chercheurs dont l’anglais est une langue étrangère. »

Des solutions à cette situation ? Publier dans des revues moins prestigieuses en langues locales, mais il faudrait changer les règles du jeu ‘Publish or Perish’ dans de nombreux pays. Que des revues acceptent des articles en langue non anglaise. Des revues pourraient inclure les frais de traduction dans les FTA (Frais de Traitement des Articles) de l’Open Access. Des traductions automatiques de type Google Translate ???

Est-ce généralisable à la langue française ?

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3 commentaires

  • Il est évident que c’est un problème aussi pour les chercheurs français. Toutefois…
    J’ai toujours exigé de mes doctorants qu’ils aillent, si nécessaire, suivre des formations (gratuites) à l’anglais scientifique : elles existent dans toutes les universités. Sans parler des modules (obligatoires souvent) d’anglais scientifique dans le cursus licence-master. Je ne sais pas quelle est la situation en Colombie.
    Et je disais à mes doctorants que la pratique de l’anglais était une technique comme une autre : pas de recherche en biologie moderne sans appareil de PCR, sans générateur pour les électrophorèses, sans centrifugeuse, et sans la pratique de l’anglais. Et (en France toujours), il est exceptionnel qu’il n’y ait pas un collègue anglophone sympa à portée de main pour relire vos manuscrits si vous ne maîtrisez pas l’anglais scientifique…
    Je leur disais aussi qu’ils avaient bien de la chance : dans deux ou trois générations, il faudrait peut-être qu’ils maîtrisent le chinois scientifique pour être reconnus et pour publier dans les grands journaux… OK, je ne le pensais pas vraiment, mais cela leur donnait du courage !

    Répondre
  • Ce qui serait le mieux, serait d’avoir une langue neutre et commune type espéranto ou autre, ou une langue technique, proche d’un langage informatique et qui reste sans doute à créer, afin que tout le monde soit sur un même pied d’égalité. Cela serait d’ailleurs un beau projet, à la croisée des chemins de la science et de la linguistique. Il me semble cependant que cela a été tenté plusieurs fois, déjà par Descartes, mais que rien n’a aboutit, le poids culturel de la langue étant trop important. Mais pour une langue purement technique, cela reste quand même envisageable. Le langage scientifique est finalement assez mathématique dans sa constitution. Certains domaines ont un vocabulaire très grand (biologie par exemple) mais l’articulation des concepts faisant appel à la logique, on devrait pouvoir créer quelque chose. Est ce que quelqu’un s’y connait dans ce domaine ??
    Bon, OK, j’arrête de rêver…

    Répondre
  • la langue n’est qu’un moyen d’apprentissage et d’échange !
    elle n’est pas surement; et surtout en médecine ; « le but »
    et c’est vrai qu’il faut choisir les bons moyens
    mais je pense qu’il faut l’empêcher d’être un grand obstacle!…
    surtout pour l’intérêt général de notre civilisation !!!
    mais comment?? c’est difficile…. il faut plus d’un article , une lettre ou même un livre..
    il faut peut être une révolution des intellectuels…

    Répondre

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