Faut-il payer les relecteurs des articles soumis aux revues ? Controverses anciennes avec des observations diverses

Points clés

Cette news de Nature du 28 mars 2025 revient sur un sujet débattu en permanence sans bonnes données objectives. Cette news se base sur deux publications de 2025. La base : est-ce qu’un chercheur peut accepter de travailler sans compensation ? Est-ce que la réponse est influencée par le statut commercial ou sans but lucratif du demandeur ? Dans le cas des revues, ce sont le plus souvent des entités commerciales (pas toujours avec certaines sociétés savantes). En général, il est supposé que payer peut réduire les délais de relecture, sans réellement améliorer la qualité des avis. Il est évident que la notoriété de la revue qui nous sollicite est importante : certaines revues prestigieuses envoient une invitation à quelques experts bien ciblés et disent que les trois qui acceptent en premier seront sollicités… cela marche sans compensation…   Refuseriez-vous une demande d’un des big five (Annals of Internal Medicine, BMJ, JAMA, Lancet, NEJM) ?

Revue prestigieuse : payer les relecteurs pour gagner un jour pour la relecture sans augmenter la qualité

Il s’agit d’un essai presque randomisé fait par la revue Critical Care Medicine, qui est la meilleure revue du domaine, avec un taux d’acceptation de 10 à 15 % pour les articles originaux. Cette revue américaine ne met pas son facteur d’impact sur le site, gage de qualité ! Dans cet essai, il était proposé $ 250 pour un avis de relecture.

Traduisons le résumé (paragraphe résultats) : Notre résultat principal était le taux de conversion des invitations en révisions complètes, défini comme le nombre de révisions soumises divisé par le nombre d’invitations envoyées aux critical care medicinerelecteurs. Les résultats secondaires comprenaient le taux de conversion « à temps », le taux d’acceptation des invitations, le délai d’acceptation de l’invitation, le délai de soumission de l’examen et la qualité de l’examen. Sept cent quinze invitations ont été envoyées, dont 414 (57,9 %) comportaient une offre d’incitation. Deux cent dix-huit (52,7 %) des invitations incitatives ont été acceptées, contre 144 (47,8 %) dans le groupe de contrôle. Une plus grande proportion d’invitations de relecteurs a conduit à la soumission de rapports d’examen par les pairs dans le groupe incitatif que dans le groupe de contrôle (49,8 % [206/414] contre 42,2 % [127/301] ; p = 0,04). Dans une « analyse de survie », les invitations envoyées avec une offre d’incitation ont été satisfaites plus rapidement en moyenne (rapport de hasard proportionnel de Cox, 1,30 [1,04-1,62] ; p = 0,02), ce qui correspond à des délais d’examen plus courts d’environ 1 jour (11 vs. 12 j). Sur les 333 rapports d’examen soumis, 205 (61,6 %) ont été évalués par des rédacteurs, sans qu’aucune différence de qualité des avis de relecture n’ait été constatée entre les groupes d’étude.

Un avantage net sur la rapidité de relecture en payant £ 220

Ce manuscrit est un preprint de moindre qualité déposé sur bioRxiv en mars 2025…  Attendons de voir si Biology Open, revue étudiée, acceptera cet article. Le preprint signé par le rédacteur en chef semble plutôt bien, avec des détails sur le biology open reviewfonctionnement de la revue. Dans l’étude, il s’agit de 20 manuscrits envoyé à des relecteurs en juillet 2024 en proposant £ 220 pour la relecture si elle était faite en 4 jours. Résultats : relectures faites en 4,6 jours en comparaison du délai habituel de 38 jours. Il n’y avait pas de différence de qualité. La revue Biology Open est contente et a lancé son projet ‘Fast and fair peer-review‘ bien décrit sur le site avec l’objectif d’une décision en 7 jours si la relecture est faite en 4 jours (voir image). Elle va continuer de proposer un paiement…  mais d’où vient l’argent ? Simple, les Frais de Traitement des Articles (APCs des anglo-saxons) vont probablement être augmentés. Ils sont actuellement de $ 2200.

Combien faut-il payer un relecteur ?

Relire correctement un article pour donner un avis argumenté est un travail de 4 à 8 heures. Sauf refuser, ceux qui me disent qu’ils faut une heure pour faire un avis de relecture sont des touristes.

Il y a beaucoup de discussions sur le paiement : $ 100 par heure, soit $ 500 pour un avis de lecture ! Quelques revues, parfois prestigieuses, offraient un abonnement de quelques mois quand les abonnements existaient. Des revues offrent un discount sur les APCs des futurs articles soumis pas le relecteur. Des revues des pays du Golfe ont eu des politiques généreuses.

Une revue américaine, probablement dans le mouvement complotiste actuel, vient d’être lancée, sans grande clarté sur son propriétaire, The RealClear Foundation. Le rédacteur en chef, Martin Kulldroff, est un chercheur brilliant dans la mouvance trumpienne. The Journal of the Academy of Public Health payerait $ 500 pour un avis de relecture (soit un chèque, soit un avoir sur des futurs APCs de $ 2000 par article).

Le peer-review : un mal-aimé des milieux académiques non récompensé

Dans son document sur les revues prédatrices, l’UNESCO liste 3 causes profondes : 1) monétisation des résultats de la recherche ; 2) évaluation quantitative de la recherche ; 3) Les faiblesses du système d’examen par les pairs, notamment son opacité ……, auquel s’ajoute le manque de formation, de moyens et de reconnaissance des relecteurs. Le manque de clarté et de transparence dans le processus d’examen par les pairs, conçu à l’origine pour éviter leur partialité en renforçant la confidentialité, permet aux pratiques prédatrices de passer inaperçues, sans que les responsables ne soient inquiétés. Le manque de reconnaissance professionnelle et de formation associée à l’examen par les pairs décourage les relecteurs potentiels et, la demande étant supérieure à l’offre, encourage le travail à la va-vite et le manque de rigueur. Dans un tel contexte, les services prédateurs paraissent d’autant plus intéressants.

Ce débat risque-t-il d’être obsolète avec l’intelligence artificielle ?

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2 commentaires

  • Le Lancet propose un honorarium d’environ 200 euros pour une expedited review (moins de 3 j) pour des articles rapportant des résultats d’essais cliniques soumis en vue de publication simultanée à une présentation en congrès. C’est un tarif raisonnable et assez attractif combiné à la réputation de la revue.

    Répondre
  • 177 article évalués en deux ans. Moins de 20 % d’acceptation.
    Et pas un penny!
    Par contre, cela me permet de maintenir un niveau d’expertise.
    Et de constater que certains pays encouragent leurs étudiants à faire une revue générale pour leur thèse et cela crée de la moindre qualité, dans la mesure où ce sot de très jeunes chercheurs pour une grande part. Des revues bidons et redondantes, qui amène à se poser la question de qui fait le job.

    Répondre

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