Plusieurs fois, nous avons déploré l’inflation des publications favorisées par un modèle économique ‘Auteur-Payeur’ et le développement d’éditeurs publiant en moins de 30 jours sous réserve d’un chèque. L’inflation des publications est un indicateur du ‘publish or perish‘, indicateur de la cupidité de chercheurs qui veulent beaucoup publier… ETONNANT. Dans le même temps, nos institutions ne jurent que par l’évaluation qualitative plutôt que quantitative.
Les publications rapides sont en forte croissance !
Ce ne sont pas des revues prédatrices..
Soyons factuels : The Journal of Clinical Medicine a publié
- 23 articles en 2013,
- 99 en 2014,
- 120 en 2015,
- 116 en 2016,
- 118 en 2017,
- 597 en 2018,
- 2 315 en 2019,
- 4 143 en 2020,
- 6 095 en 2021,
- 7 641 en 2022,
- 7 687 en 2023,
- 7 808 en 2024….. avec des Frais de traitement des articles (FTAs ou APCs) de CHF 2 600, un taux de publication 53 % mais en pratique de 100 % après ‘cascading’ (les articles refusés partent dans une autre revue du groupe), un editorial board de 66 pages (environ 30 par pages) dont pas mal de collègues français fiers de cette responsabilité. Faire le peer-review de 800 articles par mois semble possible, d’autant plus que la décision moyenne est de 18 jours… Ce journal n’a que peu de rétractations (12 sur 40 000 articles publiés). Rétracter des articles est un bon indicateur du fonctionnement d’une revue, et nous avions félicité ses rédacteurs en chef pour une rétractation d’un article de D Raoult.
Nous pourrions reprendre les données d’autres revues ayant un fonctionnement similaire, avec une opacité des comptes de l’éditeur. Ces journaux que l’IAP (Inter Academy Partnership) et l’UNESCO qualifient de piètre qualité ne publient pas que de mauvais articles. Ce ne sont pas des journaux prédateurs.
Ce modèle de publications rapides pourrait s’imposer car il est copié
Le site The Strain on Scientific Publishing vaut la visite. Il contient toutes les données d’un excellent article et d’autres commentaires utiles. En fait, les auteurs de cet article ont investigué le fonctionnement d’autres éditeurs et
comparé les journaux de la collection Discover de Springer Nature avec les journaux de MDPI. Ce travail est remarquable. Les éditeurs légitimes, anciens n’ont que d’autre solution que de copier le modèle MDPI et faire beaucoup de journaux avec des titres très similaires… et ils font payer moins cher… la concurrence devrait faire baisser les prix… Est-ce une bonne nouvelle ?
Je vous suggère de lire The Daily Strain et surtout ce billet du 10 juin 2025 ‘Springer Nature Discovers MDPI‘ qui compare les journaux de Discover et de MDPI : titres similaires et trompeurs, comparaison des montants des FTAs. C’est un énorme travail de qualité. J’ai copié depuis le billet de Daily Strain, sans autorisation, l’excellente image ci-contre.
Seuls les Universités, Organismes de recherche, Sociétés savantes pourraient réagir
Reconnaissons que quelques leaders essayent de lutter. Nous savons tous ce qu’il faut faire : laissons les adeptes du Publish or Perish et du mercantilisme continuer leurs activités, mais ne reconnaissons de qualité que les articles publiés par des revues recommandables ou légitimes. Je suis parfois émerveillé par des collègues brillants jouer ce jeu mercantile. Dans le domaine médical que je connais, j’ai fait quelques sont parmi les types bien (membres de Commissions médicales d’établissements, membres d’instances d’Universités, d’UFR). ETONNANT.
Le développement de listes dites blanches de journaux dans lesquels il est conseillé de publier est une des solutions. Des organismes ont des listes non publiées… et d’autres listes sont publiques. La plus grande liste est finlandaise avec JUFO Portal. En France signalons la liste des 2 417 journaux du Cirad, et la liste des 3 400 revues de la conférence des doyens de médecine.
Remerciements aux collègues qui ont fait ce remarquable travail : This web page hosts the paper “The Strain on Scientific Publishing” by Mark A Hanson, Pablo Gómez Barreiro, Paolo Crosetto and Dan Brockington. It is a repository for the paper and all activity revolving around it – blog posts, news coverage, audio, video, presentations, comments and criticism.
Liens d’intérêts : je fais partie du comité d’experts de la liste de la conférence des doyens de médecine.


2 commentaires
Le tragique semble être que l’avidité de publications est moins le fait des chercheurs que de leur employeurs.
Que pensez vous de la collection BMC de sprinter nature. Parfois je confonds avec la série du BMJ quand he vais trop vite dur pubmed…