I s’agit d’un article du NEJM d’août 2025 avec ce titre : Training health communicators – The need for a new approach. Les auteurs sont de l’université de Yale, New Haven, aux USA. L’article est basé sur les pratiques nord-américaines. Après une introduction adaptée, ils proposent trois compétences pour communiquer. En pratique les sources d’information ont beaucoup changé en 20 ans. 90 % des adultes américains pensent que les médecins sont intelligents, mais 50 % pensent qu’ils sont de bons communicants. J’ai demandé de l’aide à perplexity.ai pour faire un résumé de cet article. J’ai relu et voici :
Transmettre une bonne information est urgent face aux désinformateurs
La communication en santé traverse actuellement une crise majeure, notamment aux États-Unis, où l’accès à des informations fiables a fortement évolué avec l’essor du numérique et des réseaux sociaux. Depuis deux décennies, le public a changé de comportements et ne se tourne plus uniquement vers les institutions traditionnelles (sites officiels, médecins) pour obtenir des conseils de santé. Les méthodes de communication institutionnelles – descendantes, rigides, et peu interactives – n’ont pas su prendre en compte cette transformation profonde de l’écosystème informationnel.
Les patients, surtout les plus vulnérables, recherchent désormais des informations de santé sur les réseaux sociaux où le langage est souvent plus simple, le format plus attractif et la réactivité supérieure, même si cela s’accompagne d’un risque accru de désinformation. En parallèle, la confiance dans les institutions et dans les canaux traditionnels s’effrite. Ceci expose la population à des campagnes d’intox, à des rumeurs, et à un risque pour la santé publique, comme le montrent les controverses autour des vaccins contre la Covid-19. Cette évolution souligne l’échec du modèle descendant, où l’on attend du citoyen qu’il consulte des ressources officielles, souvent trop complexes, peu mises à jour et pas toujours adaptées culturellement.
Les auteurs alertent sur la nécessité d’un changement radical : il faut former davantage de scientifiques, de médecins et d’experts en santé publique à communiquer dans cet environnement numérique mouvant, avec des outils adaptés pour toucher efficacement le public, restaurer la confiance, et lutter contre la désinformation. Ils plaident pour une reconnaissance institutionnelle de la communication publique comme véritable valeur académique et un critère pour l’avancement professionnel.
Les trois conseils principaux pour les communicateurs en santé
1. Passer de la dissémination à la communication interactive
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Il ne s’agit plus seulement de diffuser des faits scientifiques (« dissémination »), mais de communiquer de manière claire, concise, accessible et bidirectionnelle, adaptée au grand public.
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Cette compétence suppose d’intégrer les retours du public, de s’adapter à la culture, de chercher le juste équilibre entre la nuance scientifique et la compréhension globale, comme l’a illustré la mauvaise interprétation du terme « immunité » lors de la pandémie.
2. Savoir transmettre l’incertitude scientifique
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Les cliniciens et chercheurs doivent apprendre à expliquer l’incertitude de façon transparente pour maintenir la confiance, surtout quand les recommandations évoluent.
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Il est essentiel de soutenir le public dans la compréhension des processus dynamiques de la science, de clarifier ce que l’on sait ou pas, et de partager les démarches engagées pour répondre aux questions ouvertes – par exemple, via les grilles issues de la communication du risque.
3. Privilégier une communication empathique, engageante et participative
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Il faut éviter la stigmatisation et la culpabilisation fréquentes dans les débats en ligne ; au contraire, il est recommandé de rencontrer le public « là où il est », d’écouter ses préoccupations et d’adapter le discours à ses valeurs et à son vécu.
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Les outils interactifs, comme les réseaux et les commentaires en ligne, doivent être mobilisés pour écouter en temps réel, répondre, ajuster le message et renforcer la compétence culturelle, l’efficacité et la clarté du dialogue.
En résumé, la communication en santé nécessite une évolution profonde vers plus d’agilité, d’écoute, de transparence et d’empathie afin de répondre aux nouveaux défis du numérique, de restaurer la confiance et de véritablement protéger la santé publique.Health-communicators.pdf




2 commentaires
Ayant pratiqué durant des décennies des fonctions de formateur en communication sanitaire, j’en retiens quelques élément cruciaux non évoqués ici quand on lit « il faut former davantage de scientifiques, de médecins et d’experts en santé publique à communiquer ».
1. Il existe une corporation dont c’est la mission d’informer le public : ce sont les journalistes scientifiques ; la priorité des priorités est de mieux les former et d’exiger d’eux un vrai diplôme spécifique – peut-être même un « ordre professionnel » en charge d’assurer leur compétence particulière ; j’ai beaucoup participé à la formation de jeunes professionnels de santé souhaitant s’orienter vers ce métier, et j’ai constaté leur carence en savoirs indispensables pour l’exercer ; j’avais dû constituer un énorme corpus de ces matières générales trop négligées qui ne relèvent pas d’une spécialité scientifique (comme la méthodologie expérimentale, la statistique, la pharmacologie, mais aussi la médicoéconomie, la réglementation, et bien sûr la lecture critique et les biais cognitifs, etc.) sans malheureusement disposer du temps nécessaire pour les enseigner.
2. Concernant les professionnels de santé, une tout autre mission est d’informer non un public mais leurs propres patients ; j’ai aussi eu à y travailler, et j’ai constaté qu’ils en ont grand besoin (pour l’annonce diagnostique, le conseil, l’éducation thérapeutique etc.).
3. Concernant les métiers de la communication spécialisée dont la cible sont les professionnels de santé (publicitaires, délégués médicaux…) il y a aussi de grands besoins de formation auxquels j’ai abondamment oeuvré, mais c’est évidemment un tout autre sujet, pourtant capital si l’on veut en garantir l’utilité et la déontologie.
4. Concernant les scientifiques eux-mêmes, j’estime qu’il n’ont tout simplement pas à « communiquer » dans les médias publics en règle générale ; ils exposent certes leurs travaux à leurs pairs (ce qu’il savent, plus ou moins, faire correctement si l’on exclut le tout autre sujet qui est celui de la désinformation frauduleuse), et sinon à des journalistes spécialisés et autres professionnels de confiance (attention à bien choisir ceux auxquels on parle) qui devraient seuls autorisés à la vulgariser sous leur propre responsabilité.
5. Quant aux « experts », qui acceptent donc des missions d’expertise confiées par des organismes divers, il est absolument indispensable d’exiger d’eux une compétence particulière ; on ne devrait pas pouvoir se dire « expert » sans avoir une formation théorique et pratique spécifique à l’expertise – dont j’ai déjà eu l’occasion de dire que ses méthodes excèdent le simple savoir dans un domaine particulier.
6. Reste, bien entendu, le sujet des ouvrages signés par des experts scientifiques et publiés par des maisons d’édition ; on sort là de la « communication » et le contrôle de qualité du contenu de ces ouvrages relève justement de ces professionnels que sont les éditeurs – qui devraient, à mon avis, pouvoir être poursuivis en cas de manquement majeur à cette fonction.
Bref : le sujet est multiforme et chacun de ses aspects est complexe. Il est certain qu’il est gravement maltraité.
PS. Je m’en veux d’avoir omis de citer l’article d’Hervé Maisonneuve, comme toujours éclairant, dans la dernière livraison de l’indispensable « Science et Pseudoscience », et titré « Science et medias : une relation complexe » !
https://www.afis.org/-La-revue-Science-et-pseudo-sciences-