L’intégrité scientifique va mal (5/6) en France avec les cas Jessus, Peyroche : pourquoi 503 zozos défendent des pratiques douteuses ? Passions, intérêts ?

Jessus3C'est le 5ème billet expliquant que l'intégrité scientifique est malmenée en France. Je reviens sur le cas de C Jessus qui est consternant car le premier rapport d'un comité d'investigation était du niveau de l'école maternelle…  Je ne détaille pas tous les aspects de ce cas ayant même conduit la communauté scientifique à mal se comporter vis-à-vis de bons journalistes du monde. Vous pourrez lire l'article d'Hervé Morin (Le Monde) récapitulant l'histoire. Le titre de cet article du 5 juin 2018 : "Comment nous avons enquêté sur une affaire d’intégrité scientifique. Notre récent article sur la gestion d’une affaire de soupçon de méconduite scientifique a suscité de vives réactions, exprimées dans une lettre ouverte signée par 503 chercheurs."

En bref, après le mauvais rapport anonyme (voir mon billet 4/6) un autre groupe de chercheurs (encore anonymes) a publié un rapport de 45 pages (16 mai) montrant que les pratiques de Mme C Jessus n'étaient pas correctes car des images avaient été manipulées. Ce rapport était bien fait car une longue introduction expliquait les pratiques en biologie pour les nuls comme moi : j'ai aimé ce rapport. La lettre introduisant ce second rapport de 45 pages avait pour titre "Sauvons l'Université. Promotion de l’intégrité scientifique au CNRS et à Sorbonne Université : incompétence ou malhonnêteté scientifique ? Groupe d’expert anonyme".

Les règlements de compte ont continué. Ensuite 503 chercheurs ont signé une lettre ouverte pour soutenir le premier rapport anonyme de la commission du Cnrs qui avait analysé les articles concernés (sans observer de malveillance). J’ai relu les rapports, et j’ai beaucoup appris sur ces techniques que je connais mal. La pétition est signée par 503 chercheurs éminents, j’en connais certains… Ils ont signé pour soutenir des intérêts, des passions. Ils devraient regarder d'un peu plus près ce qu'ils ont signé.

Qu’ont-ils signé : ils évoquent 'des dénonciations du type des pires moments de notre histoire…' Laissons leur cette responsabilité. Ils attaquent Le Monde sans convaincre. Mais plus grave, ils ont surtout signé que des pratiques douteuses en recherche devaient être tolérées. Le rapport initial de la commission anonyme discute les pratiques du laboratoire de Mme Jessus, et tolère les assemblages d’images. En bref, et en simplifiant beaucoup, il est acceptable d’assembler des images sans le dire quand il manque un témoin, ou si c'est pour faire plus joli. C’est la porte ouverte à tous les embellissements possibles. Nous avons évoqué les duplications d’images, qui sont une pratique préjudiciable à la recherche. Dans l'article intitulé 'The Prevalence of Inappropriate Image Duplication in Biomedical Research Publications', par des chercheurs prestigieux dans mBio, il est montré sur plus de 20 000 articles que 4 % de ces articles ont des doublons, des manipulations d'images, dont la moitié non excusables. Rappelons que, pour les revues EMBO, 20 % des articles acceptés en biologie ont des images manipulées… (pour les articles soumis, pas de données !). Il est certain que parmi ces 503 signataires éminents, certains (au moins 20, voire bien plus…) ont co-signé des articles scientifiques avec des images manipulées comme celles de Mme C Jessus. 

Cette chasse aux sorcières, consistant à accabler ou défendre une chercheuse est malsaine. Evaluer des articles de 15 ans d'âge avec le regard de 2018 est discutable. Changer les pratiques est souhaitable. Laissons Mme C Jessus tranquille, c’est probablement une chercheuse honnête qui, pour des raisons diverses et variées, paye pour ses confrères. Elle est victime de conflits trop fréquents dans les labos, en ayant fait ce que tous les chercheurs faisaient il y a 15 ans. C'est l'une des conséquences d'une culture, d'un système qui préfère 'volume de publications', 'citations' plutôt que 'qualité'. Arrêtons de tirer sur l’ambulance, mieux vaudrait interdire de labo ou mettre à la retraite les 503 moutons pour laisser les jeunes chercheurs s’approprier le pratiques d’une conduite responsable de la recherche.

La structure du système de recherche pousse les chercheurs honnêtes à des pratiques douteuses, mais changer le système ne semble pas à l'ordre du jour. En 2012, le New York Times avait publié un article sur ces manipulations avec le titre : "La science est pourrie".

Idée pour un sujet de thèse : prendre 5 articles (avec images), publiés entre 2000 et 2010, de chacun des 503 signataires, et analyser les images de ces articles.

Les billets précédents :

L'intégrité scientifique va mal (1/6) : le président de Paris-Descartes ridiculisé par le CNESER qui ne reconnait pas un plagiat de 10 pages

L'intégrité scientifique va mal (2/6) : Le New York Times dénonce les pratiques des revues et experts dans le cancer : les employeurs ferment les yeux

L'intégrité scientifique va mal (3/6)…. en France avec les cas Voinnet, Jessus, Peyroche : pourquoi des zozos tirent sur les ambulances ?

L'intégrité scientifique va mal (4/6) : en France avec les cas Jessus, Peyroche : pourquoi des zozos tirent sur les ambulances ?

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