COVID-19 : une méta-analyse de l’IHU de Marseille considère que des chercheurs parisiens ont de mauvaises conduites

Dans Science il y a quelques jours, des chercheurs ont expliqué que les crises n'étaient pas une excuse pour diminuer les standards de la recherche. Ils ont raison. Mais Science ne doit pas être lu à l'IHU de Marseille. Une méta-analyse sur les données de la chloroquine pour traiter la COVID-19 a été mise en ligne sur le site de l'IHU pour tromper citoyens et journalistes qui ne vérifient pas leurs sources. La littérature est récente sur la COVID-19, déjà des revues de la littérature, des revues systématiques, et des méta-analyses ont été diffusées !!! Il faut du temps, de l'expertise, des moyens pour faire de bonnes méta-analyses…  et la plupart sont de mauvaise qualité, inutiles, trompeuses. Dans les remerciements, je cite : "This work has received support from the French Gouvernment through the Agence Nationale pour la Recherche (ANR)….."

FumierIls ont inclu des publications, des préprints, des articles non publiés, voire dropbox !!! C'est une compilation de type 'cherry-picking' qui a consisté à habiller une conclusion faite a priori. La plupart des études incluses ont des risques de biais importants ou très importants. La méta-analyse est courte avec 976 mots..hors illustrations. La méthodologie ne semble pas suivre le handbook de la Cochrane, et la rédaction ignore les lignes directrices PRISMA ! Je conseille de soumettre au bulletin paroissial NMNI ! Il ne s'agit pas d'une méta-analyse faite sur des données sources des patients ! 

Dans la discussion : "This meta-analysis….identifies a favourable trend toward the benefit of chloroquine derivatives in the treatment of COVID19 patients, enabling us to make a grade I recommendation for its use against the disease". Qu'est ce que c'est que ce truc : une recommandation de grade I savon de Marseille ? ou du fumier ?

Un truc qui peut faire plaisir aux parisiens, à lire dans le tableau excel : l'étude Mahevas et al est qualifiée de haut risque de biais et aussi de "Possible scientific misconduct"…  ! Les co-auteurs vont être assez contents (Viet-Thi Tran, Mathilde Roumier, Amelie Chabrol, Romain Paule, Constance Guillaud, Sebastien Gallien, Raphael Lepeule, Tali-Anne Szwebel, Xavier Lescure, Frederic Schlemmer, Marie Matignon, Mehdi Khellaf, Etienne Crickx, Benjamin Terrier, Caroline Morbieu, Paul Legendre, Julien Dang, Yoland Schoindre, Jean-Michel Pawlotski, Marc Michel, Elodie Perrodeau, Nicolas Carlier, Nicolas Roche, Victoire De Lastours, Luc Mouthon, Etienne Audureau, Philippe Ravaud, Bertrand Godeau, Nathalie Costedoat). Pour information; l'étude 'Gautret et al' n'a pas le "Possible scientific misconduct" alors que l'International Society of Antimicrobial Chemotherapy a exprimé ses réserves !

Affiliations des auteurs : Université d'Aix-Marseille, Assistance Publique de Marseille.. et financement de l'ANR… Les dirigeants de ces institutions devraient s'intéresser à l'intégrité de la recherche : sans expression de réserves de leur part, le public considère que ces institutions cautionnent.

Les convenances sociales vont dicter l'omerta sur cette manipulation Raoultienne.

J'ai traduit la première phrase d'un billet du 2 mai sur Bloomberg Opinion ; il s'agit de sciences sociales, mais je pense que toutes les disciplines de recherche sont concernées : "L'appétence du public pour plus d'informations sur Covid-19 est naturellement insatiable. Les spécialistes des sciences sociales ont réagi rapidement. Ils rédigent des articles à un rythme record, et les revues universitaires accélèrent le processus d'examen par les pairs afin que ces nouveaux résultats passionnants puissent être publiés en temps utile et de manière digne d'intérêt. Si je comprends cette impulsion, la précipitation à publier rapidement les résultats en pleine crise ne fait pas grand-chose pour le public et nuit à la discipline des sciences sociales."

PS : j'ai une pensée pour mes nombreux collègues marseillais qui sont intègres. Je remercie le collègue qui m'a informé.

Partagez cet article sur les réseaux:
Partager sur facebook
Facebook
Partager sur twitter
Twitter
Partager sur pinterest
Pinterest
Partager sur linkedin
LinkedIn

4 commentaires

  • il est très difficile de prendre au sérieux les critiques pleines d’invectives de travaux scientifiques. Des déclarations sans données concrètes pour les soutenir servent à troubler le lecteur et rendre sa vie difficile. La seule information que j’ai obtenue du texte publié ci-dessus est que l’auteur pense qu’il est mauvais d’inclure des données biaisées ou sous-alimentées dans une méta-analyse. L’intérêt d’une méta-analyse est précisément que les biais sont distribués de manière aléatoire entre les études constitutives et le nombre de données augment. Donc l’erreur due au biais est minimisée et le pouvoir statistique augmenté. Alors en terminant ma lecture je suis insatisfait.

    Répondre
  • « L’intérêt d’une méta-analyse est précisément que les biais sont distribués de manière aléatoire entre les études constitutives et le nombre de données augment. » : Euh , je n’ai jamais été bon en statistique mais j’ai tout de même un peu de mal à donner à priori le bon dieu sans confession à quelque métanalalyse que ce soit ! (je dis bien : à priori)
    Par ailleurs, puisqu’Hervé Maisonneuve évoque le Handbook de la Cochrane il n’est peut-être pas inintéressant d’examiner si la Cochrane elle-même, un jour de grande fatigue …: https://ebm.bmj.com/content/23/5/165
    Proposition d’étude : les bovidés avec corne se trouvent-ils souvent devant de si hauts tas de fumier ?

    Répondre
  • D’une part il parait bien optimiste de penser que les biais sont aléatoires.
    D’autre part les seules méta-analyses qui « augmentent le nombre de données » sont celles qui retraitent les données sources individuelles ; les autres réduisent le nombre de données, qui n’est que le nombre d’études (affectées chacune d’un poids).

    Répondre
  • Bonjour,
    Sur le site de l’IHU Med on trouve une petite vidéoconférence sur les méta-analyses mise en ligne peu avant le confinement,avant les polémiques toujours en cours : le 13 février 2020.
    les spécialistes pourront constater qu’un différent existait avant la pandémie, de façon assumée [ce que les chers collègues n’ignoraient pas]; ils pourront surtout s’exercer à comparer ce qu’y dit Matthieu Million avec l’étude, dont M. Million est co-auteur, et qui est critiquée dans le billet ci-dessus.
    https://www.mediterranee-infection.com/contre-la-methode/
    [mais j’enfonce sans doute une porte déjà bien grande ouverte ?]

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles populaires

Archives mensuelles

Suivez-nous

Newsletter

Inscrivez-vous à notre newsletter mensuelle

Tags

Vous pourriez aussi aimer