Biais Covid

COVID-19 : la qualité méthodologique des études cliniques est mauvaise mais qui est responsable ?

Un constat qui doit nous inquiéter dans cet article du 11 février 2021 dans Nature Communications (accès libre) avec pour titre : ‘Methodological quality of COVID-19 clinical research‘. Les auteurs sont essentiellement affiliés à un centre canadien (Ottawa). Contrairement aux autres données, en général basées sur des observations ouvertes ou des opinions, il s’agit d’une étude comparative. Il y a aussi de grands nombres d’articles puisque 8995 articles ont été sélectionnés (14 mai 2020), pour inclure 686 articles de recherche clinique COVID-19. Ces articles ont été stratifiés par méthodes (cas cliniques, cohortes, cas-témoin, diagnostic, essais randomisés contrôlés) et appariés et comparés à des articles non-COVID-19 des mêmes revues et mêmes méthodologies dans les 12 mois précédents la sélection initiale. L’extraction des donnés a été bien faite..  gros travail avec beaucoup de données ; 590 des 686 articles (86 %) étaient des études rétrospectives et les 686 articles provenaient d’Asie/Océanie (68,4 %), Europe (20,3 %) et des Amériques (11,4 %). Une équipe de chercheurs entrainés à faire des revues systématiques a fait ce travail. Ils ont utilisés des outils d’évaluation de qualité (échelle d’Ottawa, QUADAS-2, et risque de biais Cochrane). Les résultats principaux :

  • L’analyse comparative des articles COVID-19 par rapport aux articles historiques a montré un délai d’acceptation plus court (13,0 [IQR, 5,0-25,0] jours contre 110,0 [IQR, 71,0-156,0] jours pour COVID-19 et les articles historiques, respectivement ; p < 0,0001).
  • Les scores de qualité méthodologique étaient plus faibles dans les articles COVID-19, quelles que soient les méthodologies.

Il y a beaucoup de données dans cet article, et un résultat dans l’image ci-dessus (63 études diagnostiques évaluées avec QUADAS-2) ! C’est CONSTERNANT et inquiétant pour la recherche en général…  Est-ce une nouvelle preuve de la mauvaise image du monde de la recherche clinique ?

De mauvaises études cliniques ne peuvent que mener à de mauvaises décisions publiques. L’entreprise recherche ne fait rien et n’arrivera pas à changer cette situation si tous les acteurs continuent à se regarder pour déplorer ce constat. Dans JAMA Oncology en décembre 2020, un article intitulé ‘Scientific rigor in the age of COVID-19‘ revient sur les problèmes méthodologiques majeurs, avec cette observation : sur 34 000 articles dans PubMed, il y avait 50 essais randomisés utiles. Tous les acteurs ont des responsabilités, et cet article n’évoque pas de solutions :

  • les chercheurs devraient respecter les bases de la bonne méthodologie et n’évoquer des données probantes que si la qualité des recherches est au rendez-vous :
  • les rédacteurs des revues et leurs reviewers sont dans une compétition pour attirer de fausses innovations, et ne cherchent pas la réplication des recherches publiées ;
  • les Sociétés savantes, propriétaires de la plupart des revues, n’ont aucune autorité pour contrôler leurs revues ; ces Sociétés devraient tout faire pour sélectionner et ne diffuser que des études de qualité ;
  • les financeurs de la recherche devraient mieux contrôler l’utilisation des ressources allouées, voire ne pas continuer à allouer de l’argent aux chercheurs qui publient des trucs nuls ; les financeurs acceptent que des résultats de recherches financées ne soient pas rendus publics ;
  • les organisations qui adorent les indicateurs de quantité (d’articles et de citations) alors qu’elles savent que la qualité n’est pas au rendez-vous ;
  • les médias qui ne cherchent pas à sélectionner les données de qualité et qui préfèrent le buzz plutôt que les données probantes ;
  • les politiques qui ne font pas assez pour privilégier les recherches de qualité.

Quelles solutions ? Je ne sais pas et comme d’autres je vais continuer à voir publier de mauvais articles, inutiles et qui gaspillent des ressources…..

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2 commentaires

  • Moins de 1% des études sont des RCT. Cette étude concerne donc les études épidémiologiques et assimilées.
    Comme tout le monde est devenu épidémiologiste depuis un an, ce résultat n’est pas très étonnant !

    Répondre
  • Juste pour indiquer à votre incomparable rigueur une méthodiste complotiste se dissimulant sous des dehors très respectables : https://www.e-bmc.co.uk/

    Le variant anglais serait dangereux ? La preuve en est faite. Verran : aux abris !

    Répondre

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