Appel à considérer l’intégrité scientifique comme une  nouvelle discipline : prudence !

L’article paru dans Médecine/Sciences avec le titre ‘L’intégrité scientifique. Vers une nouvelle is médecine sciencesdiscipline universitaire contre les dérives ?‘ est intéressant et utile. Les publications sur l’intégrité augmentent, bonne nouvelle. Les points de cet article :

  • 14 % des chercheurs auraient falsifié des données et 72 % auraient eu recours à des pratiques discutables en recherche ; ce sont les données de Fanelli à partir d’enquêtes ;
  • Il est préoccupant que des scientifiques n’aient pas conscience de déroger aux principes d’éthique et d’intégrité !
  • Le consortium SOPs4RI est rappelé : bonne synthèse de propositions pour l’intégrité ;
  • Cet article propose un parcours de formation au niveau de l’enseignement supérieur, et j’ai repris ci-dessus la figure 1 de l’article ; c’est une bonne réflexion ; si une offre de formation initiale semble incontournable, une formation continue constituerait un complément ; bien d’accord
  • L’idée serait de considérer l’intégrité scientifique comme une discipline à part entière (page 393) : pas d’accord (voir ci-dessous) ;
  • Le plus important est une faiblesse de la France : ‘Développer en France la recherche académique en éthique et intégrité scientifique, comme cela existe dans d’autres pays, tels que l’Irlande, les Pays-Bas ou la Suisse, apparaît une option importante.’ Bien d’accord !

Je pense que ce serait une erreur de considérer l’intégrité scientifique comme une discipline universitaire, car l’intégrité concerne tous les acteurs de l’entreprise recherche. En faire une spécialité consiste à reproduire les erreurs observées avec le développement de l’EBM (Evidence-Based-Medicine). Lors de la conception de l’EBM, au Canada et en Angleterre, l’idée était d’appliquer ces méthodes à toutes les démarches cliniques. Pour cela, il fallait que toutes les spécialités médicales s’approprient la démarche EBM. En pratique, 20 ans plus tard l’EBM est devenu la propriété de méthodologistes, de statisticiens, de médecins de santé publique. L’EBM est abordé dans des cours d’analyse de la littérature (appelés lecture critique d’articles) par des spécialistes de ces méthodes. Je croise des médecins qui n’ont rien retenu de ces concepts enseignés par des spécialistes qui ne soignent pas des malades. Les concepteurs de l’EBM voulaient que ce soient les cardiologues, les neurologues, les chirurgiens et tous les spécialistes qui s’approprient l’EBM et l’enseignent. Fiasco EBM ? Oui pour moi.

Ne répétons pas ces erreurs en faisant de l’intégrité une spécialité réservées à des sachants qui seront marginalisés par la communauté scientifique des cliniciens et des chercheurs de laboratoire ou de terrain.

L’intégrité doit être enseignée et pratiquée par tous, nous n’avons pas besoin de professeurs d’intégrité.

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