En juillet 2025, mise en ligne du numéro 1, volume 1 de The Lancet Primary Care en accès libre avec un modèle OA (Open Access) doré. Les frais de traitement des articles (ou APCs) sont de 6 680 USD. La famille a 26 revues dont 13 en OA doré et 13 hybrides. Bien sûr pas de The Lancet Cardio, et nous attendons le 5ème de la petite famille The Lancet Regional Health (Americas, Europe, Western Pacific, Southesast Asia), à savoir Africa… plus difficile à lancer.
Le savoir faire des grandes maisons
Dès le premier numéro, nous retrouvons le style The Lancet. Le numéro 1 de The Lancet Primary Care est semblable aux autres numéros de la famille : un éditorial anonyme, et quelques articles recherche du qualité avec la mise en forme ‘maison’. Ces articles de recherche sont ré-écrits en interne pour qu’un style identique soit perceptible entre articles d’auteurs de pays et cultures très différents. Dès le premier numéro, des auteurs acceptent de payer cher, même pour une revue sans indicateurs de notoriété : ce pari sur le long terme sera gagné dans trois ans et The Lancet Primary Care va rapidement prendre la tête des revues de soins primaires. C’est le savoir faire avec des rédacteurs temps plein.
Le mot d’introduction de Richard Horton, rédacteur en chef du groupe Lancet, est simple : Les auteurs qui publient avec The Lancet Group rejoignent une communauté mondiale soucieuse de promouvoir la santé et le bien-être des populations à travers le monde. Tout au long du processus de révision et de publication, nos auteurs travaillent en étroite collaboration avec nos rédacteurs afin de vérifier minutieusement les articles et les analyses, de replacer leurs conclusions dans leur contexte et, au final, d’améliorer la clarté du message afin d’obtenir l’impact que chaque article mérite.
Dans le comité de rédaction international, pas de chercheur français. Et toujours une saine règle que trop de journaux ne connaissent pas : The Lancet Group does not permit the Editor-in-Chief, or any in-house editors, to submit full-length articles to any of our journals.
Un numéro de qualité avec CRISP !
Regardez le sommaire (vous pouvez télécharger tous les articles ensemble), et je note :
- Comme tout Lancet, un éditorial anonyme intitulé : A better future through primary health care avec pour signature ‘The Lancet Primary Care‘, en fait sous la responsabilité de la rédactrice en chef (Yaiza del Pozo Martín) basée en Espagne. Cet éditorial est ciblée sur les soins primaires ‘globaux’ dans une période géopolitique très instable avec des conflits et un futur incertain pour la santé dans les pays en développement. La fin de l’édito : The journal will aim to contribute towards health for all by publishing high-quality research and opinion that can guide PHC around the world. We will consider research facilitating the delivery of PHC interventions; studies evaluating how the core values of primary care, from person-centredness and continuity of care to collaboration, are guaranteed; and reports addressing key data gaps in primary care services research. Following The Lancet’s legacy of health policy, we will be a strong advocate for and collaborator with the global primary care community to advance both health and equity worldwide.
- Une forte incitation pour suivre les lignes directrices Consensus Reporting Items for Studies in Primary Care ou
CRISP pour écrire les articles. CRISP date de 2023 et je vous incite à consulter la checklist en français (merci amis canadiens) : CRISP is an evidence-based effort to improve the reporting of primary care research. Better research reports are more readable, useful, and applicable. They can empower better appraisal, synthesis, and application of research findings and ultimately lead to betterer practice, care, and outcomes for patients and populations.



2 commentaires
Bonjour Hervé,
Je suis étonné de cette appréciation élogieuse d’un nouveau dérivé du Lancet alors qu’on s’attend plutôt à lire une critique de la multiplication des revues « sœurs » dans ton blog. Elsevier, comme d’autres éditeurs tel SpringerNature ou Cell Press, multiplie les revues « dérivées » de ses « grands » titres, en Gold Open Access bien sûr, histoire de conserver les parts du marché que les éditeurs complaisants lui grignotent avec leur politique agressive de publications complaisantes payantes. Ce n’est pas un crime en soi mais, quand même, 6680 dollars US (bizarre cette facturation en dollars US pour un éditeur Européen dont le siège social est à Amsterdam), ce n’est pas rien. Les revues dérivées du Lancet ont certes de la tenue et, dans ma petite expérience, les mises en forme rédactionnelles de l’équipe de rédaction n’altèrent pas la nature des messages (pas assez bien) écrits par les auteurs. Mais on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a une intention mercantile dans la sortie de ce nouveau titre. Pas impossible que The Lancet Cardiology finisse aussi par voir le jour (mais pas sûr, le « marché » cardiologique étant proche de la saturation).
Tu écris que « ce pari sur le long terme [concernant un indicateur de notoriété – vraisemblablement le futur IF] sera gagné dans trois ans » ce qui cautionne l’idée que les indicateurs de notoriété ont encore de l’avenir alors que DORA/CoARA recommande de les abandonner et que tu défends généralement cette position. Le label Lancet serait-il obligatoirement, et a priori, un label de qualité ou bien Elsevier sait-il tellement bien manipuler ses IFs qu’on peut prévoir qu’un nouveau titre montera rapidement ? Le premier numéro est de qualité mais, là encore d’expérience, il est fort probable que la genèse de cette nouvelle revue a été organisée 2 ou 3 ans avant sa sortie en contactant des équipes ayant pignon sur rue pour « réserver » un manuscrit haut de gamme. Les 4 articles originaux du 1er numéro émanent d’ailleurs tous d’équipes réputées du Royaume-Uni. Bref, le Lancet (et Elsevier) savent faire « monter » un journal. Pour le juger, il faudra attendre 4 ou 5 ans et je suis étonné que tu sois élogieux si tôt.
Enfin, la grille CRiSP toute parfaite qu’elle fût, ne fait que lister les éléments constitutifs de tout article dans le domaine clinique. Il y a déjà pléthore de recommandations (https://www.equator-network.org/) d’écriture d’articles médicaux. Pourquoi le soin primaire doit-il avoir une grille à part ?
Bref, s’il est probable que « The Lancet Primary Care » sera une « bonne » revue, je ne pense pas qu’il faille lui signer un chèque en blanc avant qu’elle ne fasse ses preuves sur la durée.
Amitiés et encore et toujours bravo pour redactionmedicale.fr
Christian Funck-Brentano
Bonjour,
merci pour ce commentaire utile et qui pondère avec justesse mon avis. Il y a deux niveaux pour moi :
— le niveau mercantile qui est évident Dans ce segment ‘Primary care / General practice / Family medicine’, il y a beaucoup de revues et peu dominent ce marché. Les compétiteurs ont des prix de 2 ou 3 000 $ et pas de 6 000 ou plus !!! Je dénonce ce mercantilisme, mais les revues profitent d’une complaisance des chercheurs voire des institutions… La politique de demander de ne pas payer pour publier, comme fait le Cnrs est bonne mais pas toujours suivie !!! Comment s’en sortir ? Je dénonce l’utilisation des indicateurs pour les promotions, les allocations de ressource, mais ce sont de bons outils bibliométriques s’ils sont correctement utilisés.
— le niveau qualité des publications est difficile à comparer mais les grandes familles de revues ont les moyens d’avoir des rédacteurs (PhD) temps plein, ce qui change le fonctionnement. Ce journal a trois rédactrices temps plein qui prennent soin de 4 à 6 articles originaux/reviews publiés par mois. Bien sûr, il y a les autres rubriques en plus. Cela permet un travail éditorial de qualité. Le copy-editing est souvent meilleur que dans certaines revues… toujours des moyens…. L’autre critique : s’agit-il uniquement d’articles de ‘primary care’ ? J’en doute, mais l’avenir devrait permettre de mieux évaluer cette revue… attendons.
Dans ce jeu à plusieurs acteurs, je me joins à toi pour regretter ce modèle mercantile de publication, comme d’autres… Est-ce que les chercheurs en ‘primary care’ vont boycotter cette revue ? Si les modèles diamant sont meilleurs, le métier de rédacteur est insuffisamment appris et développé par les créateurs de revues diamant. Pour l’instant, les éditeurs résistent et le combat est inégal : sociétés savantes, institutions devraient garder le monopole de la diffusion des résultats des recherches…
Je te remercie pour tes remarques que j’apprécie et qui amènent plein de réflexions… J’aurai pu être nuancé et nous restons d’accord sur la plupart des points ! En reparler pour voir comment mieux informer nos collègues…