60 % des médecins américains (chirurgie et medical device) ne déclarent pas les liens d’intérêts dans les articles : et en France ?

Avec toutes ces recommandations et informations diverses, trop d'auteurs ne déclarent pas les liens d'intérêts dans les articles…  C'est toujours le cas. C'est une publication dans JAMA Surgery du 15 août 2018 qui nous rapporte de nouvelles données de 2016 aux USA. La méthode consiste à comparer les déclarations dans les articles et les données de la base publique des payements de l'industrie aux experts. Voici la donnée principale de cet article :

Une analyse bibliométrique des 100 médecins recevant la rémunération la plus élevée de 10 grands fabricants d'instruments chirurgicaux et médicaux a utilisé l'information sur les paiements provenant de la base de données des Centers for Medicare for Medicare & Medicaid Services Open Payments Database. Les conflits d'intérêts n'ont été déclarés par les auteurs que dans 84 des 225 publications pertinentes de 2016 (37,3 %).

Est-ce généralisable ? Je ne sais pas, mais les comités de rédaction ne contrôlent pas ces déclarations…  dans tous les domaines. Dans cette étude, parmi les 100 médecins, la moitié étaient universitaires, avec un h index moyen de 18, et avaient reçu 95 000 dollars (médiane). Il y a beaucoup de données dans cet article et une limite : la base de données n'est pas parfaite !

Ce genre d'étude pourrait être fait en France, avec la base transparence santé.

Un exemple : vous lisez l'article intitulé "Aspects génétiques de l'alcoolo-dépendance" dans La Presse Médicale de juin 2018, avec deux auteurs Nicolas Ramoz et Philip Gorwood. Vous lisez "les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts". Vous cliquez sur leurs noms dans la base transparence santé :

  • Ramoz Nicolas : rien à signaler, mais il est chercheur Inserm, et je ne sais pas s'il est professionnel de santé.
  • Gorwood Philip (vous éliminez ceux qui ont d'autres prénoms), et vous trouvez des avantages de Astra-Zeneca, Janssen-Cilag, Otsuka, Lilly, Icomed, Servier, Lundbeck, Sanofi-Pasteur. Fallait-il les déclarer ? Faut-il faire une correction ?

Que faire ? Est-ce que les reviewers, les rédacteurs doivent consulter la base transparence ? Mais ce n'est pas suffisant, car cette base ne comprend pas tous les chercheurs, et des auteurs ne sont pas dans la base. Je en connais pas la qualité de cette base, qui est aussi déclarative… Je ne crois pas que des contrôles soient fait. Par exemple, sous mon nom, je trouve de tout, mais pas tout !!!!

Lien d'intérêt : je suis membre du comité de rédaction de La Presse Médicale

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3 commentaires

  • Il faut bien le dire : la liste des liens d’intérêt est sans intérêt.
    La meilleure méthode pour cacher d’éventuel conflits consiste à « noyer le poisson » c’est à dire à faire état d’un avalanche de liens.
    En réalité, seul compte l’existence de conflits réels – et encore faut-il en pondérer l’importance.
    En pratique, un auteur devrait être simplement interdit de tout avis sur un sujet s’il a un intérêt majeur en jeu, et ce devrait être la responsabilité de l’éditeur (ou de l’organisateur) de l’empêcher de s’exprimer après avoir procédé à une analyse soigneuse des liens déclarés. Bien entendu, l’absence de déclaration explicite auprès de l’éditeur serait une faute pénale grave de l’auteur, à punir avec la plus grande sévérité.
    Autrement dit, les lecteurs devraient être assurés de l’absence de conflit majeur par le simple fait de l’acceptation de l’éditeur, et ils ne devraient pas à avoir à se soucier d’étudier eux mêmes des listes de liens d’intérêt ineptes.
    Plus problématiques sont les conflits mineurs (sans implication financière directe), qui sont de l’ordre des biais cognitifs. Il ne devraient pas interdire aux auteurs de s’exprimer sur le sujet (sinon plus personne ne le pourrait !) mais ils devraient déontologiquement faire l’objet d’une alerte honnête auprès du public, et d’une discussion explicite par les auteurs éventuellement complétée par une note de l’éditeur. Manquer à cette déontologie ne serait pas une faute pénale, mais une faute sanctionnable néanmoins par les autorités professionnelles.
    Le distinguo entre les conflits mineurs et majeurs est une très intéressante question juridique, à laquelle il faudra répondre par une jurisprudence progressive, au fil d’actions juridiques pour l’instant totalement non traitées (par la HAS, l’Ordre, les tribunaux, le Conseil d’Etat, la cour de Cassation… voire l’AMF !).

    Répondre
  • Une des missions du Comité des Sages du Syndicat de la presse et de l’édition des professions de santé (SPEPS) est de s’assurer que les mentions des liens d’intérêt des auteurs figurent bien dans chaque article des périodiques affiliés au SPEPS.
    Le bilan des contrôles effectués ces dernières années est très positif. Aujourd’hui, il est rare que les mentions des liens passent à la trappe.
    En mai 2016, les intitulés de ces mentions ont fait l’objet de recommandations de la part du SPEPS. En particulier, dans la mention « les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêt » est sous entendu « en lien avec le sujet abordé ».
    Ainsi, dans l’exemple du billet (aspects génétiques de l’alcoolo-dépendance), il ne semble pas justifié de lister les liens d’un des auteurs, probablement sans rapport avec le sujet abordé.
    Dans la mission du Comité des Sages vis-à-vis des liens d’intérêt n’entre pas le rapprochement des déclarations des auteurs avec la base transparence santé. Le « flicage » a des limites.
    Philippe Eveillard (membre du Comité des Sages)

    Répondre
  • Merci pour ces commentaires qui montrent que cette question est délicate, et loin d’être réglée…. Je ne suis pas convaincu que la situation s’améliore.. C’est si difficile de savoir c
    La notion des liens « en relation avec le sujet abordé » m’a toujours étonné. Comment faire la part des liens en relation et pas en relation ???? Les liens non financiers sont ignorés et ils sont souvent influents, voire très influents… politiques, confessionnels, syndicaux, culturels,… http://www.h2mw.eu/redactionmedicale/2018/05/faut-il-manager-les-int%C3%A9r%C3%AAts-non-financiers-editorial-controvers%C3%A9-du-bmj.html
    Cdlmt

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