Les revues prédatrices se professionnalisent, des chercheurs sont complices, les institutions sont amorphes

Cet article de l’équipe de D Moher, Canada, (23 mars 2019), apporte des données qui viennent conforter mon opinion. Je suis persuadé :

  • que les revues prédatrices s’améliorent (certaines font réellement du peer review),
  • qu’elles attirent certains auteurs sans toujours demander un APC (article processing fee), et attirent des experts (complaisants pour certains) sur les comités de rédaction,
  • que des chercheurs sont satisfaits s’ils publient dans ces revues (rapidité, facilité et CV qui augmente vite),
  • que les institutions n’alertent pas les chercheurs, et laissent passer des CVs contenant des articles de revues prédatrices,
  • que c'est une escroquerie légale !

Cette enquête n’apporte pas encore de certitude : le taux de réponse de 14 % (ils attendaient 40 %) est faible et 82
Prédateurs 2chercheurs du domaine biomédical ont répondu. De bonnes choses néanmoins car les revues étudiées sont des revues présumées prédatrices (base de D Moher déjà exploitée), et les méthodes et questions étaient bien faites. Cette équipe a montré que les auteurs dans ces revues étaient surtout indiens et américains.

L’exploitation des réponses apporte des informations attendues (26 % des auteurs d’Inde et 21 % des USA ; 41 % ont été sollicités par des emails ; 28 % ont identifié la revue par une recherche internet). Il y avait quelques points surprenants : 83 % des répondeurs ont reçu des critiques de reviewers (pour 80 % d’entre eux ces critiques étaient utiles) ; 45 % n’ont pas payé d’APC et ceux qui ont payé un APC ont en moyenne payé 348 $, avec une médiane de 74 $ ; 4 % savaient qu’ils soumettaient à une revue prédatrice ; 46 % ne savaient pas qu’ils soumettaient à une revue prédatrice, mais ils ont été convaincus plus tard ; 43 % ne savaient pas qu’ils soumettaient à une revue prédatrice, et pensaient encore qu’il ne s’agissait pas d’une revue prédatrice ; 28 % vont re-soumettre à la même revue. Xx % ont été satisfaits de la revue et sont prêts à re-soumettre à la même revue.

L’article apporte beaucoup de réflexions, et il est clair que les motivations étaient : pression pour publier, perception de qualité de la revue, difficulté de publier ailleurs car pas original, méconnaissance du système et défaut d’encadrement. Les reviewers de cet article ont critiqué le fait de qualifier ces revues de prédatrices (notamment si elles ne demandent pas d'APC), et le terme 'présumé' a été ajouté dans l'article et le titre.

Les revues prédatrices apprennent le métier…  et comblent des vides. Cela va continuer et les revues de sociétés savantes auront du mal à réagir… d’ailleurs elles ne sont pas armées pour réagir. Seules les institutions pourraient changer la tendance…   en refusant des CVs ayant des articles de revues prédatrices. Pour des spécialités étroites publiant dans quelques revues, il est possible de faire des listes positives de revues acceptées par les jurys (par exemple en urologie), mais plus difficile pour des spécialités transversales (médecine interne par exemple).

Il faudra plus de recherches de ce type pour mieux comprendre où va le système des publications, le danger ayant été créé par l’open access payant…..

Cobey KD, et al. Knowledge and motivations of researchers publishing in predatory journals : a survey. BMJ Open 2019;9:e026516.

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4 commentaires

  • La médecine d’urgence a également réalisé une liste positive de revues prises en compte par le Jury du CNU de médecine d’urgence (sous-section 48-05).
    Riou et al. modalités de fonctionnement du Conseil National des Universités (CNU) de médecine d’urgence. Ann Fr Med Urgence 20118; 8: 1-6
    https://afmu.revuesonline.com/articles/lvafmu/abs/2018/01/lvafmu_2018_sprurge000870/lvafmu_2018_sprurge000870.html
    Bien cordialement.
    Bruno Riou
    Président du CNU de médecine d’urgence

    Répondre
  • Bonsoir
    très étonné d’avoir été sollicité pour la relecture d’un papier Hindawi, d’avoir répondu positivement « pour voir », d’avoir reçu un manuscrit de très mauvaise qualité, d’avoir recommandé un refus, puis d’avoir reçu la décision finale de l’éditeur, qui était, effectivement, un refus.
    je pensais que ma proposition serait balayée devant les arguments financiers, force est de reconnaitre qu’il n’en a rien été.
    Bien cordialement
    LV

    Répondre
  • Bonsoir,
    Hindawi a changé. Au départ, son surnom était la ‘maison du spam’ en Egypte, mais Hindawi a déménagé à Londres, et a développé des revues devenues indexées. Hindawi a embauché de bons professionnels à Londres (tout en gardant des bureaux au Caire). Hindawi a des partenariats avec Wiley, et est considéré comme non prédateurs dans les réunions de rédacteurs… Mais je reste méfiant…
    Cdlmt

    Répondre

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