COVID-19 : la bonne règle d’Ingelfinger est obsolète ! Il fut un temps où les revues scientifiques ne considéraient pas les manuscrits dont les données avaient été communiquées au public

Je reprends quelques éléments d'un billet que j'ai publié sur Univadis le 4 mai 2020 sous le titre "COVID-19 : Des données non validées par des revues scientifiques sont diffusées par les médias". Avec les réseaux sociaux, les préprints, et l'accélération liée volume de publications COVID-19, la diffusion des preuves scientifiques a changé : est-ce un progrès ? Je vous parle d'un temps….

En 1969, John F Ingelfinger, rédacteur en chef de la revue New England Journal of Medicine, a proposé une politique qui a été Ingelfingerrapidement adoptée par la plupart des revues scientifiques quel que soit leur domaine. Cette règle a été conservée par les rédacteurs successifs du NEJM, dont Arnold Relman. Cette règle a été revisitée en 1991 à l’occasion de l’épidémie du SIDA par marcia Angell et JP Kassirer. Cette règle donnait satisfaction à la communauté scientifique. L’engagement des revues était de ne pas considérer, ni publier des manuscrits dont les résultats avaient été présentés aux médias, ou déjà publiés, hormis lors des congrès. Cette règle a été longtemps respectée ; elle était basée sur le principe que les revues, par leur processus d’évaluation par les pairs (peer-review) et de contrôle qualité (mise en forme,..) assuraient la validité des données divulguées. Des détracteurs ont pensé qu’il s’agissait plutôt de protéger un modèle économique.

En 2020, cette règle n'a plus lieu d'être : les chercheurs déposent des manuscrits sur des serveurs de préprints. La mention « Les préprints sont des rapports préliminaires de travaux qui n'ont pas été certifiés par un examen par les pairs. Ils ne doivent pas servir à orienter la pratique clinique ou les comportements liés à la santé et ne doivent pas être présentés dans les médias comme des informations établies » semble totalement ignorée par les chercheurs et surtout les médias…  Quelle est alors la place des revues ? Voire des dépôts sur dropbox, des réseaux sociaux, ou des communiqués de presse pris pour publication….. Ensuite tout cela est débattu sur des plateaux de télévision où l'on entend parler pour ne rien dire. Pour savoir si l'hydroxychloroquine est efficace contre le SARS-CoV-2, une source BMJ ou JAMA est considérée comme aussi valide qu'une source Quotidien du Médecin, ou Le Parisien par un ancien ministre de la santé qui n'a aucune crédibilité au sein de la communauté scientifique mais une autorité sur les crédules ! HORREUR HORREUR !!!

Pourra-t-on revenir à la diffusion d'une science validée par des pairs ? NON

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3 commentaires

  • La seule issue est de délivrer une certification à quelques organes de publication qui seront seuls à pouvoir être considérés dans la carrière universitaire et dans le référencement de rapports officiels.
    Cette certification, nécessairement internationale, doit évidemment être conditionnelle sous le contrôle d’organismes certificateurs indépendants.
    Une publication « libre » ne pouvant alors donner lieu à aucune prise en compte académique, je pense que la règle d’Ingelfinger peut revenir en force, même sous forme atténuée : pour préserver leur intérêt économique les revues certifiées devraient être autorisées à refuser la publication de données qui ont fait l’objet de commentaires publics.

    Répondre
  • Les publications preprint mise en avant par les journalistes ne sont pas des publications évaluées. Elles ne devraient pas être diffusées et commentées.
    C’est encore un exemple que cette pandémie n’a pas permis de rehausser le niveau scientifique global alors que l’opportunité d’enseigner et de faire monter le niveau était énorme en terme de temps consacré au sujet.
    Comment améliorer le niveau?

    Répondre
  • De nombreuses revues interdisent l’autoarchivage des preprints et par conséquent la diffusion publique de projets d’articles qui leur sont soumis pour reviewing et publication (« Blue Publishers » sur le site Sherpa Romeo : http://sherpa.mimas.ac.uk/romeo/browse.php?colour=blue&la=en&fIDnum=|&mode=simple). Vont-elles être amenées à assouplir leur politique éditoriale pour prendre en compte cette tendance accrue d’auteurs et leur institution à communiquer les preprints ? Ou au contraire vont-elles défendre leur politique éditoriale restrictive comme gage de qualité ? Je suis curieuse de voir l’effet de cette période Covid sur l’évolution des politiques des éditeurs.

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