filliatreau

Ouvrir la tour d’ivoire de la recherche pour secouer les pouvoirs internes

minervaC’est une réflexion profonde et bien argumentée par deux spécialistes de l’intégrité scientifique en France. Elles ont pris le domaine biomédical comme exemple. Le titre de l’article est simple et court, publié dans Minerva en mars 2021 : ‘Scientific integrity matters’. L’article de 21 pages est bien construit avec des messages clairs : nous n’avons plus besoin d’ajouter des guides, des descriptions de méconduites…  c’est un problème systémique qu’il faut considérer…  OUI, bravo : ‘From the Rotten Apple Theory to a Systemic Approach to Misconduct

Voici le résumé traduit : Les cas d’inconduite scientifique seraient en augmentation, les médias rapportant fréquemment des cas dramatiques. Les sociétés savantes, les académies, les éditeurs et les acteurs de l’industrie expriment tous une inquiétude croissante. L’opinion publique et les dirigeants politiques deviennent sceptiques quant à la science en tant que fournisseur de connaissances fiables. Pourtant, les gros titres spectaculaires ne doivent pas masquer des comportements pernicieux d’un autre type, plus difficiles à identifier mais qui peuvent être encore plus dangereux pour la démarche scientifique. En se basant sur le cas de la recherche biomédicale, cet article aborde ces questions. Il identifie les procédures mises en place par les parties prenantes de la recherche pour contenir l’inconduite, et développe des hypothèses sur la façon dont les changements dans la fabrication de la science ont un impact sur l’intégrité scientifique.

Le résumé n’est pas suffisant pour goûter cet article que j’ai eu plaisir à lire au soleil sur un balcon dans la montagne. Quelques idées :

  • les méconduites ne peuvent pas être réduites aux comportements des quelques individus (bad apples) ;
  • les incitations pour publier, les délais pour soutenir une thèse, les conditions pour obtenir un postdoc, et d’autres incitations nous poussent à ‘arrondir les angles’ ;
  • nos instances sont parties pour construire des cathédrales, publier des guides de bonnes intentions afin d’imposer des principes d’intégrité…  mais la pression pour publier plus, publier plus vite et avoir de la visibilité est toujours là ; ériger des normes ? pourquoi ? d’autant plus que la plupart des chercheurs sont honnêtes.

L’article est bien construit et je propose de reprendre le plan :

  • The Changing Combination of Collective and Individual Interests in Research Centers
    • The old-style professors of medicine (hilarant mais très très vrai) avec le Dieu SIGAPS !
    • The lead scientists
    • The young emerging principal investigators (PIs) : ce sont des entrepreneurs pour écrire des projets et gagner des grants…  mais pas toujours pour faire le boulot !
    • The troops: doctoral students and postdocs : ils ne sont pas tutorés par les PIs et doivent rapidement produire
  • Coping with collegial and managerial regulations
    • The collegial regulation: 1) Social interaction: informal arrangements, trust and credit ; 2) Fairness and Coopetition ; 3) Maintening the community rules ; 4) The virtuous circle of collegiality ;
    • The managerial regulation: 1) The imperative to perform ; 2) Project-based research and dislocation of work communities ; 3) Managerial rules and the weakining of social interaction ; 
  • Navigating the risks of a mix between collegial and managerial regulations
    • Social regulation in tension
    • The integrity issue in transition
    • The so-called ‘Questionable behaviors’, a pervers effect of twisted governance

La conclusion est claire : un déséquilibre entre le volume des initiatives pour protéger l’intégrité et la désorganisation des communautés qui devraient protéger l’intégrité. Une solution serait probablement d’associer des citoyens avertis pour orienter et suivre les projets de recherche.

Merci à Catherine Paradeise et Ghislaine Filliatreau

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Un commentaire

  • Très alléchant mais inaccessible : la revue ne fait pas partie des abonnements de l’INSERM et n’est pas indexée sur PubMed ; il faut payer 41,94 euros pour lire l’article… qui n’indique même pas leur adresse électronique pour leur demander un tiré-à-part…
    Je ne comprends pas que ces autrices ne souhaitent pas plus que ça être lues et publient dans des revues confidentielles ! Ce n’est pas ainsi qu’elles gagneront des points SIGAPS :-))

    Répondre

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