Mauvais résumés des preprints COVID-19 : une convenance sociale pour survendre des recherches

abstract of preprintsQuand je fais des cours, je surprends souvent en expliquant que pour faire un résumé fidèle à l’article, le plus simple est de copier / coller des phrases de l’article. Mais des auteurs écrivent des résumés sans relire leur manuscrit, voire en paraphrasant leur manuscrit. In fine, ils sont tentés d’embellir les résumés. Il existe beaucoup de données sur la très mauvaise qualité des résumés, et j’ai plusieurs billets sur ce sujet. Et il y a 3 jours, j’ai rapporté des embellissements des publications d’essais cliniques.

J’ai été heureux de découvrir une interview de Frédérique Bordignon dans l’excellente lettre TheMetaNews. Avec deux collègues, cette chercheuse a publié un bon article sur la qualité des résumés des preprints COVID-19? Une bonne analyse de l’article est ici (Bordignon F., « “Des résultats qui pourraient être prometteurs…” : entre incertitude et exagération dans les résumés de preprints portant sur la COVID-19, » in Carnet’IST, 02/12/2021, ).

Voici une traduction du résumé :

Le résumé est connu pour être un genre promotionnel où les chercheurs ont tendance à exagérer les avantages de leur recherche et à utiliser un discours promotionnel pour attirer l’attention du lecteur. La pandémie de COVID-19 a donné lieu à des recherches intensives et a modifié la publication traditionnelle avec l’adoption massive des preprints par les chercheurs. Notre objectif était d’étudier si la crise et la compétition scientifique et économique qui en découlaient avaient modifié le contenu lexical des résumés. Nous avons comparé des résumés associés aux preprints émis en réponse à la pandémie par rapport aux résumés produits pendant la période pré-pandémique la plus proche. Nous avons montré qu’avec l’augmentation (en moyenne et en pourcentage) des mots positifs (particulièrement efficaces) et la légère diminution des mots négatifs, il y avait une forte augmentation des mots de couverture (dont les plus fréquents sont les verbes modaux ‘can’ et ‘may’). Les mots de couverture contre balancent l’utilisation excessive de mots positifs et invitent ainsi les lecteurs, qui dépassent probablement le public « habituel », à faire preuve de prudence avec les résultats obtenus.Les résumés des preprints produits en urgence en réponse à la crise du COVID-19 se situaient entre l’incertitude et la surpromotion, illustrant l’équilibre que les auteurs doivent atteindre entre la promotion de leurs résultats et l’appel à la prudence.

J’ai repris un commentaire de F Bourguignon dans la lettre de TheMetaNews : Nous avons cherché différents types de marqueurs dans les abstracts [presque 24 000 preprints au total, NDLR] et comparé leur évolution par rapport à avant la crise. D’une part les mots positifs comme « robust », « impressive », « effective », « significant » ou encore « novel » – le plus fréquent de tous – étaient encore plus employés dans les preprints sur la Covid. D’autre part, les mots négatifs, déjà peu présents dans la littérature scientifique, l’étaient encore moins. Enfin, nous avons remarqué la présence accrue de mots montrant l’incertitude comme « may », « would », « suggest ». En résumé, notre corpus regorge de « it could be effective » (« ça pourrait être efficace »).

Je remercie TheMetaNews.

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