Combien de jeunes chercheurs voudraient rétracter un article ? L’environnement les incitent-ils ?

La lecture d’un billet de blog de juillet 2022, signalé par Nature, m’a rappelé quelques souvenirs..  Il m’arrive épisodiquement, lors de séminaires de formation à la rédaction scientifique d’avoir des témoignages dont j’assure les participants de toute confidentialité. J’ai plusieurs souvenirs très précis de jeunes chercheurs ayant pleine conscience des données falsifiées de leur thèse ou publications.

Dans le billet signalé ci-dessus, un étudiant explique qu’il a pu faire une rétractation pour erreur honnête. Il décrit d’abord la recherche publiée, et la découverte à posteriori que les lignées cellulaires étaient contaminées. Son témoignage : When I discovered the contamination, I could have quietly moved on and likely nobody would have ever known.  Some selfish, anxious part of me wanted to do that.  But I believe in the importance of intellectual honesty and owning my mistakes and never seriously flirted with the idea of burying them.

Il décrit la découverte de l’erreur, et la conclusion qu’il fallait rétracter l’article. Ce chercheur explique qu’il a beaucoup appris, et qu’il faut tout vérifier. Son message : aucune honte lors de la rétractation d’un article pour erreur honnête ! Les commentaires de ce billet sont pour féliciter l’auteur. Je connais des collègues qui savent que ce qui est publié ne tient pas la route, mais se taisent. Avez-vous des exemples ?

Des paroles d’étudiants qui auraient aimé rétracter leurs articles, et n’ont pas pu le faire, en général parce qu’un sénior s’est opposé à une démarche intègre :

  • Mon directeur de thèse m’a dit : ‘Si tu veux avoir ta thèse, enlève ces données et tout ira bien’ ; l’étudiant a eu sa thèse avec des données ultra sélectionnées et embellies…  et c’est un poids dont il a pu se libérer en groupe…   bonne discussion avec lui ;
  • Je sais très bien que 10 des 11 articles inclus dans ma revue systématique sont archinuls, mais je voulais avoir ma thèse ; les membres du jury n’ont rien vu….
  • J’ai beaucoup travaillé ma question de recherche, mais au troisième rendez-vous, mon directeur n’a toujours pas voulu la lire : il me demande de déterrer des dossiers et me dit que l’on verra plus tard ce que l’on en fait… je n’ose pas changer de directeur de thèse.

La limite, c’est que je n’ai pas de données probantes à vous apporter, mais je sais qui m’a dit ces paroles… et j’en ai d’autres.

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2 commentaires

  • Bonjour,

    Pensez-vous, comme Leonid Schneider, que le serment d’intégrité scientifique sera contreproductif et favorisera la fraude en muselant les sonneurs d’alerte potentiels ?

    Répondre
    • Bonsoir,

      contreproductif… peut-être

      Le serment d’Hippocrate a été prononcé, ou accepté, par tous les chercheurs médecins de l’IHU de Marseille et on voit le résultat !!!
      Ce serment n’est pas utile… IL permet de dire que l’on est actif pour promouvoir l’intégrité, sans préciser qu’en l’absence de sanctions, tout reste possible…
      Cdlmt

      Répondre

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