Copie du Figaro du 12 juin 2026 : L’université Paris Cité a décidé de retirer son doctorat au physicien Etienne Klein, en raison de plagiats constatés dans sa thèse soutenue en 1999, affirme jeudi le site d’information Arrêt sur images. Contactée par l’AFP, l’université Paris Cité a précisé avoir «prononcé des décisions individuelles à l’encontre de l’intéressé qui lui ont été notifiées» mais «n’entend pas faire davantage de commentaires sur une situation individuelle».
Billet de 2024
C’est une excellente enquête de deux journalistes (Loris Guémart et Jean Abbiateci) publiée le 5 août 2024 sur le bon site ‘Arrêt sur images’. Le titre « Etienne Klein, une thèse constellée de plagiats« . Article offert par les abonnés.
Etienne Klein a été accusé de plagiat, et comme tout plagieur, il faut remonter aux sources, ici sa thèse, pour compléter l’enquête. Félicitons ces deux journalistes courageux car nous avons déjà vu les protections des collègues d’E Klein…. Article rigoureux décrivant les méthodes de travail et donnant la parole à des accusateurs et à des défenseurs… Il y a le tweet de réponse d’E Klein, tweet qui a été rapidement retiré. BRAVO aux journalistes pour ce travail ++
L’introduction de l’enquête 2024
Je cite : Le philosophe des sciences préféré des médias a bâti sa carrière et sa légitimité scientifique à partir d’une thèse, soutenue en 1999, sur la quête de l’unité en physique. Elle a été publiée en 2000 par les Presses universitaires de France. Or, cette thèse est constellée de dizaines de paragraphes, ou même de pages entières, copiés-collés sans guillemets ni attributions. Des emprunts à une vingtaine d’auteurs et
autrices, publié·es aussi bien dans des ouvrages pointus que dans des livres grand public. Confronté à notre recension, Étienne Klein a préféré garder le silence.
Cette enquête est bien faite, et l’article en accès libre fait peur : il y a des copies des parties plagiées, à savoir dans 88 des 429 pages de la thèse (environ 20 %). Il y a une annexe de 97 pages avec toutes les preuves (j’ai emprunté l’image ci-dessus à cette annexe, sans solliciter d’autorisation) : difficile d’attaquer tant le document est bien fait ! D’ailleurs E Klein semble s’inspirer de G Depardieu pour pratiquer le silence.
La mise en évidence en 2016
J’ai évoqué le 4 janvier 2017 la mise en évidence par des journalistes de l’Express d’abord (29 novembre 2016) de ce cas de plagiat flagrant. Il a fallu du temps pour en arriver à une sanction sans conséquence en avril 2017. Je cite Le Monde d’août 2021 : « Nouveau coup de théâtre, le 26 avril : lors de l’avant-dernier conseil des ministres du quinquennat, le président contresigne le décret. « Il est mis fin aux fonctions de M. Etienne Klein en qualité de président du conseil d’administration de l’Institut des hautes études pour la science et la technologie », peut-on lire deux jours plus tard au Journal officiel. »
Etienne Klein, plagiaire « à l’insu de son plein gré »
C’est le titre d’un grand article du Monde le 18 août 2021 et que j’avais commenté avec les cinq autres articles sur des plagieurs. La série du Monde était intitulée « Le plagiat, une impunité française« . Une citation d’E Klein dans cet article : « Oui, c’est vrai, je suis coupable de plagiats littéraires, mais en aucun cas de plagiats scientifiques ». Donc il a menti largement puisque sa thèse est un document scientifique. C’est classique, les plagiaires sont aussi des menteurs.
J’ai peur qu’avec les protections de ses collègues, avec son silence, ce cas confirme bien qu’il s’agit d’une impunité française… car dans d’autres pays les diplômes plagiés sont retirés par les universités… c’est assez simple quand il y a des preuves….

6 commentaires
Je remercie Jacques Robert pour son commentaire ci-dessous :
C’est tellement triste de voir ce vulgarisateur de talent se compromettre ainsi dans cette activité méprisable. Cela lui a valu d’être déchu de la présidence de l’Institut des hautes études pour la science et la technologie, où il venait d’être nommé… et dont il ne voulait pas démissionner, écrivant à la revue Science qui l’avait contacté « My scientific integrity is absolute » (https://www.science.org/content/article/french-physicist-accused-plagiarism-seems-set-lose-prestigious-job). Sa vie semble dépendre de cette activité compulsive de copier ce qu’ont pensé les autres pour s’en attribuer le mérite. Il n’a rien à dire de nouveau, qu’importe ? Il y a toujours des gogos pour acheter ses livres en croyant qu’ils véhiculent une pensée originale, pourquoi se priver ? « Le génie, dit Botul, c’est de repérer les précurseurs et de leur coller au train » (Landru HD, Botul JB. Landru, précurseur du féminisme. Correspondance inédite. Mille et une Nuits, 2001). C’est ce que fait Klein sans complexes. Il est ahurissant qu’il se vante de n’avoir fait de plagiats que « littéraires » et non « scientifiques » (ce qui est d’ailleurs faux). Quel mépris pour la littérature ! Au lieu de nous fasciner par sa culture quand il cite Zweig, Camus ou Aragon, il nous épouvante par sa bassesse… Mais quand il déclare sur France Culture que « Pascal aurait eu 400 ans le 19 juin 2023 s’il n’était pas mort si jeune » (https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-pourquoi-du-comment-science/blaise-pascal-et-ses-propos-sur-le-vide-5474498), on a la preuve que, si la nature n’a effectivement pas horreur du vide, Klein non plus…
Klein, sehr klein…
Qu’il est triste de voir les beaux esprits se croire tout permis.
La mission de tout acteur de la science est de s’abreuver aux savoirs des autres (qu’il aient été géants de Newton ou simples tâcherons) afin de les faire fructifier. Ne serait-ce que transmettre la pensée d’autrui est une des plus nobles tâches qu’il soit. Mais se l’approprier avec désinvolture est simplement interdit.
Je me demande combien de docteurs en médecine disparaitraient si chque thèse était passée au tamis
Bonne remarque
Suite au lynchage médiatique d’Étienne Klein.
J’ai testé le plagiat d’un article réécrit à partir d’une thèse soutenue en 1981, une première évaluation m’a donné 60% de plagiat et une deuxième 2 %.. j’ai donc interrogé une IA à ce sujet.
Votre impression est tout à fait fondée et elle repose sur une réalité technique que beaucoup d’utilisateurs ignorent : les détecteurs de plagiat actuels, qu’ils soient basés sur des bases de données classiques (comme Turnitin) ou sur des modèles d’IA générative (comme GPTZero ou les classifieurs d’OpenAI), fonctionnent par comparaison de probabilités statistiques et non par analyse sémantique réelle.
La raison pour laquelle vous obtenez un score de 60 % de plagiat pour un texte clinique est structurelle. Le langage médical, et particulièrement la rédaction clinique, est hautement contraint. La terminologie est standardisée, les protocoles de soins suivent des guides de bonnes pratiques rigides, et les descriptions de symptômes ou de pathologies utilisent un vocabulaire spécialisé qui est fini et largement documenté. Lorsqu’un algorithme compare votre texte à une base de données contenant des articles scientifiques, des thèses ou des manuels médicaux, il identifie les cooccurrences de termes techniques comme des similitudes. Plus votre texte est précis et conforme aux normes cliniques, plus le logiciel le marquera comme « emprunté » à la littérature existante, car la probabilité que ces termes apparaissent ensemble dans une autre source est extrêmement élevée.
Il est nécessaire de remettre en question votre usage de ces outils. Ces logiciels ne détectent pas le plagiat, ils détectent la répétition de séquences de mots. Dans le cadre clinique, ces séquences sont souvent inévitables. Si vous utilisez des termes comme « insuffisance cardiaque congestive » ou « protocole de prise en charge thérapeutique », tout logiciel trouvera une correspondance. Ces outils souffrent d’un biais de « faux positifs » massif dès lors qu’ils analysent des textes techniques ou scientifiques. Ils sont conçus pour détecter des dissertations littéraires ou des essais argumentatifs, pas de la rédaction technique.
Le problème réside également dans la manière dont ces outils « apprennent ». Les modèles de détection d’IA, en particulier, tentent de prédire si un texte a été généré par un modèle probabiliste en évaluant la « perplexité » (le degré de surprise du texte) et la « variation » (la constance du style). Or, la rédaction clinique est par nature uniforme, structurée et prévisible. Un clinicien qui écrit de manière rigoureuse et factuelle présente, aux yeux de l’IA, des caractéristiques stylistiques proches d’une machine : une faible perplexité. Vous êtes donc doublement pénalisé par la nature de votre sujet et par la rigueur de votre style.
Considérez ces outils comme des indicateurs de conformité stylistique et non comme des juges d’intégrité intellectuelle. Si vous souhaitez prouver que votre travail est original, la seule méthode fiable est la traçabilité de vos données : vos notes de terrain, vos observations cliniques brutes et vos réflexions documentées. Un logiciel ne remplacera jamais l’examen de la démarche intellectuelle.
Sur quels critères précis ces 60 % de similitudes ont-ils été identifiés par l’outil, et avez-vous pu vérifier si ces segments correspondent exclusivement aux termes techniques ou à des phrases structurantes ?
Merci. Ces interrogations et remarques sont bienvenues. L’IA augmente aussi le plagiat d’idées !!! Car le paraphrasage est excellent
Meric