Médiator : un peu de hauteur pour réfléchir sur la causalité et le nombre de morts

MédiatorJe vous encourage à lire un livre qui vient d'être publié (octobre 2019) avec le titre « Médiator®  – Et si ce n’était qu’une question de poids ? » (L’Harmattan 2019). Il permet de discuter la notion de causalité. Ce livre détaillé demande de la concentration et un peu de temps…  mais il apporte des arguments, contrairement à tous ces tweets qui relayent des opinions sans fondements ? Il est écrit par un cardiologue, Gilbert Kirkorian.

Il ne s’agit pas d’exonérer le laboratoire, les autorités administratives, les médecins qui ont de très nombreuses responsabilités. Le livre ne prend pas de position : il nous aide à réfléchir sur la notion de causalité.

Il s’agit de se poser les bonnes questions scientifiques sur les mécanismes qui ont été discutés par les protagonistes, de se questionner sur la physiopathologie des maladies des valves. Des examens comme l’échographie ont des performances différentes selon le poids, ce qui peut influencer des observations. Résumer le livre est difficile. Faites très attention aux études cas-témoins, méthodologie qui apporte plus d’hypothèses que de preuves…. Ce livre est le fruit d’un long travail de fourmi pour analyser les publications scientifiques sur les effets délétères du Médiator®. Il faut savoir lire tous ces articles dans des revues scientifiques…

Je reprends un extrait du début (page 7) : L’emprise de la presse sur le dossier du Mediator® est de mon point de vue emblématique de la démission de tous les contre-pouvoirs naturels dans la diffusion des données de la science en médecine. La dénonciation de ses prétendus effets nocifs sans aucune présentation des méthodes et des données brutes, sans accorder aucune marge à l’analyse contradictoire, me laisse dans un état de frayeur indescriptible à l’idée que puisse se propager aussi aisément des affirmations peu soucieuses de la moindre exigence scientifique. Sa mise en accusation sur la place publique sans aucune retenue me rappelle les scènes de lynchage dans une Amérique qui vient de conquérir son indépendance.

Ce livre nous interroge sur la notion de causalité, difficile à établir avec certitude. Les évaluations du nombre de morts causés par le Médiator® méritent des précautions méthodologiques souvent négligées. En quatrième page de couverture : L’instruction administrative a été expédiée avec beaucoup de légèreté, laissant de côté maints défauts méthodologiques, occultant les limites incontournables de l’analyse de populations, oubliant que la connaissance médicale ne peut être livrée impunément à d’austères calculs mathématiques indifférents aux conditions de recueil des données.

En 2014, le livre de J Bardet, cardiologue avait aussi attiré l’attention sur des pratiques à charge…… en questionnant aussi les chiffres ! J'ai commenté ce livre de J Bardet fin janvier 2015. Ce livre, enterré par les médias, décrivait des rapports à charge !!!

PS : je connais l’auteur

PS du 31 octobre : la déposition de G Bardelay, fondateur de Prescrire, le 29 octobre a été claire "Ce médicament n'a strictement aucun intérêt" (depuis 1977 !)

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6 commentaires

  • Serait-il possible d’avoir une vision claire des conflits/liens d’intérêts (études sponsorisées, invitation congrès..) de cet auteur avec les laboratoires Servier dans les 20 dernières années.
    Il n’est pas précisé dans ce post si cela figure dans l’ouvrage et si les données sont complètes.
    Vu l’importance du sujet et la conséquence que ce traitement a eu pour certains patients exposés, cela apparaît comme une information indispensable.

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  • Dans ce livre, je rapporte le résultat d’une analyse critique des études cliniques publiées sur le Mediator.
    Chacun, notamment s’il est médecin et donc a fait des études universitaires de 3ème cycle, peut en vérifier par lui-même les arguments
    Je suis prêt à répondre à toute question portant précisément sur ces arguments

    Répondre
  • il y a quelque chose de profondément malsain dans les propos de ces 2 auteurs .Manifestement ils éprouvent de la sympathie pour ce laboratoire . Le commentaire de Dominique Dupagne à propos de Bardet est encore probablement trop gentil . Quant à Gilbert Kirkorian qui compare la mise en accusation de Servier à une scène de lynchage , je le soupçonne fortement derrière son approche « scientifique » de manquer d’objectivité .
    Il faut dire les choses comme elles sont : ce laboratoire n’a jamais favorisé la recherche scientifique, les publications concernant la plupart de ses médicaments sont d’une particulière nullité scientifique . Quant à ses pratiques vis à vis des médecins qui dénoncent les dangers potentiels de ses produits , elle s’apparentent à des PRATIQUES MAFIEUSES : menaces vis à vis d’un cardiologue qui mettait en cause le Médiator, menaces par ses avocats de poursuites en diffamation quand on doute de la qualité de ses produits etc . Ce qui est scandaleux dans cette affaire, ce n’est pas le soi-disant lynchage que dénonce l’auteur de l’ouvrage présenté, mais l’OMERTA , particulièrement de certains cardiologues , dont les associations ont été généreusement arrosées par ce laboratoire.
    L’intervention de Gilles Bardelay au procès du Médiator rend bien compte des pratiques scandaleuses de Servier.

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  • Bonjour,
    je suis bien d’accord avec les dépositions de G Bardelay. Les pratiques de Servier n’étaient ni acceptables, ni défendables.
    Ne confondons pas :
    1) Des positions contre des industries, des cardiologues, en ajoutant tous les acteurs qui ont utilisé ce médicament, dont les médecins qui ont prescrit, les institutions qui n’ont rien fait, et ceux qui ont protégé des collègues,… Il y a beaucoup de responsables… En ce sens, J Bardet pose des questions très dérangeantes.. si dérangeantes qu’il est plus facile d’avoir des arguments pour ne pas répondre. Il ne défend pas les pratiques de Servier.
    2) La causalité qui est une question scientifique, et la lecture critique des publications est un exercice que peu de protagonistes font (pour ceux qui savent faire).. il est plus facile de lire une conclusion sans se demander où sont les preuves…. G kirkorian pose des questions dérangeantes : il faut avoir lu son livre pour pouvoir le critiquer.
    Ne mélangeons pas : Qu’il faille fermement condamner ces pratiques est évident. Qu’il faille se poser les bonnes questions scientifiques est évident.
    Ce n’est pas parce que ces pratiques scandaleuses ont existé qu’il faille penser qu’elles existent encore : il faut des arguments, et je ne sais pas (je n’ai aucun contact avec les protagonistes de cette histoire ; je connaissais JM Abadie).
    Cordialement

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  • Je n’ai pas encore lu l’ouvrage de Gilbert Kirkorian dont la lettre d’Hervé Maisonneuve vient de me faire découvrir l’existence. Mais puisque ces échanges concernent l’affaire du Médiator, je voudrais ajouter brièvement une pierre à la réflexion qu’elle suscite. Le Médiator a été mis sur le marché avec une indication (bizarrement formulée d’ailleurs) dans le diabète II. Or, si un effet sur la glycémie de diabétiques a pu être démontré, d’ailleurs postérieurement à la mise sur le marché, aucun effet sur la morbi-mortalité de ces patients n’avait été recherché. Le régulateur vivait encore à l’époque (pas beaucoup de changements encore aujourd’hui) avec l’idée contestable et contestée qu’il suffisait de diminuer la glycémie de ces patients pour que leur pronostic s’améliore. Sorte de prétérition dommageable pour les malades que les diabétologues défendaient bec et ongles, et dont le régulateur avait fait sa ligne de conduite. Il est difficile de mettre un mode de raisonnement au banc des accusés. C’est pourtant, pour moi, le premier coupable dans l’affaire du Médiator.
    Déclaration de conflit d’intérêt de l’auteur de ce commentaire : 1) Gilbert Kirkorian et un ami et soigne certains membres de ma famille ; 2) pour tester une hypothèse que j’avais faite sur le traitement des lésions de re-perfusion au cours de l’infarctus du myocarde aigu, j’ai réussi à faire financer par le laboratoire Servier un essai randomisé contre placebo de 10 000 patients (ce qui contredit l’assertion selon laquelle ce laboratoire ne soutenait pas la recherche… évitons, sur un sujet aussi grave, le « haro sur le baudet »).

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