Amélioration des publications des essais cliniques d’antidépresseurs, mais situation toujours déprimante

Le travail d’Erik Turner sur la publication (ou plutôt la non-publication) des essais cliniques d’antidépresseurs a commencé il y a plus de 40 ans. Son article de 2008 dans le NEJM a apporté des données probantes pour confirmer ce que tous les chercheurs devinaient, à savoir la publication des essais positifs et la non-publications des essais négatifs…  ainsi que des publications trompeuses des essais négatifs. J’ai repris une image à partir de 105 essais dans un billet en 2018.

Il a continué ces recherches et la publication dans PLOS Medicine le 19 janvier 2022 d’un bel article. Il a considéré de nouveaux antidépresseurs (desvenlafaxine, vilazodone, levomilnacipran, vortioxetine) et comme en 2008, il a comparé les rapports cliniques FDA et les publications dans des dereuves scientifiques. Quels résultats ?

Sur 30 essais cliniques, 15 étaient dits positifs (le médicament marche) et 15 négatifs. Bien sûr, les 15 positifs ont tous été publiés. Pour les 15 négatifs, 7 ont été publiés, 6 n’ont pas été publiés, et 2 ont été publiés mais ‘misreported’. Ces deux publications étaient trompeuses. C’étaient des essais randomisés de phase II et III double aveugle avec comparaison avec un placebo.

En comparant la cohorte ancienne sur 12 antidépresseurs approuvés FDA entre décembre 1987 et août 2002, avec ces 30 approuvés entre février 2008 et septembre 2013, il a montré que la situation s’améliore. Ce sont 47 % des essais négatifs qui ont été publiés pour la cohorte récente, versus 11 % pour la cohorte ancienne.

Un éditorial a été publié en même temps par PLOS Medicine, signé par AS  Kesselheim.

Qu’apporte ce travail ?

  • Reporting bias persists but appears to have diminished for newer, compared to older, antidepressants.
  • We do not know whether these results extend to drugs beyond the antidepressants studied here, nor do we know whether they extend to drug safety, as opposed to efficacy.
  • Reporting bias remains a significant impediment to researchers and medical decision-makers, so further efforts are needed to improve transparent reporting in the scientific literature.
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3 commentaires

  • Comme toujours il faudrait présenter les 2 facettes du problème et non une seule…Si la non publication laisse penser une non volonté des industriels à publier les essais négatifs, il faudrait également dire que les revues, oui les revues ont du mal à publier les essais négatifs. Il n’y a pas un seul responsable mais bien deux.
    L’intérêt dans ce travail est de montrer que les choses changent puisque 47% des essais négatifs dans la cohorte étudiée seraient publiés contre seulement 11% dans la cohorte ancienne.
    Malgré tout, qui change vraiment ? Les industriels et/ou les revues ? Personne ne le sait mais le fait de ne pas parler du refus des revues sur les essais négatifs laisse un malaise sur les responsabilités des uns et des autres.

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    • Les choses s’arrangent OUI
      Les revues ont toujours publié les essais négatifs et plusieurs recherches l’ont montré. Si elles ne publient pas, c’est que les manuscrits ne sont pas soumis (il y a des recherches de sociologues à ce sujet). J’ai pensé la même chose que vous, mais j’ai changé après le congrès du peer-review de 2013 je crois car des données ont été présentées et discutées. Ce sujet n’a pas eu beaucoup de recherches et manquent de données probantes.

      La meilleure publication sur ce sujet est celle de John Overbeke : https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0104846
      Ces chercheurs ont comparé des pipelines de manuscrits dans 8 revues médicales prestigieuses.

      Il existe quelques recherches sur les raisons de non publications des essais négatifs, avec deux responsables : les auteurs n’écrivent pas les manuscrits, et les sponsors ne facilitent pas. Les revues en 2022 publient facilement les essais négatifs, JAMA en tête. Je peux rechercher les données.

      Merci pour ces remarques qui font avancer nos réflexions

      Répondre
      • Je suis d’accord, les choses changent et les revues en 2022 publient PLUS facilement les essais négatifs (mais cela dépend du sujet…). Reste qu’après l’instauration de l’obligation d’enregistrement des essais qui permet aux autorités de santé de savoir tout ce qui a été fait, il faudrait arriver à une publication générale. Pour cela, on pourrait tout à fait imaginer une revue financée par toutes les autres revues qui ne publieraient que les essais négatifs non acceptés ailleurs; basée sur les bases de données d’enregistrement des essais.

        Répondre

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