Une rétractation pas très claire pour des auteurs français : méconduite administrative ?

C’est RetractionWatch qui nous a appris qu’un article d’auteurs français avait été rétracté à la demande des auteurs. Je ne comprends pas le motif de la rétractation, car un erratum était probablement suffisant. J’aurai besoin d’informations pour être certain, car la vraie cause de la rétraction (par exemple règlement de compte) est peut-être cachée. On peut rétracter pour absence de comité d’éthique, mais en précisant jicmtrès clairement si les résultats ont été mis en cause ou sont toujours valides. Dans ce cas, rien n’est dit. Pourquoi les auteurs ont sollicité la rétractation ? Mon hypothèse est qu il s’agit peut-être d’une méconduite administrative, comme il en existe bien d’autres.

L’article rétracté a pour titre ‘Whole-body cryotherapy as an innovative treatment for COVID-19-induced anosmia-hyposmia: a feasibility study‘. Publié par une revue correcte (JICM). Cet article émet l’hypothèse que la cryothérapie serait efficace pour traiter l’anosmie des patients COVID-19, bien que les effectifs soient faibles. Les auteurs proposent de faire une étude plus large (la phrase classique de la fin des articles est bien présente : however, further research is necessary to confirm the findings of this pilot study, and to investigate the mode of action.). La notice de rétractation de la revue précise : ‘This request came after the paper had undergone full peer review, three rounds of revisions, acceptance, page proofs, and ultimately, online publication.‘ L’article est bien écrit, même si quelques éléments manquent.

Le billet de RW reprend ce qui est clair : la rétractation a été demandée par les auteurs, et le motif serait l’absence de consultation de comité d’éthique ! Bizarre d’invalider des résultats, alors qu’un erratum aurait suffit. Il y a des commentaires sur PubPeer et les auteurs ont répondu. Les fautes existent, et sont reconnues par les auteurs. D’autres points inquiètent : le protocole a été enregistré à posteriori, c’est une étude ouverte, des liens d’intérêts majeurs ont été ‘oubliés’, c’est le comité d’éthique de la Société française de cryothérapie corps entier (SFCCE) qui a donné son avis et non un comité académique. Il n’y a pas eu d’audit des données alors que les auteurs disent qu’elles sont disponibles sous forme .xls (voir protocole).

La non déclaration de liens d’intérêts peut être une raison de rétracter un article (voir recommandations de COPE), mais le rédacteur de la revue et/ou les auteurs doivent préciser si les résultats ont été ou ont pu être influencés par les liens d’intérêts. A-t-on des arguments pour mettre en cause les résultats de la cryothérapie ? L’intérêt commercial est évident ; cela permet de douter des données mais soupçon n’est pas preuve. Il faudrait un audit des données sources pour valider les résultats. Un référent intégrité scientifique local devrait examiner le cas et donner un avis. La rétractation a été faite trop vite.

Certains s’inquiètent de voir que le registre utilisé a été le registre iranien qui est reconnu par l’OMS, et qui est correctement fait et géré. Le protocole est accessible BRAVO.

J’ai contacté le premier auteur (voir email ci-dessous), et j’ai eu des réponses satisfaisantes. J’ai mis en copie les référents intégrité scientifique de la faculté de médecine et de l’université de Reims : pas de réponse après 6 jours, mais laissons les investiguer. J’ai écrit à la SFCCE par le formulaire contact du site pour m’étonner du fait que des auteurs n’ayant pas déclaré de liens d’intérêts soient membres des instances de la SFCCE : pas de réponse après 6 jours. Ces deux auteurs ‘SFCCE’ ont des intérêts majeurs et veulent vendre la cryothérapie.

Nous ne savons pas si la cryothérapie marche pour traiter l’anosmie. Il faudrait une étude en aveugle, randomisée contrôlée avec un effectif suffisant pour répondre. Si certains malades veulent faire de la cryothérapie non remboursée, c’est leur droit. Si j’étais anosmique, je ne ferai pas de la cryothérapie, car il n’y a pas actuellement de données probantes.
Ci-dessous, ma demande à laquelle le premier auteur (Fabien Legrand) a répondu de manière très satisfaisante (bravo et merci). Son argument est de dire que la cryothérapie n’est pas un dispositif médical, et qu’il s’agit d’une recherche en sciences humaines et sociales exclue de la loi Jardé…  Je ne suis pas compétent sur ce point. C’est pourtant explicite en lisant la loi Jardé.
Il y a un autre article des mêmes auteurs pour lequel il n’y avait pas de comité de protection des personnes. C’est un signalement anonyme (un ami bien intentionné ?), et une investigation serait utile. D’ailleurs, sur PubPeer, en cherchant G Polidori, un corbeau (Marachernes bellus) dépose des commentaires sur d’autres articles sans comité d’éthique. Je comprends pourquoi la SFCCE ne m’a pas répondu ! S’intéresser aux liens d’intérêts de cet auteur me semblerait pertinent, car pour les CPP, c’est une situation complexe… Le corbeau serait avisé de chercher ces liens, mais Marachernes bellus ne devrait pas être anonyme !
Sur le blog de Leonid Schneider ce jour ‘French Cryoquackery‘. Il attaque fortement. Quelles preuves ?
Cher Collègue,
j’ai pris connaissance du billet de RW sur la rétractation de l’article ‘Whole-body cryotherapy as an innovative treatment for COVID-19-induced anosmia-hyposmia: a feasibility study’. La cause de la rétractation serait l’absence de comité d’éthique. J’ai lu l’article et je voudrais faire un billet sur mon blog. Votre avis serait utile pour éviter de mauvaises interprétations.
Auriez-vous l’amabilité de me confirmer que la rétractation ne met pas en cause la qualité des résultats, ni les conclusions ?
Pourriez-vous m’apporter des informations que, sauf erreur de ma part, je ne trouve pas dans l’article
  1. où a été faite la recherche ? à Reims et où ? à Bezannes ? à Pau ?
  2. qu’ont exactement fait les individus du groupe contrôle ? ont-ils eu une intervention simulant la cryothérapie et laquelle ?
  3. qui a effectué les tests pour le score VAS ? Est-ce le même investigateur ?
  4. est-ce que les patients ont contribué financièrement à l’acte ? d’après France 3, ces séances seraient facturées 150 € ? est-ce que l’assurance maladie a couvert certains coûts ?
  5. me confirmer la phrase ‘No conflict of interest to be reported for any of the contributors’

Habituellement une rétractation suit une alerte et / ou une intervention du référent intégrité responsable de l’institution à laquelle sont affiliés les auteurs : est-ce que Anne Jussiaume (Université de Reims) et/ou Gwendolyn Penwen (Faculté de Médecine) ont été informées ?

Je vous serais reconnaissant de me transmettre les informations nécessaires pour informer mes lecteurs de manière impartiale. C’est important car Susan Jensen se dit troublée et perplexe sur le motif de la rétractation, d’après RetractionWatch. La rétractation n’est pas signée : est-ce que le rédacteur en chef, Holger Cramer, vous a contacté ? Est-ce que la rétractation traduit une démarche volontaire et conjointe de tous les auteurs, ou répond-elle à une alerte ?
Très cordialement
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