La science asservie : bon livre montrant la stratégie du doute entretenue par des industriels dans des domaines de santé publique

Je remercie Thomas pour son commentaire de mon billet du 10 juin 2022 avec des conseils de lecture, dont celui du livre d’Annie Thébaud-Mony. Je ne connaissais pas ce livre de 2014 écrit par une sociologue, directrice de recherches honoraire à l’Inserm, et je l’ai trouvé factuel, bien écrit pour dénoncer des scandales sanitaires. Le sous-titre est ‘Santé publique : les collusions mortifères entre industriels et chercheurs‘. Elle raconte le combat d’une vie, associée à Henri Pézerat, toxicologue décédé en 2009. Vous lirez la C4 sur le site d’Amazon.

science asservieCe sont les scandales du plomb, de l’amiante, des pesticides, du nucléaire qui sont décrits. Il s’agit d’un livre militant, et des exemples sont parfois excessifs, mais rarement (sur les OGM, je ne suis pas convaincu). Elle montre la confiscation et la corruption de la science au service d’intérêts privés de grands groupes industriels et de leurs actionnaires avec la complicité de l’état (objectif décrit en page 12). Sa théorie sur les cancers nous appelle à réfléchir : les médecins ne raisonnent pas en référence à la condition sociale du malade, mais à une relation étroite et quasi exclusive entre comportements individuels et cancer (page 21). En bref, tout est fait pour soigner des cancers sans se préoccuper de supprimer les causes des cancers…  allez lire, c’est convaincant…  et industriels, état poussent à faire du cancer un business…

Son autre message est l’absence de prise en compte de recherches qualitatives dans les décisions. Tout est aux mains d’épidémiologistes qui ne raisonnent que sur des populations, etc… A Thébaud-Monny décrit qu’elle a été marginalisée dans sa carrière et elle cite des noms d’experts que nous connaissons. Ainsi la mort statistique est-elle devenue l’outil rêvé des industriels pour asseoir durablement la production indéfinie de l’incertitude et du doute sur le rôle des cancérogènes professionnels et environnementaux dans l’expansion de l’épidémie planétaire du cancer (page 152).

Il existe toujours en 2022 des situations de déni, des rôles pernicieux d’industriels, des experts manipulés par l’industrie, avec un état complice. Ce livre de 2014 est toujours d’actualité… et rien ne change vraiment. J’ai été interpellé par certaines démonstrations qui doivent être prises en considération.

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5 commentaires

  • Je connaissais ce livre qui est excessif et injuste, même s’il est pétri de bonnes intentions.
    Sur le cancer (mon unique domaine de compétence), il est faux de dire que les médecins ne se soucient pas de prévention : je ne connais pas un seul oncologue qui n’en fasse la première arme pour lutter contre les cancers. Mais leur charge de travail est telle que leur occupation première reste de soigner. Et surtout pas de faire la morale aux malades : « Ah, si vous aviez moins fumé… » L’objectif de l’INCa (et de tous les oncologues) est que toute personne atteinte de cancer soit prise en charge de façon optimale, quelle que soit sa porte d’entrée dans le « système », quelle que soit sa « condition sociale ». C’est l’honneur de notre système de soins par rapport à celui des Etats-Unis…
    L’expansion de « l’épidémie planétaire » (n’ayons pas peur des outrances) est due à trois facteurs : le tabac, le tabac et le tabac (bon, et l’alcool aussi). Arrêtons de faire de la pollution un facteur majeur de cancérogenèse : elle est responsable de bronchites chroniques, d’emphysème, de décès prématurés en grand nombre, mais pas de cancers (moins de 1 %). Les cancers professionnels, dont il est scandaleux qu’ils soient sous-déclarés, contribuent à moins de 5 % de l’incidence des cancers. Ben oui, ce sont des chiffres d’épidémiologistes, honnis par cette sociologue… J’ai une petite cousine médecin généraliste, Geneviève Barbier, qui a écrit au début des années 2000, un livre du même tonneau « La société cancérigène », ce n’est donc pas nouveau, c’est un marronnier qui refleurit tous les dix ou quinze ans, mais cela fait vendre du papier…
    Et le vieillissement dans tout ça ? Il est la première cause (lui aussi) de « l’épidémie planétaire ».
    Si vous cherchez des conseils de lecture, lisez donc « The Golden Holocaust. La conspiration des industriels du tabac » de Robert N. Proctor, paru en France en 2014 lui aussi. Les autres industriels, à côté de ceux-là, sont des petits joueurs…

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    • Bonjour,
      merci pour votre commentaire argumenté auquel, nous ne pouvons que souscrire. Je conseil aussi la lecture de votre dernier éditorial intitulé : ‘Contre l’alcool et le tabac, ce n’est qu’un début, continuons le combat’, dans ITO de mai-juin 2022. ITO pour Innovations & Thérapeutiques en Oncologie, qui est une bonne revue en langue française dont nous avons besoin. https://www.jle.com/fr/revues/ito/e-docs/contre_lalcool_et_le_tabac_ce_nest_quun_debut_continuons_le_combat__322722/article.phtml

      Pour le livre, La science asservie, l’auteure a une vision des risques au travail, et sur les exemples de l’amiante, du plomb, elle commente les risques liés aux classes sociales. Cette vision est utile. Je ne la suis pas du tout sur les OGM car elle défend Séralini… je suis rêveur car pas de données… et sur les pesticides alors JOKER, nous verrons plus tard. Il est certain que le tabac est le premier tueur avec la complicité des industriels et de nombreux professionnels. Tous ces écolos du barbecue et du Tour de France seraient plus utiles s’ils nous aidaient sur le tabac, l’alcool, etc…..
      Elle n’aborde pas le sujet, peu présent en 2014, qui consiste à dire que la nourriture bio protège de tout !!! Certains militants actifs nous enfument si je me permets.

      Ayant travaillé souvent, depuis 1995, avec des sociologues, ayant un diplôme d’évaluation qualitative en santé, je trouve dommage que le dialogue ne soit pas possible entre sociologues et épidémiologistes : tous ont raison ! J’ai longtemps fait partie de ces méthodologistes ne voulant pas comprendre les méthodes de travail des sociologues, ayant appris de toujours respecter le Dieu 0.05.. Ces méthodes de sociologie, et autres disciplines des sciences humaines, sont de qualité, respectables et apportent des observations et données indispensables pour la pratique… Il faut les écouter, si leurs travaux reposent sur des études de qualité.

      J’espère que le débat n’est pas clos.. et que nous pourrons le poursuivre.

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    • Cher Jacques
       » je ne connais pas un seul oncologue qui n’en fasse la première arme pour lutter contre les cancers. Mais leur charge de travail est telle que leur occupation première reste de soigner » .Personnellement j’en connais. La Prévention ne se réduit pas au dépistage et aux vaccinations ! la Médecine des comportements est bien absente dans le milieu médical y compris chez les oncologues. Et soigner ne se réduit pas à prescrire des médicaments mais aussi aux prescriptions comportementales possiblement efficaces en prévention primaire secondaire et tertiaire cf écologie interne et relation soignante l’harmattan 2022

      Patrice Couzigou
      couzigoue@aol.com

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  • Je suis en désaccord avec le commentaire du collègue de l’INCA; le chiffre de 5% de cancers professionnels sous-estime largement les causes d’exposition à des facteurs carcinogènes . L’attitude qui consiste à attribuer les cancers simplement à des comportements personnels, occulte largement l’environnement professionnel . Beaucoup de cancers professionnels surviennent chez les retraités , plusieurs années après l’exposition et passent sous les radars . L’exemple de l’amiante est paradigmatique de la sous-estimation majeure des cancers professionnels, même si cela n’innocente en aucun cas tabac et alcool . L’épidémiologie consiste aussi à répondre aux questions que l’on se pose, à condition bien sur de savoir les poser. Or le nouveau plan cancer ne prévoit pas grand chose sur ce sujet .

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    • Cher Collègue,
      Je suis d’accord avec vous sur le fait que les cancers professionnels sont, non seulement sous-déclarés comme je le disais, mais aussi sûrement sous-estimés… Je citais les chiffres dont les épidémiologistes disposent.
      Et une précision : je ne suis pas à l’INCa ! J’ai fait partie trois ans d’une de leurs commissions d’évaluation scientifique, ce sont mes seuls liens ! Je suis retraité (prof émérite pour faire chic) de l’université de Bordeaux et du CLCC de Bordeaux, ancien président de la Société française du cancer (une société savante indépendante des pouvoirs publics) et je ne parle et n’écris qu’en mon nom propre ! Je n’ai aucune participation dans l’élaboration des Plans cancer…

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