Nous avons vu que pour l’Académie nationale de médecine, l’enseignement était une priorité dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA). Les deux premières recommandations de ce rapport (mars 2024) sur l’IA étaient :
- Tous les professionnels de santé doivent être formés à l’usage des Systèmes d’Intelligence Artificielle Générative (SIAGen).
- L’usage des Systèmes d’Intelligence Artificielle Générative par les professionnels de santé doit se généraliser ; il serait contraire à l’éthique de se passer de l’aide de ces outils.
Mais la santé digitale, la santé numérique est un cadre plus large que l’IA. C’est avec plaisir que j’ai lu complètement un article (31 janvier 2025) du JAMA Network Open sur les compétences ‘digital health’ à
acquérir par les futurs médecins. Ce consensus peut être adapté à d’autres domaines scientifiques.
4 domaines, 19 compétences et 178 objectifs (33 obligatoires, 145 facultatifs)
Cet article de 17 pages rapporte un énorme travail international de qualité qui part du constat que des manques de compétences en santé numérique mènent à ne pas utiliser tous les potentiels de ces technologies pour améliorer la santé humaine. D’où l’urgence de former les étudiants et les professionnels de santé.
- Domaine 1 : Professionnalisme dans la santé numérique. Ce sont les considérations professionnelles, éthiques, légales ainsi que les questions de sécurité, identité, etc…
- Domaine 2 : Santé numérique du patient et de la population. Il y a 8 compétences, dont la première concerne la littératie en santé numérique ! Cette littératie dans la population générale est associée à des inégalités de santé. Il y a 7 autres compétences : dossiers personnalisés, télémédecine, diagnostics numériques, produits de santé numériques, applications de santé, applications cliniques de l’internet, déterminants numériques de la santé.
- Domaine 3 : Systèmes d’information sur la santé. Management et gouvernance des données de santé, dossiers électroniques, échanges d’information, santé numérique centrée sur le patient, etc…
- Domaine 4 : Sciences des données de santé. Applications de l’informatique dans le domaine de la santé publique, AI en santé, la pensée informatique, la médecine de précision.
Il y a beaucoup d’explications détaillées. Je prends par exemple le concept de littératie digitale : Le groupe de consensus a reconnu que la culture numérique en matière de santé (des consommateurs de soins de santé) est un concept qui ne fait pas l’objet d’un consensus universel et qui est difficile à mesurer et donc à opérationnaliser. Dans la littérature publiée, les termes littératie en santé numérique, littératie numérique et littératie en e-santé ont été utilisés pour désigner un concept commun ou substantiellement similaire, et ces termes sont parfois interchangeables. Si certains affirment que la littératie numérique en matière de santé est la convergence de la littératie numérique et de la littératie en matière de santé, qui sont deux concepts différents, ils sont néanmoins tout aussi importants dans le contexte de la santé numérique. La santé et la culture numérique sont toutes deux des déterminants de la santé bien établis. Plus récemment, la littératie numérique en santé a été reconnue comme un superdéterminant de la santé, dont les trois éléments constitutifs sont la littératie civique, la littératie numérique et la littératie en santé. Cela témoigne de l’importance de la littératie numérique en santé en tant que concept qui devrait être compris et pris en compte par tous ceux qui pratiquent la médecine moderne, car il affecte l’accès des patients aux services de santé numérique, les comportements liés à la santé et les résultats en matière de santé. Pour les besoins de cette étude, nous nous sommes appuyés sur les définitions existantes de la littératie numérique en santé et l’avons définie comme la capacité à rechercher, sélectionner, évaluer, comprendre et appliquer des informations sur la santé provenant de sources électroniques, de technologies numériques liées aux soins de santé et de services de santé numériques.
Une méthodologie très rigoureuse en suivant ACCORD
Ce travail de consensus a suivi les lignes directrices ACCORD, décrites hier, pour obtenir ces résultats. Il y a eu 211 experts de 79 pays invités pour un processus Delphi en deux tours, entre décembre 2022 et juillet 2023. Les méthodes ont été bien décrites, et parmi les auteurs je n’ai pas vu de représentant français (je n’ai pas bien regardé). La méthode Delphi demande beaucoup de travail, et est assez rigoureuse. Parmi les participants, 37 % étaient d’Europe pour 18 % de Western pacific region, 15 % d’Afrique, et 10 % pour Amérique. La médecine clinique était très représentée (61 %) et les particpants étaient essentiellement des universitaires ayant un rôle d’enseignement. Il y a 22 auteurs pour cet article représentant un groupe collaborateur ; les deux auteurs correspondants sont de Singapour et de Londres (King’s College).


