Le titre de ce billet reprend une information qui apparaît plusieurs fois dans l’excellent livre de François Gonon (page 159 par exemple). Ce livre est très bien construit en deux parties qui se lisent facilement. L’auteur apporte des références de qualité pour conforter ses arguments, et c’est plutôt convaincant car précis et clair. Ce livre de 232 pages est publié par Champ Social éditions dans la collection Sciences et Société. Confiance dans cette lecture que je conseille fortement, avec 244 références bien choisies. Je connais un peu F Gonon, mais il ne m’a pas demandé d’en faire la pub. J’ai acheté mon exemplaire. Vous pouvez lire les 20 premières pages sur le site de l’éditeur.
La C4 : seul un expert peut décrire simplement et clairement les scandales
Je reprend la 4ème de couverture : L’engouement croissant pour la biologie du cerveau tient à la conviction qu’elle serait la mieux placée pour expliquer les troubles mentaux, les difficultés scolaires et les inégalités sociales. Pourtant, selon les scientifiques les plus reconnus, les neurosciences n’ont, jusqu’à présent, guère éclairé les pratiques en psychiatrie, en pédagogie ou pour lutter contre les inégalités. Il y a en effet un écart considérable entre le discours triomphant délivré au grand-public et la réalité des avancées scientifiques. Ce double discours favorise une conception neuro-essentialiste des comportements humains. En mettant l’accent sur le cerveau individuel, cette conception occulte les responsabilités collectives, notamment vis-à-vis des enfants et des familles défavorisées. En célébrant la plasticité cérébrale, le discours des neurosciences contribue aussi à renforcer l’idéal néolibéral d’autonomie et d’adaptabilité. Parmi tous les discours d’experts, celui des neurosciences est particulièrement difficile à critiquer sur le fond en raison de sa technicité. Ce livre en propose un examen critique.
Première partie : Le double discours des neurosciences lorsqu’il touche à l’humain
Le livre s’intéresse à trois domaines : neuropsychiatrie, neuro-pédagogie et neurobiologie de la pauvreté. Pour chaque domaine, F Gonon analyse les publications existantes et il montre que les données publiées ne sont pas très solides, mais protégées par un milieu académique qui a besoin de ces messages pour survivre. J’ai souvent évoqué des exemples de biais de publication, non-reproductibilité, mésusage des citations, exagération des résultats, médiatisation d’effets improbables, etc..
J’ai déjà évoqué les travaux de cette équipe de Bordeaux, en 2017 sur la reproductibilité, en 2021 sur le mésusage des citations, et pour d’autres résultats de recherche. Si vous lisez en détail, vous comprendrez que la psychiatrie biologique est une idéologie scientifique caractérisée par une falsification de la réalité, selon Edouard Zarifian (page 24). par exemple, depuis 1988 et des milliers de publications, la théorie sérotoninergique de la dépression paraît toujours aussi contestable (page 28). J’ai lu les travaux cités de J Moncrieff.
En page 112, F Gonon évoque un article qu’il a publié dans la revue Esprit : « Psychiatrie biologique : une bulle spéculative« . Je connais cet excellent article. Eh bien, cet article a été traduit en italien, allemand et anglais et il a valu plus de 100 invitations à l’auteur pour en parler…. ! Je rejoins l’auteur en page 113 : en France, le soin en santé mentale se divise en deux mondes antagonistes : d’un côté les praticiens et terrain, et, de l’autre, les professeurs de la psychiatrie universitaire s’appuyant sur le discours de la neuropsychiatrie pour assoir leur autorité et leur domination sur les premiers.
Deuxième partie : Les tendances néolibérales et impérialistes du discours des neurosciences
Cette partie est extrêmement bien faite, et j’ai dû relire des parties avant de conclure que c’est excellent. Je ne peux résumer l’utilisation des neurosciences par les courants politiques.. inquiétant. Les titres des 3 chapitres de cette partie sont : Le discours des neurosciences favorise-t-il le néolibéralisme* ? La réponse est oui. — Les neurosciences dans la presse : une analyse politique — L’impérialisme du discours des neurosciences. Les conséquences pour la recherche sont nombreuses mais ignorées…
Hors de son contexte, cet extrait de la page 129 devrait vous donner envie d’en savoir plus : Au total on constate depuis 40 ans que la transformation des difficultés scolaires en troubles neur-developpementaux a progressé en parallèle à la pregnance des idées néolibérales et à leurs conséquences en termes de réformes scolaires. Malgré les intentions affichées, cette transformation n’a pas réduit l’écart de réussite scolaire induit par les inégalités socio-économiques. De plus les effets des diagnostics sont bien loin d’être tous positifs.
* Page 159 : ‘Ce retour à un libéralisme économique plus radical et inégalitaire est souvent qualifié de néolibéralisme, alors que le terme d’ultralibéralisme serait moins ambigu’



5 commentaires
Je remercie Guillaume Limousin qui m’a transmis ce commentaire :
Bonjour,
J’avoue ne pas connaitre cet ouvrage mais les affirmations avancées ici sont totalement erronées.
A se demander même si l’auteur ne confond pas ce que disent les publications en neurosciences avec ce que leur font dire les journalistes et certains mauvais vulgarisateurs qui rapportent ces publications (et ce travers des journalistes n’est pas spécifique au traitement journalistique des seules neurosciences). Car j’ai vu peu de publications en neurosciences être « triomphantes ». Au contraire, les neuroscientifiques se plaignent souvent qu’on leur fait dire ce qu’ils ne disent pas (et notamment une vision figée, simpliste, et essentialisante des capacités et du fonctionnement cognitif, ou encore des interprétations trop audacieuses ou erronées de leurs résultats).
Par ailleurs, quand je lis : « la psychiatrie biologique est une idéologie scientifique caractérisée par une falsification de la réalité » ou encore « les neurosciences n’ont, jusqu’à présent, guère éclairé les pratiques en psychiatrie, en pédagogie » : c’est exactement l’inverse.
Les neurosciences n’ont pas du tout su imposer un prétendu « impérialisme » : elles ont au contraire eu énormément de mal à contrer la domination de la psychanalyse (dans les facultés de médecine, de psychologie, en CHU, en CMP, dans les expertises judiciaires…) qui est une imposture puisque cette discipline relève quasi intégralement de la croyance dénuée de preuve scientifique solide (et refusant d’ailleurs de se soumettre à l’épreuve d’une méthodologie sérieuse de vérification de son efficacité). Discipline responsable d’erreurs de diagnostics et de mauvaises prises en charge par dizaines de milliers (et combien de suicides ?). En témoigne par exemple son acharnement à maintenir son hypothèse éducative de l’autisme (voire des délires d’hypersexualisation des enfants autistes dénués de toute base scientifique, avec de très graves dérives éthiques, et cela est promu par une unité de recherche très décriée et pourtant au sein même d’une des plus grandes universités françaises : https://threadreaderapp.com/thread/1839709995127955530.html), par déni de milliers de publications scientifiques méthodologiquement très solides pourtant.
Les apports des neurosciences en psychiatrie, en sciences cognitives, et en sciences des apprentissages, sont considérables. Par ailleurs, la preuve de l’origine neurodéveloppementale de troubles tels que le TDAH, l’autisme, ou les dyslexies par exemple, n’est plus à faire, et ce depuis des décennies.
Aparté : Cela n’exclut évidemment en rien le fait que dès qu’on en parle davantage, il y a alors une vague de surdiagnostics (même si auparavant on peut penser qu’il y avait sous-diagnostic). Ni que tout est figé bien au contraire : les aspects éducatifs et environnementaux ont une place prépondérante dans l’évolution des manifestations de ces troubles (en quoi le « cerveau individuel » : terme étrange… serait-il sans évolution neuronale possible du fait des interactions avec l’environnement ?). Ni enfin qu’après un diagnostic, fut-il le bon, la prise en charge serait la bonne (trop de personnes diagnostiquées sont ensuite inconsciemment enfermées dans cette étiquette, voire essentialisées, parfois trop souvent vues comme handicapées alors qu’il est fréquent que ce ne soit pas du tout le cas).
Nous disposons désormais depuis deux à trois décennies de MILLIERS de publications prouvant l’origine neurodéveloppementale de ces troubles : croisant génétique des populations (par analyse statistique multivariée notamment, mais pas seulement), génétique en tant que telle (avec déjà de nombreux gènes identifiés ou suspectés), imagerie cérébrale fonctionnelle, et tests psychométriques. Les études qui croisent ces différents domaines ne laissent d’ailleurs plus de doute, tant les corrélations sont fortes et reproductibles.
En bref, l’origine de ces troubles est appuyée sur :
•cas familiaux,
•études populationnelles avec correction statistique de la « part » éducative/environnementale (connaissant les arbres généalogiques) montrant une forte part génétique: « héritabilité » (ce qui ne veut pas du tout dire que c’est figé : c’est une photo à un instant t),
•études « juge de paix » sur vrais jumeaux séparés à la naissance, et comparaisons vrais/faux jumeaux,
•identification de certains neurotransmetteurs (pour le TDAH),
•sur-proportion forte (jusqu’à x10) de ces troubles chez les enfants nés prématurés,
•ou si rubéole/infections pendant la grossesse, ou alcool pendant la grossesse (sous-diagnostiqué ?),
•expériences sur souris OGM comme « modèles expérimentaux » (certes marginal comme niveau de preuve, mais s’y ajoutant),
•et surtout : imagerie cérébrale fonctionnelle.
Les causes éducatives (au sens médical) sont donc désormais écartées, même si l’éducation/environnement peut ensuite puissamment atténuer ou aggraver le trouble.
Invoquer l’opposition « psychiatrie de terrain » VS « psychiatrie universitaire » m’étonne, venant de ce blog. On dirait du Raoult… Au contraire : les psychiatres universitaires prennent trop souvent prétexte du « terrain » pour ériger leurs observations en preuves causales, alors que les observations de terrain sont justement celles qui ont complètement induit en erreur la psychologie, la médecine et notamment la psychiatrie dans ces domaines, depuis des décennies, par biais d’inclusion puisque par définition ne venaient consulter que les personnes qui… rencontraient des problèmes. Les grandes études randomisées ont permis de balayer des croyances qui étaient ancrées et présentées pourtant comme preuves scientifiques alors que provenant presque toujours d’études rétrospectives donc fortement biaisées.
Enfin, vous citez : « Hors de son contexte, cet extrait de la page 129 devrait vous donner envie d’en savoir plus : Au total on constate depuis 40 ans que la transformation des difficultés scolaires en troubles neuro-developpementaux a progressé en parallèle à la prégnance des idées néolibérales et à leurs conséquences en termes de réformes scolaires. Malgré les intentions affichées, cette transformation n’a pas réduit l’écart de réussite scolaire induit par les inégalités socio-économiques. »
Là on s’embarque dans des considérations qui s’apparentent davantage à des pétitions de principe et des hypothèses gratuites, qu’à des preuves de ce qui est avancé. Je n’ai pas trop vu les neuroscientifiques défendre des idées néolibérales. Beaucoup d’associations d’autistes ou de TDAH mettant en avant l’origine neurodéveloppementale de ces troubles, ainsi que les associations de parents d’enfants atteints de ces troubles, ont même au contraire des tendances politiques opposées à celle avancée ici.
Quant au lien entre diagnostic et bonne prise en charge, il y a loin de la coupe aux lèvres : ce n’est pas parce que le diagnostic est correctement posé que la prise en charge est bonne. Alors aller jusqu’à le relier à la réduction des inégalités sociales, c’est carrément plus qu’audacieux et même presque sans rapport. D’autant que c’est au contraire parce que les apports des neurosciences dans la compréhension des apprentissages sont très mal voire pas du tout transposés en pratique et au quotidien dans l’enseignement, qu’on ne peut en tirer aucune conclusion, sans compter tous les autres facteurs éducatifs qui entrent en compte. Je ne sais pas où l’auteur a vu que les réformes successives des programmes scolaires sont d’inspiration néolibérale ni les preuves qu’il peut apporter à cette assertion.
En bref : j’avoue ne pas avoir lu cet ouvrage, mais les citations reprises ici sont toutes erronées et me paraissent relever plutôt de la mauvaise tribune d’opinion que d’une analyse critique compétente de l’état de la littérature scientifique à ce sujet doublée d’allégations politisées sans aucune preuve ni fondement, pour un sujet qui mérite bien mieux.
Quelques sources (sans prétention d’exhaustivité) :
o Classification et définition des entités cliniques, prévalence :
Classification Internationale des Maladies et troubles, par l’OMS (CIM-11) : https://icd.who.int
DSM5 des troubles psychiques ou cognitifs (référence mondiale)
o Causes, liens entre les causes, facteurs génétiques, éducatifs/environnementaux, prévalence, modèles animaux. Exemples :
Cederlöf, M., Maughan, B., Larsson, H., D’Onofrio, B. M., & Plomin, R. (2017). Reading problemsand major mental disorders-co-occurrencesand familial overlapsin a Swedishnationwidecohort. Journal of PsychiatricResearch, 91, 124-129.
Peyre, H., Galera, C., van der Waerden, J., Hoertel, N., Bernard, J. Y., Melchior, M., & Ramus, F. (2016). Relationship betweenearlylanguageskillsand the developmentof inattention/hyperactivitysymptomsduringthe preschoolperiod: Resultsof the EDEN mother-childcohort. BMC Psychiatry, 16, 380.
Plomin, R., Owen, M. J., & McGuffin, P. (1994). The geneticbasis of complexhumanbehaviors. Science, 264(5166), 1733-1739.
Trzaskowski, M., Dale, P. S., & Plomin, R. (2013). J Am AcadChild AdolescPsychiatry, 52(10), 1048-1056.e1043.
Trzaskowski, M., Harlaar, N.,Arden, R.,Krapohl, E., Rimfeld, K.,McMillan, A., Dale, P.S.,Plomin, R. (2014). Geneticinfluence on familysocioeconomicstatusand children’sintelligence. Intelligence, 42, 83-88.
Weigel, B., Tegethoff, J.F., Grieder, S.D., Lim, B., Nagarajan, B., Liu, Y.-C., Truberg, J., Papageorgiou, D., Adrian-Segarra, J.M., Schmidt, L.K., Kaspar, J., Poisel, E., Heinzelmann, E., Saraswat, M., Christ, M., Arnold, C., Ibarra, I.L., Campos, J., Krijgsveld, J., Monyer, H., Zaugg, J.B., Acuna, C., Mall, M. (2023). MYT1L haploinsufficiencyin humanneuronsand micecauses autism-associatedphenotypesthatcanbereversedby geneticand pharmacologicintervention. MolecularPsychiatry, 28, 2122–2135.
o Blog de Franck Ramus (directeur de recherche CNRS / ENS, Conseil Scientifique de l’Education Nationale) : https://ramus-meninges.fr. Il prend parfois des positions personnelles (à prendre ou à laisser). Mais les pages de vulgarisation sont rigoureuses mais claires. Exemples :
https://ramus-meninges.fr/2021/02/09/diversite-cognitive-de-lhumanite-2
https://ramus-meninges.fr/tag/dys
https://ramus-meninges.fr/2023/10/30/ressources-et-formations-sur-lautisme-pour-les-enseignants
https://ramus-meninges.fr/2020/05/20/infos-et-intox-sur-lintelligence-2
https://ramus-meninges.fr/2023/04/27/legende-noire-fin
o Concernant le surdiagnostic probable de l’autisme :
https://theconversation.com/peut-on-parler-dune-epidemie-dautisme-73261
o Nouvelles recommandations de diagnostic et de prise en charge du TDAH de l’enfant et de l’adolescent, établies par la Haute Autorité de Santé :
https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2024-09/tdah_enfant_recommandations_mel.pdf
https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2024-09/tdah_enfant_synthese_mel.pdf
J’ai moi aussi un avis très réservé sur le discours de François Gonon.
Certains faits qu’ils dénonce sont corrects: faible reproductibilité des travaux de neurosciences (mais ce n’est absolument pas propre à cette discipline), exagération des discours de vulgarisation.
Mais il exagère lui-même ces constats et fait une lecture biaisée de cette littérature. Les conclusions qu’il en tire sont risibles et politiquement motivées. Motivées aussi par le désir de protéger la bonne vieille psychanalyse des approches plus scientifiques de l’être humain. Or si on analyse les travaux de psychanalyse au même prisme qu’il utilise pour les neurosciences, on constate que c’est encore pire!
Cet article est en partie une réponse à Gonon:
https://ramus-meninges.fr/2014/12/28/les-neurosciences-un-epouvantail-bien-commode-2/
Cher Frank Ramus,
Il me semble que vous n’avez pas lu mon livre et je le regrette car vous auriez pu constater que nous sommes d’accord sur un point essentiel et qui vous concerne tout comme moi : la survalorisation des recherches en neurobiologie par rapports aux travaux en psychologie cognitive. Par exemple je site dans mon livre Thomas et collègues (Thomas et al. J Child Psychology and Psychiatry, 2019, 60: 477-492 ) qui « estiment que les enseignants devraient être au courant des avancées en psychologie cognitive, mais reconnaissent que la connaissance détaillée du fonctionnement cérébral en situation d’apprentissage ne leur est pas utile » (p. 82 de mon livre). Je vous rejoints donc tout à fait dans votre critique de l’usage abusif des neurosciences publiée dans l’Express du 10 octobre 2024. J’apprécie en particulier votre charge contre l’usage très mode de la « plasticité neuronale ». Je consacre trois pages de mon livre (p. 124-127) à l’usage médiatique et politique de cette notion en m’appuyant sur les travaux d’une sociologue américaine. Enfin, je regrette de n’avoir pris connaissance que tout récemment de votre excellente revue sur les études en imagerie cérébrale de la dyslexie (Ramus et al. 2018, Neurosci and Biobehavioral Reviews). Veuillez m’excuser de ne pas l’avoir cité.
Vous dites que ma lecture de la littérature scientifique est biaisée et que les conclusions que j’en tire sont risibles et politiquement motivées. En tant que scientifique je conteste que l’on s’appuie sur les motivations supposées de l’auteur d’une argumentation scientifique pour juger de la pertinence des arguments avancés. Je suis très sincèrement intéressé d’avoir votre point de vue critique sur mon livre, mais vous comprendrez sans doute que « conclusions risibles » ne m’aide guère à affiner m’a réflexion.
Dans mon livre vous ne trouverez que 4 fois le terme « psychanaly* » dont trois à propos d’une étude que j’ai publié dans une revue internationale et concernant la presse française quand elle traite du TDAH. Je ne me prononce absolument pas dans mon livre sur la pertinence, ou non, des psychothérapies se référant aux concepts psychanalytiques. Je sais que nous n’avons pas le même point de vue sur cette forme de psychothérapie, et je serais tout disposé à en débattre avec vous, mais ce débat n’a rien à voir avec le contenu de mon livre. J’attends donc avec intérêt vos critiques argumentées.
Bien sincèrement
François Gonon
Je me permets de poster la réponse de Franck Ramus que je remercie :
L’extrait de la 4ème de couverture montre déjà la faiblesse de l’argumentation :
« Ce double discours favorise une conception neuro-essentialiste des comportements humains. En mettant l’accent sur le cerveau individuel, cette conception occulte les responsabilités collectives, notamment vis-à-vis des enfants et des familles défavorisées. En célébrant la plasticité cérébrale, le discours des neurosciences contribue aussi à renforcer l’idéal néolibéral d’autonomie et d’adaptabilité. »
Autrement dit, on peut utiliser les neurosciences soit pour avoir un discours essentialiste et déterministe visant à convaincre les gens que certaines choses sont immuables, soit pour avoir un discours mettant l’accent sur la malléabilité de l’individu et la possibilité de changement. Deux discours mutuellement contradictoires.
Cet exemple montre bien que les neurosciences ne contiennent aucune idéologie intrinsèque, ni dans un sens, ni dans l’autre. C’est chaque individu qui, en fonction de son idéologie propre, peut faire dire aux neurosciences ce qu’il veut, en choisissant sélectivement les résultats qu’il met en avant et la manière dont il les interprète. Et c’est d’ailleurs bien ce que fait Gonon, en choisissant systématiquement des interprétations compatibles avec un « discours néolibéral », alors que d’autres sont possibles. Notamment, son choix d’interpréter la plasticité cérébrale comme renforçant « l’idéal néolibéral d’autonomie et d’adaptabilité » est un véritable forçage idéologique. Il étonnera tous ceux qui utilisent la plasticité cérébrale pour au contraire défendre l’intérêt de politiques éducatives et sociales, ou encore la psychanalyse…
Bref, on peut faire dire tout et son contraire aux neurosciences, chacun dans le sens du discours qui l’arrange, et Gonon le fait autant que d’autres. J’ai déjà dénoncé cette tendance dans cet article:
https://ramus-meninges.fr/2018/11/01/neurofoutaises-2/
Je remercie Nicolas Battus (nicolasbattus@hotmail.com) qui m’a transmis le commentaire ci-dessous :
Bonjour M. Gonon
Votre point de vue sur la dyslexie est, je crois, proche de celui de Franck Ramus.
Vous, en disant que tout ce qu’on en sait vient essentiellement de la psychologie cognitive et qu’aucun IRM n’atteste de la présence de la » bête ».
Et lui, en exprimant sa perplexité face une construction “platonique” mentale illusoire (faite de normes, de seuils et d’écarts type) qu’on projette un peu partout, y compris en scrutant le cerveau.
Pour ma part, en tant que formateur d’adultes en difficulté avec les savoirs de base, formé au repérage et à la remédiation des dyslexies, j’ai une hypothèse qui n’entre pas en contradiction avec vos 2 analyses. La voici : il s’agirait plutôt d’une résistance adaptative fortuite de notre cerveau câblé pour l’oralité (recyclage neuronal de Dehaene) face aux exigences de l’écriture alphabétique, ses perfectionnements historiques ultimes et surtout à l’imposition massive d’un grapholecte hyper sophistiqué, le français en l’occurrence (mais ça marche aussi pour l’anglais, le danois, le portugais).
Dans l’introduction, je rappelle votre point de vue et cite plus loin F. Ramus sur la réforme de l’orthographe.
Article complet: https://www.linkedin.com/pulse/eloge-de-la-dyslexie-phonologique-nicolas-battus-bisge/
Éloge de la dyslexie phonologique. – LinkedIn
Essai sur un accident industriel non identifié « Ce monde de rosée N’est qu’un monde de rosée Et pourtant, et pourtant ..
https://www.linkedin.com
J’espère que l’article vous intéressera.
Bonne journée
Nicolas Battus
voici ma page linkedIn
https://www.linkedin.com/in/nicolas-battus-7512b159/