Par hasard, j’ai voulu regarder le fonctionnement du Journal of Clinical Medicine pour voir s’il était raisonnable de soumettre un article à ce journal. Surtout, ne pas le confondre avec International Journal of Clinical Medicine, revue
prédatrice qui n’est pas recommandable !
C’est probablement la confusion possible avec une revue prédatrice qui a poussé le rédacteur en chef du Journal of Clinical Medicine à publier un avertissement bienvenu à la fois sur LinkedIn le 7 mai 2025, avec une version anglaise abrégée dans Research Information le 27 mai 2025. Le
rédacteur en chef a diffusé son billet LinkedIn très largement auprès des praticiens du CHU de Strasbourg, certains s’étant étonnés de recevoir ce billet. Ils ne sont pas habitués à la promotion de revues scientifiques au sein d’un CHU. C’est acceptable compte tenu de la déclaration des liens d’intérêts du rédacteur en chef.
Avec raison, le rédacteur en chef explique qu’il ne faut pas confondre les revues de qualité et de piètre qualité avec les revues prédatrices. En suivant la classification proposée par les Académies des sciences, et reprise par l’Unesco, les revues peuvent être classées en 3 groupes : frauduleux, piètre qualité et qualité.
Le monde des revues scientifiques au bord de l’asphyxie
Je reprends ci-dessus le titre d’un bon article du Monde du 7 juillet qui s’inquiète de la prolifération des articles, suite à la création de nombreuses revues au fonctionnement nouveau, c’est à dire une acceptation rapide après un peer review. Cet article de David Larousserie est bien documenté. Le chapô : Plus de trois millions d’articles sont publiés chaque année dans les revues scientifiques, les chercheurs étant incités à les multiplier pour se distinguer. Une logique économique perverse s’est installée, qui profite d’abord aux grands éditeurs et encourage les fraudes les plus inattendues. Des propositions alternatives émergent pour sauver le partage des connaissances.
Cet article semble avoir de l’écho car il m’a été commenté par de nombreux collègues. Cet article reprend des discussions lors d’une réunion qui s’est tenue à Paris : ‘L’Agora Sciences Universités Recherche‘. De nombreux collègues se demandent si le nombre de revues scientifiques n’est pas trop élevé, facilité par le mercantilisme des éditeurs et la soif pour l’obésité des CVs des chercheurs.
Est-ce que le Journal of Clinical Medicine participe à cette asphyxie ? Je ne sais pas
Je vous laisse juge en vous suggérant de consulter quelques chiffres : sur les 6 premiers mois de 2025, ce journal a publié entre 730 articles par mois (février) et 755 articles par mois (juin). Nous pouvons estimer que près de 9 000 articles seront publiés en 2025. Remarquable. Ce travail est confié à deux rédacteurs en chef et un comité de rédaction de 67 pages (environ 30 experts par page ??). Je suppose que la plupart de ces positions sont dédommagées, ce qui est normal.
Nous avons vu hier que les délais entre soumission et publications étaient de presque 200 jours pour des revues du domaine politique de santé, dont quelques revues très prestigieuses. Pour le Journal of Clinical Medicine, les statistiques sont accessibles et pour les RPT (Review and Publication Times), nous avons deux indicateurs : ‘Submission to first decision‘ qui est entre 16 et 18 jours (cela doit inclure le peer review dans la plupart des cas), et ‘Acceptance to publication‘ qui est de 3 jours. Les autres données montrent un taux de refus de 53 % (2024) sans préciser la pratique du cascading, à savoir le transfert des refusés à une autre revue du même éditeur…. ce qui doit faire un taux d’acceptation très très élevé en pratique. Le cascading est pratiqué par de nombreuses revues, que ce soient des revues de qualité ou de piètre qualité. J’en déduis que ce journal doit recevoir plus de 16 ou 17 000 manuscrits par an, et pour cela les rédacteurs en chef sont heureusement aidés.
Je conseille aux relecteurs qui refusent un article de mettre une alerte pour savoir où sera publié cet article refusé. Le témoignage de René Aquarius confirme ce que je rapporte. D’autres témoignages que j’ai eu ne peuvent être rendus publics.
PS : merci de relayer cette observation à tous les praticiens du CHU de Strasbourg qui doivent éviter les revues prédatrices.




