Antidépresseurs (enfant/adolescent) : données manquantes, vies perdues, bon livre sur l’étude bidonnée 329

J’ai expliqué que l’étude 329 était pire que ce que je pensais. C’était après avoir écouté la conférence de D children of yhe cureHealy en octobre 2019. IL avait expliqué les difficultés pour republier l’étude 329. En bref, en juillet 2001, une étude a été publiée montrant que la paroxétine était efficace dans la dépression chez l’enfant… article bidonné ? La revue était JAACAP (Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychopharmacology). L’article a été très utilisé par le laboratoire pour augmenter les prescriptions. Il a fallu 15 ans, et des efforts importants pour publier une ré-analyse dans le BMJ montrant l’inefficacité de la paroxétine dans cette indication. Study 329 a un site dédié, et Wikipedia reprend l’histoire. Dans l’article original, écrit par une fantôme (Sally K Landen de la société Scientific Therapeutics Information), il n’y avait pas de suicide, mais des ’emotional lability’.

C’est la seule étude pour laquelle deux publications existent avec des résultats très différents (efficacité versus inefficacité), car la première revue n’a jamais accepté de rétracter l’article.

En 2020, le livre Children of the Cure raconte simplement toute l’histoire. Il s’adresse aux chercheurs et aux citoyens avertis. Sa lecture est utile car il y a la reprise intégrale de l’article de 2001 qui n’a jamais été rétracté (page 7 du livre), et un résumé très extensif de l’article du BMJ  de 2015 (page 191 du livre). Cela permet de comparer les deux articles du même essai. Il y a des chapitres didactiques sur les antidépresseurs, et d’autres chapitres qui racontent tous les risques de ces prescriptions, dont des suicides.

  • Le chapitre 8 est intitulé ‘Calls for retraction‘. Ce chapitre reprend toutes les allégations sur cette étude, dont des lettres à la rédaction publiées. Dès avril 2002, des critiques ont été émises. La première version de l’article avait été soumise au JAMA en août 1999, et refusée deux mois plus tard sur les conseils de 3 relecteurs externes. Les raisons de rejet étaient de majeurs problèmes (voir page 124 du livre). Nombreuses demandes pour rétracter cet article.. avec les réponses des rédacteurs successifs de JAACAP. Même la condamnation en juin 2012 de GSK par le département de justice (3 milliards de dollars) n’a pas eu d’effet sur la revue ! Cet article est toujours en ligne (paywall), a été cité plus de 500 fois (souvent pour dire qu’il pose problème et comme exemple de medical writing par une société de service).
  • Le chapitre 10 (30 pages) est intitulé ‘Path to publication‘ et reprend toutes les relations entre les auteurs et les rédacteurs du BMJ…   incroyable, incroyable… la restauration de cet essai a commencé en juillet 2013, GSK a donné accès en février 2014 à 34 % des CRFs (Case Report Forms) et première version soumise en septembre 2014 au BMJ. Il y a eu 6 relecteurs, dont F Naudet de Rennes, et les auteurs ont reçu 130 commentaires le 3 novembre 2014. Le chapitre détaille tous les rapports entre les auteurs et les rédacteurs….  impressionnant ! Fallait-il en 2014 ré-analyser en respectant le protocole de 1994 (8 critères principaux), en intention de traiter ? Fallait-il des méthodes d’analyses plus modernes ? Quelle classification des effets indésirables utiliser (MedDRA ?) avec des experts indépendants ? Il y a eu 7 versions du manuscrit, des échanges de courriers incroyables sur les conflits d’intérêts de la rédactrice en charge du manuscrit, et acceptation le 3 août après 11 mois ! Publication le 16 septembre 2015.

Nombreuses leçons : pas de corrections, ni de rétractation, et résistance majeure des sociétés savantes, des universités, et du JAACAP. Tout est bien expliqué par P Doshi dans le BMJ du même jour. Rien de nouveau en 2021 quand il est constaté que le premier article de l’équipe d D Raoult sur l’HCQ dans la COVID-19 n’a pas été rétracté, grâce aux protections des revues, sociétés savantes et universités.

Cinq billets sur la surmédicalisation cette semaine : 31 mai Surdiagnostic,  1 juin Children of the cure, 2 juin Génération zombie, 3 juin, Maladie de Lyme, 4 juin Remèdes mortels et crime organisé.

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2 commentaires

  • Lle Ghostwriting est hélas une pratique courante de l’industrie des médicaments comme l’avait déjà montré l’enquête sur les publications concernant le traitement hormonal de la ménopause .Le laboratoire Wyeth qui commercialisait l’association acétate de médroxyprogestérone et estrogènes conjugués équins s’était adressé à une entreprise de marketing Design Write pour promouvoir ce produit ; celle-ci rédigeait des publications « scientifiques » démontrant les bénéfices du THM . Elle étaient signées par un leader d’opinion en échange d’une rémunération conséquente .
    Ce sont les enquêtes motivées par les 14 000 plaignantes ( Class Action) contre Wyeth qui permettront de découvrir cette pratique frauduleuse.

    Répondre
  • Merci de rappeler cet exemple qui a été bien mis en évidence. Dans le domaine THM, il y a eu beaucoup de Ghostwriting

    Répondre

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