Surmédicalisation : Peter Gotzsche est le roi pour dénoncer le crime organisé par les industries des produits de santé

gotzschePour terminer cette semaine, mentionnons les travaux d’un médecin danois qui a été l’un des fondateurs de la collaboration Cochrane : Peter C Gotzsche. J’ai la version originale de ce livre, et je viens de la relire. Ce livre a été traduit en français, par le même traducteur que celui du livre Surdiagnostic. Son titre en français : ‘Remèdes mortels et crime organisé‘ avec un sous-titre : Comment l’industrie pharmaceutique a corrompu les services de santé. Livre parfois épuisé dans certaines librairies. La version anglaise de 2013 avec 322 pages est disponible. L’auteur fait parfois un parallélisme entre les stratégies des industries du tabac et des industries des produits de santé. Il s’oppose au dépistage du cancer du sein et ses arguments méritent attention…  Il a été invité par La Revue Prescrire en 2012 pour s’exprimer. Sur d’autres dépistages, il est aussi très très réservé. Comment avoir des parts de voix dans un environnement où malades, décideurs, politiques et professionnels de santé semblent satisfaits d’un business bien organisé ?

Ce livre de 310 pages est extrêmement bien documenté et argumenté. Il est très dense avec beaucoup de références bien choisies, ce qui soutient assez bien les arguments de Peter. Il y a 22 chapitres qui ont entre 50 et 100 références ; il y a deux préfaces d’anciens rédacteurs en chef : Richard Smith (BMJ), et Drummond Rennie (JAMA). Richard Smith a écrit un livre ‘The trouble with medical journals’ dont les thèses sont reprises par P Gotzsche. Les titres des chapitres sont informatifs : Confessions from an insider ; Organiszed crime, the business model of big pharma ; Very few patients benefit from the drug they take ; Conflicts of interests at medical journals ; The corrupsitve influence of easy money ; What do thousands of doctors on industry payroll do ?…  Des chapitres sur la complaisance des tutelles, des agences, et sur des domaines thérapeutiques très investis par l’industrie comme la psychiatrie. C’est un livre de 2013 et depuis des marchés pharmaceutiques ont envahi d’autres domaines. Dans un chapitre introductif, l’auteur décrit les 10 plus gros scandales ayant conduit des tribunaux à condamner les plus grandes industries à des amendes de 1 à 3 milliards de dollars.

Un chapitre original tend à démonter, et c’est argumenté, 10 mythes à propos de l’industrie pharmaceutique : 1) Les médicaments sont chers car les coûts de recherche et développement sont élevés ; 2) Si nous n’utilisons pas les médicaments chers, la recherche s’assèchera ; 3) les économies sont plus importantes que les coûts pour les médicaments chers ; 4) les grandes découvertes proviennent de la recherche financée par les industries ; 5) les industries pharmaceutiques sont en compétition dans un marché libre ; 6) les partenariats public-privé sont bénéfiques pour les patients ; 7) les essais cliniques sont faits pour améliorer les traitements des patients ; 8) nous avons besoin de nombreux médicaments semblables (me-too drugs) car les malades ont des réponses variables ; 9) il ne faut pas utiliser les médicaments génériques car leur efficacité varie ; 10) l’industrie paye la formation médicale continue car les fonds publics ne payeront pas.

Le livre est de 2013, mais peu ou pas de progrès en 8 ans ! Il est d’actualité.

Cinq billets sur la surmédicalisation cette semaine : 31 mai Surdiagnostic,  1 juin Children of the cure, 2 juin Génération zombie, 3 juin, Maladie de Lyme, et ce jour 4 juin Remèdes mortels et crime organisé.

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2 commentaires

  • Pour le mythe N°10, je ne sais pas pour la formation continue. Mais pour la formation de base des internes en orthopédie, qui doit passer par la simulation (obligation légale R3C, jamais sur le malade la première fois), les universités ne mettent quasiment rien en place. Pas de simulateurs d’arthroscopie, de chirurgie sur os sec, etc. Et avec la loi anti cadeaux, les fabricants d’implants ne peuvent plus financer les cours « de base » aux internes. Comment leur apprendre alors à poser les implants de traumatologie, utilisés quotidiennenment, autrement qu’en leur faisant payer ces cours, alors que l’enseignement doit être « gratuit » en France ?

    Répondre
  • Bonjour, je rejoins vos remarques sur la formation… Vieux serpent de mer !!
    Cdlmt

    Répondre

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