Les lumières à l’ère numérique (Rapport Bronner) : une lecture utile.. avec de la concentration

bronnerLes thèmes des fake news, de l’infodémie, voire du complotisme méritent attention car proches de l’intégrité scientifique. Nous avons vu les inquiétudes des administrations américaines qui devraient protéger l’intégrité. Ce rapport Bronner est bien fait, dense, demande de la concentration, et j’ai appris beaucoup de choses. Je ne détaille pas toutes les problématiques sur les fake news, le complotisme dont on sait que tout cela existe depuis longtemps. L’ouvrage l’Emprise du Faux est bien détaillé sur ces manipulations.

Avec ses annexes, ce rapport fait 124 pages pour proposer 30 recommandations classées en : Mécanismes psychosociaux ; Logiques algorithmiques ; Economie des infox ; Ingérences numériques étrangères ; Droit et numérique ; Esprit critique et EMI. Sur le site de l’Elysée, il y a des informations sur le rapport qui est téléchargeable et il y a des vidéos des auditions (30 à 70 minutes)… très bien. Par exemple, j’ai écouté l’audition de BFMTV (une heure) et c’est intéressant. Explications de BFMTV sur Perronne, Raoult par exemple,… Le rapport est un rapport scientifique avec près de 300 références pour la plupart des données exposées. Ce rapport déplore l’insuffisance de recherche sur les thèmes de la désinformation et les difficultés d’accès aux données des plateformes pour faire des recherches.

Pour comprendre la gravité du problème, je cite un paragraphe de la page 30 : Une étude portant sur l’élection présidentielle américaine de 2016 permet de l’illustrer. Ses auteurs ont recherché les principales infox en circulation avant le scrutin. Ils en ont identifié 115 en faveur de Donald Trump (ou anti Hillary Clinton) et 41 en faveur d’Hillary Clinton (ou anti Donald Trump). Les chercheurs ont ensuite mesuré leur di »usion sur Facebook au cours des 3 mois précédant l’élection. Il en ressort que les infox pro-Trump ont été partagées sur ce seul réseau social 30,3 millions de fois durant cette période, et celles en faveur de Clinton l’ont été 7,6 millions de fois.

Les influences asymétriques et radicalisation montrent qu’un petit nombre de personnes motivées pouvait influencer l’opinion. Les plateformes sont déjà vigilantes, probablement que c’est insuffisant. En page 56, très bonnes explications sur la publicité programmatique source de revenus substantielle pour la désinformation : il faut comprendre comment la publicité finance les désinformateurs, et c’est bien expliqué.

Le chapitre 6 (page 88) montre le retard français sur quelques pays en matière d’éducation à l’esprit critique. Le titre du chapitre : ‘Une opportunité démocratique : développer l’esprit critique et l’Education aux Médias et à l’Information (EMI)’. L’esprit critique est la capacité à évaluer correctement les contenus et les sources des informations à notre disposition afin de mieux juger, mieux raisonner, ou prendre de meilleures décisions. Et une citation en page 95 : ‘le problème, c’est que les médias traditionnels sont en train d’agir et de se comporter comme les médias sociaux le font. Il se transpose une culture de médias sociaux dans le média traditionnel.’

Mais les réflexions sont en cours au sein de nos institutions, et nous pouvons espérer. Apprendre seulement à l’école la différence entre corrélation et causalité serait un progrès !

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