La décroiscience pourrait-elle nous aider et rendre la littérature scientifique propre ?

Points clés

J’ai bien aimé ce livre et son titre ‘Décroiscience‘. L’auteur, Nicolas Chevassus-au-Louis, est un journaliste expert dans l’analyse de la science. J’avais aimé son livre de 2016 avec le titre ‘Malscience. De la fraude dans les labos’, un grand succès. Ce livre, paru en août 2025, a été publié par les éditions Agone ; il a 288 pages sur le site d’Agone, mais mon exemplaire papier en a 243. Sur le site d’Agone, il y a une liste de médias l’ayant analysé.

décroiscienceLe site d’Agone précise que c’est un plaidoyer pour que la recherche scientifique se mette au service de l’écologie, parce qu’il ne peut y avoir de décroissance sans décroiscience.

Un extrait de la C4

Aux prêtres de la religion scientifique qui voient dans la science la solution à tous les problèmes (qu’elle a souvent engendrés), ses critiques les plus radicaux répondent par l’arrêt de toute recherche scientifique. Évitant ces deux écueils, l’auteur de ce livre, épris de rationalité et amoureux des sciences, analyse les dysfonctionnements de la recherche, sa soumission aux diktats du capitalisme et des politiques de puissance. Contre la prééminence du quantitatif sur le qualitatif, il en appelle à remettre de la démocratie dans les décisions, les programmes, les finalités. Brider les sciences, car une conclusion s’impose : « Pas de décroissance sans décroiscience. »

Rapport Meadows et Alexandre Grothendieck : des occasions manquées ?

C’est passionnant de revoir la description d’évènements de 1972. Le rapport Meadows est sur la limite de la croissance. il faut mettre fin à la croissance pour préserver le système mondial d’un effondrement et de stabiliser à la fois l’activité économique et la croissance démographique. Il a été mis à jour plusieurs fois et une version française de 2004 (428 pages) est accessible.

Alexandre Grothendieck était un mathématicien français (né à Berlin), médaille Fields 1966. Sa vie mérite lecture sur Wikipedia. Professeur associé au Collège de France, le , il introduit son cours de mathématiques par une séance intitulée « Science et technologie dans la crise évolutionniste actuelle : allons-nous continuer la recherche scientifique ? ». Tout est excellement décrit par N Chevassus-au-Louis.

Utopisme ou réalisme ?

Ce livre nous fait bien réfléchir car il prend en compte l’histoire et propose des stratégies qui peuvent paraître utopiques. Il ne s’agit pas de tout arrêter mais de réfléchir et nous n’avons pas beaucoup de temps. Le monde des publications scientifiques est un bon exemple car nous constatons les dérives, le volume incontrôlable des articles qui permettent d’alimenter des indicateurs car personne n’a le temps de les lire. Le monde académique ne contrôle plus les publications. Est-ce que la Slow science pourrait remplacer le Publish or perish ? C’est un échec pour l’instant, même si nous sommes tous bien d’accord pour qu’une évaluation qualitative complète les évaluations quantitatives de la science.

L’adoration de la technologie nous conduit peut-être dans le mur. Ce livre nous dérange car il est bien construit, très bien référencé sans nous culpabiliser..  mais il nous pousse à réagir, mais comment ? Il ne s’agit pas d’arrêter la science, mais de se poser les bonnes questions, comme celles du livre québécois ‘The slow professor — Challenging the culture of speed in the Academy« .

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2 commentaires

  • Il me semble qu’en fait cette réflexion essentielle ne porte pas sur la Science, mais sur la marchandisation des activités scientifiques.
    La marchandisation consiste à exploiter les connaissances que procurent les sciences. Pour un chercheur, c’est en publiant des résultats pour assurer sa carrière et en déposant des brevets source de revenus. Pour les nombreux acteurs qui ne sont pas chercheurs mais qui exigent d’eux un retour sur investissement, c’est en orientant la recherche et en l’instrumentalisant.
    Paradoxalement, il me semble que ce n’est pas de « décroiscience » dont on a besoin, mais au contraire de bien plus de vraie Science, c’est-à-dire d’un guide intellectuel qui exige la curiosité désintéressée, l’esprit critique, la rationalité, la rigueur méthodologique et l’honnêteté déontologique.
    La vraie Science est un sacerdoce qui ne devrait viser rien d’autre que la description du réel et la réfutation des erreurs. Mais ce qu’on demande aux sciences est tout autre chose : assurer notre confort, notre santé, notre enrichissement matériel. Peut-on assurer une étanchéité entre la vraie Science et l’exploitation de ses découvertes ? Voilà une question cruciale qui, loin d’être nouvelle, est de plus en plus problématique. Même la stricte mathématique, longtemps vue comme le royaume de purs esprits, est aujourd’hui l’arme fatale sur le colossal marché de la compétition numérique.
    C’est donc au décideurs politiques, non aux chercheurs, de changer leur fusil d’épaule. C’est à eux, et eux seuls, de supprimer les pressions qui pervertissent la Science et de réglementer l’usage des progrès technologiques. Encore faudra t-il, pour en arriver là, qu’une véritable culture scientifique imprègne la population et ses élus, et l’on est bien loin d’en prendre le chemin ; c’est dire l’importance d’une forte volonté éducative dotée des moyens nécessaires… et d’une utopique collaboration mondiale ! Ce n’est pourtant qu’à cette condition que pourrait être envisagée la nécessaire décroissance raisonnée des développements technologiques, privilégiant le bien commun (dont notre planète est l’élément principal) plutôt que l’appât des gains.
    Répétons avec force que ce n’est surtout pas à la Science qu’il faut s’en prendre. Elle n’est pas le problème. La faiblesse humaine en est un, que seule la Science pourrait résoudre.

    Répondre
    • Pour compléter, il me revient en mémoire une citation d’Olivier Rey qui dénonce, dans le prolongement de Günther Anders, l’utilitarisme qui imprègne les pratiques scientifiques, lesquelles « ne consistent plus à découvrir l’essence secrète du monde ou des choses, ou encore les lois cachées auxquelles ils obéissent, mais à découvrir le possible usage qu’ils dissimulent. »

      Répondre

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