COVID-19 : merci Mme la députée Martine Wonner pour attirer notre attention sur les revues prédatrices

Madame la Députée, Chère Madame,

je voudrais vous remercier pour vos actions visant à attirer l’attention de notre communauté scientifique sur les revues prédatrices. C’est important car, venant d’une députée, cela met en lumière une escroquerie difficile à combattre. Vous saurez attirer l’attention de nos politiques sur ce fléau. J’ai alerté des membres de l’OPECST (Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques) sur ces pratiques délétères pour la science. Leur rapport du 9 juillet 2020 (Communication de MM. Pierre Henriet, député, et Pierre Ouzoulias, sénateur, sur leur rapport Intégrité et publications scientifiques) est intéressant, et je ne cite qu’une phrase « Tout comme l’actualité, les auditions nous ont révélé qu’il est urgent de mener une politique nationale en faveur de l’intégrité scientifique. » Ce rapport n’évoque pas les revues prédatrices, et votre publication devrait les intéresser.

Ne jamais publier dans des revues prédatrices est une responsabilité des scientifiques intègres.

Mes commentaires sur l’article que vous avez co-signé en tant que dernière auteure ont été partiellement exprimé dans un billet.

  • Je n’ai pas les compétences en maladies infectieuses ou en méthodologie de recherche clinique pour critiquer le fond de cet article. Ces expertises sont présentes parmi les auteurs.
  • J’ai remarqué que l’Institut Pierre Louis d’épidémiologie et de santé publique avait un avis (publié en première page de leur site) : « La direction de l’IPLESP ainsi que ses tutelles (Inserm, Sorbonne Université) et l’AP-HP réfutent la méthodologie et les conclusions du manuscrit intitulé….« . Ils terminent ainsi : ‘le statut réglementaire de l’étude tel que décrit dans le papier pose question et mériterait d’être précisé.’ Je n’ai pas bien compris.
  • Je connais bien les revues prédatrices, et je suis à votre disposition pour vous expliquer leur modèle basé uniquement sur des objectifs mercantiles. J’ai publié une centaine de billets sur ces revues. J’ai des données confidentielles non publiables.
  • Je ne sais pas combien vous avez payé la revue ‘Asian Journal of Medicine and Health‘, mais j’espère que vous n’avez pas payé plus que les 500 $ annoncés.
  • Je vous félicite de ne signer que peu d’articles, car au moins vous n’avez pas les mains sales comme nos confrère de l’IHU de Marseille. Vous n’êtes pas dans la course aux points SIGAPS et c’est un bon exemple pour nos confrères. Vous n’avez pas choisi une revue sans facteur d’impact BRAVO.
  • Savez-vous que les profits de ces escrocs qui créent des revues prédatrices sont très importants ? Par exemple dans le procès américain du groupe OMICS, il a été établi que ce groupe entre août 2011 et juillet 2017 avait eu un chiffre d’affaires de 50,740 millions de dollars pour des dépenses de 0,610 million ! Une bonne marge ! Vous pouvez vérifier ces chiffres à partir de cet article et je peux télécharger les minutes du procès. La revue que vous avez choisie ne fait probablement pas de profits si élevés…  mais à discuter…
  • Vous avez choisi une revue qui n’est pas inféodée à l’industrie ou une société savante comme ces revues prestigieuses que je ne nommerais pas. Sur le site de la revue, je lis : ‘This international journal has no connection with any scholarly society or association or any specific geographic location or any country (like USA, UK, Germany, etc). This is an independent journal run by SCIENCEDOMAIN international.’ Ce groupe publie environ 110 revues... Ils sont basés en Inde (Guest House Road, Street no – 1/6, Hooghly, West Bengal, India) avec un bureau à Londres.
  • Vous avez choisi une revue qui annonce qu’elle pratique un peer review ouvert, c’est bien car les avis des relecteurs sont disponibles et permettent de voir l’évolution de l’article entre la soumission et la publication. Les détails de ce système « Advanced OPEN peer review » sont bien expliqués sur le site. Les revues prestigieuses comme The Lancet n’ont pas toujours cette transparence, et nous l’avons regretté. Par contre le BMJ Publie les avis des relecteurs comme nous l’avons vu avec un article sur l’hydroxychloroquine.
  • Les revues prédatrices nous déçoivent : le lien pour lire les avis de lecture de votre article ne fonctionne pas (The peer review history will be available very soon) ! J’ai écrit aux deux rédacteurs et à l’un des reviewers dont les noms sont mentionnés en page de garde de l’article. Je suis surpris par leurs absences de réponses, pratiques peu habituelle entre confrères. Auriez-vous l’amabilité de me transmettre les avis des relecteurs ?
  • La revue va probablement vous proposer, ainsi qu’à vos co-auteurs, d’être membre de leur comité de rédaction, comme beaucoup de nos confrères. Je vous suggère de refuser car le comité de rédaction est déjà pléthorique. Il est très international, et je pense que certains membres ignorent leur présence sur ce comité.

Les articles des revues prédatrices sont peu cités, voire 56 % ne sont jamais cités. C’est regrettable pour cette recherche, et je suggère aux auteurs de retirer cet article pour le republier ailleurs. Ce serait la meilleure stratégie pour qu’il soit indexé dans une base de données comme PubMed et rester accessible et pérenne. Je peux aider les auteurs car ce n’est pas facile de rétracter un article. Il existe des recommandations de COPE (Committee On Publication Ethics). Dans le point 27 des ‘Publication Ethics and Malpractice Statement‘ de ‘Asian Journal of Medicine and Health’, ils disent suivre les recommandations de COPE. La revue peut vous demander de payer pour rétracter cet article (négociez pour 150 dollars ou moins).

Je vais relire votre article pour voir quelle revue vous suggérer pour re-soumettre. J’ai quelques idées. Je me pose quelques questions sur le respect des 14 responsabilités de la déclaration de Singapour sur l’intégrité en recherche. J’autorise le Collectif s’il veut publier mon témoignage sur leur site internet, car lutter contre les revues prédatrices est important.

Je reste à votre disposition, et si mes propos vous choquent, n’hésitez pas à m’en faire part pour que je reconnaisse mes erreurs, ou publie vos commentaires. L’échange est toujours constructif. Avec mes remerciements pour nous aider à lutter contre les escroqueries des revues prédatrices.

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8 commentaires

  • Finalement la psychiatrie mène à tout : être députée pourquoi pas mais aussi être une grande spécialiste de l’hydroxychloroquine, peut-être une suite de voyage en pays impaludé…

    Répondre
  • La psychiatrie, je suis sûr que non. Par contre: « les cons, ça ose tout. C’est à ça qu’on les reconnaît », comme disait l’autre.

    Répondre
  • Il faut former et former et informer ! Le souci est aussi que ces revues prolifèrent et que les rares listes disponibles ne sont pas à jour, par exemple cette revue n’y figure pas, donc celles et ceux qui sont de bonne foi ne savent pas où chercher…

    Répondre
  • @Locher : nombreux sont les chemins qui mènent à la la psychiatrie qui elle-même conduit à bien des extrémités comme en donna l’exemple Julius Wagner-Jauregg !

    Répondre
  • J’envie ces gens qui ont le temps de lire les revues prédatrices. Rien qu’avec les « grandes » revues connues généralistes ou spécialistes, les recos des sociétés savantes et des institutions officielles, j’ai déjà du mal à trouver le temps de les survoler … alors, sauf à faire un travail de thèse ou autre travail scientifique spécifique (et dans ce cas là, quel intérêt d’aller sur des revues prédatrices ?), je ne vois pas l’intérêt de chercher les revues prédatrices

    Répondre
  • Bonjour
    merci pour le lien de cette vidéo de Mme Wonner… inquiétant à deux niveaux : ce qu’elle dit, et surtout l’inertie de ceux qui écoutent sans aucun esprit critique. Quelles sont les sources pour justifier les chiffres annoncés ???
    Merci

    Répondre

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