Combien de rétractations d’articles potentielles pour D Raoult : un record du monde possible !

Des révélations de salariés et d’anciens salariés de l’IHU de Marseille évoquent des fraudes scientifiques sous la responsabilité de Didier Raoult (DR). Attendons les conclusions des rapports de commissions d’enquêtes, mais les langues se sont déliées. Les soupçons ont été décrits dans un article de Médiapart du 19 novembre 2021, puis confirmées dans un article du Monde du même jour par des sources hospitalières (AP-HM) et universitaires (Aix-Marseille). Des synthèses sur la plupart des médias, dont les télévisions, et par exemple BFMTV le 20 novembre. De nombreux experts, Douste-Blazy en tête, sont moins diserts pour défendre l’hydroxychloroquine dans les médias. ETONNANT ! Il est regrettable qu’une fois de plus ce soient les médias, et rendons leur hommage, qui aient fait un travail que la communauté scientifique n’a pas su faire. Il semble que des journalistes soient menacés, comme certains scientifiques le sont encore. La fraude c’est grave, ce n’est n’est pas le bricolage ou la négligence.

Intéressons-nous à la possibilité de rétracter des articles fraudés de DR et de l’IHU :

  • S’il y a fraude, des articles doivent être rétractés par les revues scientifiques, et alors se pose les questions : comment faire et combien d’articles doivent être rétractés ? Est-ce que DR va rentrer dans le top 5 des chercheurs ayant le plus d’articles rétractés ? Le top 5 est : Y Fujii (183), J Boldt (160), Y Sato (106), A Nazari (85), J Iwamoto (82). Le suivant est D Stapel (58) dont le cas pourrait être pris comme exemple par les commissions d’enquêtes françaises….
  • Comment faire : comme pour D Stapel, une commission d’enquête examine TOUS les articles de DR et les classe en ‘valide’, ‘douteux’, ‘fraudé’. C’est du boulot, de l’argent, etc…   et des volontaires pendant plusieurs semaines. Je peux me libérer, demander à E Bik, L Schneider, un représentant de PubPeer  de participer à cette commission avec avec d’autres chercheurs…  sur 3500 articles, combien seront sujets à rétractation ? Pas beaucoup ! Il faut regarder les centaines d’articles ayant des commentaires ignorés par DR. Il faut l’aide d’anciens employés de l’IHU. Par exemple, que faire de la collection de timbres, des centaines d’articles sans réel comité d’éthique ? La commission, ou l’Université d’Aix-Marseille, devra écrire à chaque revue pour demander la rétractation. Une certitude : nettoyer la littérature est une obligation, sauf si l’on veut rester complices et perdre la face vis-à-vis de la communauté internationale.
  • Trois cas de figures pour les revues :
    • les revues légitimes et prestigieuses devraient rétracter… mais, nous avons noté que depuis plus de 10 ans, ces revues publient moins d’articles de DR ; je vous propose de relire l’article science drde C Mary dans Science le 2 mars 2012…  où tout était déjà expliqué, avec des témoignages d’anciens employés…  (l’image de ce billet vient de Science). Tout était clair depuis 2006 quand DR avait été banni pour un an de publications par une douzaine de revues de microbiologie. La communauté marseillaise a fermé les yeux, car des référents intégrité scientifique auraient dû s’auto-saisir du dossier.
    • les revues contrôlées par les adjoints de DR qui sont rédacteurs en chef ou membres des comités de rédaction… la résistance va s’organiser au sein de ces bulletins paroissiaux indexés ; comme la revue IJAA et cet article dont on sait qu’il aurait dû être rétracté immédiatement pour apaiser la communauté mondiale, les rétractations risquent de ne jamais être faites… j’avais milité pour la rétractation de cet article, sans avoir beaucoup de suiveurs ; des revues comme IJAA pourraient être menacées par des actions en justice par l’IHU, pratique inhabituelle dans le milieu académique ;
    • les revues prédatrices et les revues complotistes dans lesquelles DR a publié : soient elles ne savent pas rétracter, soit elles ne veulent pas ; elles ont gagné de l’argent et n’ont pas d’objectif de clarifier la littérature scientifique ;
  • Il faudra estimer combien de millions d’euros de SIGAPS auraient été alloués pour des publications fraudées. La communauté scientifique risque de ne rien faire pour rembourser.
  • La chambre d’enregistrement (appelée CA) des décisions du directeur de l’IHU doit se réunir bientôt. Soit le CA est complice de fraudes, soit le CA est complice de fraudes… je ne vois pas d’autre option.

PS : une autre commission pourrait évaluer les articles de C Perronne et d’autres collègues (vous voulez des noms ?).

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5 commentaires

  • Merci beaucoup Hervé pour votre habituelle sagesse
    Il faut une enquête, c’est très clair
    Mais pas seulement sur le champ scientifique de la fraude.
    Il doit y avoir un volet pénal. la fraude scientifique tue. Elle tue quand elle émane de Bigpharma. Elle tue quand elle émane de chercheurs académiques. Rappelons que le pendant brésilien de cette affaire s’appelle le scandale « Prévent Senior », et que le chef de « crime contre l’humanité » semble devoir être retenu.
    Il faudra aussi enquêter sur les collusions scientifiques et politiques qui ont rendu ce Raoultgate possible. Car tout aurait pu être évité bien en amont, dès 2006 au mieux, au pire en 2017 après les rapports de l’IGAS puis de l’HCERES. Tous les drapeaux rouges flottaient au vent. Tous ont été ignorés. Pourquoi ? Comment ?
    Des gens sont morts. La confiance en la Médecine et la Recherche aussi

    Répondre
  • Je suis prêt à parier :
    – sous l’égide de la sinistre de l’enseignement supérieur et de la recherche, dont l’affiliation académique est du pourtour méditérannéen, je ne crois pas qu’une vraie commission, comme savent le faire les hollandais (cas Stapel), soit possible.
    – les convenances sociales sont nombreuses et personne n’ose bouger, sauf peut-être le nouveau DG de AP-HM, et quelques nouveaux acteurs locaux ; mais ils seront menacés localement, comme d’autres l’ont été dans le passé ;
    – conseillons au référent intégrité de la faculté de médecine de Marseille de démissionner car il n’a rien fait, et un poste vacant serait tout aussi efficace.
    OMERTA, OMERTA
    Merci pour ce commentaire Dr Barraud espérant se croiser au sein de la commission d’enquête !
    Hervé

    Répondre
    • Vous êtes injuste avec cette pauvre ministre qui se démène sans compter pour sauver l’université de tous ces islamo-gauchistes. Comment voulez-vous qu’elle puisse encore se consacrer à des sujets aussi secondaires que l’inconduite scientifique, le gaspillage de l’argent public accordé à un IHU dont il ne sort rien de correct et les conditions de vie des étudiants !

      Répondre
      • Bonjour,

        j’acclame sans réserve Mme la Ministre quand elle pousse la science ouverte, et le plan est majeur pour la recherche. Je suis réservé quand à son comportement sur l’intégrité scientifique en général pour diverses raisons. Elle fait partie des très nombreux responsables qui sont restés muets sur un IHU qui aurait dû être un des meilleurs instituts du monde dans cette pandémie. Elle avait l’autorité pour demander une investigation dans le domaine de l’intégrité et de la science ouverte dès mars 2020 : les données de l’IHU n’ont pas suivi les recommandations du plan pour la science ouverte, car une ré-analyse par des collègues aurait facilité la communication de tous.

        Mme la Ministre a d’autres actions excellentes pour sauver l’Université, et je la soutiens.

        Merci pour votre commentaire

        Répondre

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